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Fushitsusha › 'Double live' 不失者

  • 1991 - Psf, PSFD-15~16 (2 cd)

cd | 1 titre | 72:50 min

  • 1 Les 6 morceaux n'ont pas de titres

cd | 1 titre | 62:41 min

  • 1 Les 7 morceaux n'ont pas de titres

enregistrement

Enregistré live au Studio J par Takahashi Keiichirou - Ingé-son : Takeshi Yoshida - Produit par Hideo Ikeezumi

chronique

Styles
noise

Tant qu’on est dans le cassage d'albums légendes vivantes, le prévenu SushiFuton est demandé à la barre (copyright saïmone). Ce live sans nom, comme plusieurs de leurs lives, est souvent considéré comme leur monolithe, voire l’aboutissement de l’œuvre de Keiji le haineux. Mouais. Déjà, il faut immédiatement couper court aux nombreuses descriptions de ce double cd comme "psychédélique", "rock" ou même "structuré". Fushitsusha est – plus que jamais sur cet album – un organe tout entier voué à la chose noise, où à la rigueur constituant une passerelle tumultueuse de la noise à l’improvisation pure sans passer par la moindre case intermédiaire. Certes, tout est ici fait avec des instruments "rock", ce qui pourrait d’ailleurs justifier l’appellation "post rock" au sens premier du terme, mais ce live sans overdubs au son crade et limité tient franchement plus de la japanoise la plus racée et hermétique qu’autre chose. Là où Haino en solo varie sa formule d’album en album, révélant de fréquentes surprises à l’auditeur imprudent (et surtout très curieux, patient et friqué), Fushitsusha est le groupe d’une seule émotion. Impro guitaristique 100% sculptée dans le feedback, sans accords ni riffs ni quoi que ce soit, accompagnée de quelques notes de basses profondes, d’une batterie ne servant qu’à empiler un peu plus de tension, et des inévitables cris épars et terrorisés de Haino (particulièrement saillants sur la 3 du premier disque). En fait, plutôt que de chercher à exprimer la tristesse ou la haine, c’est la peur, la peur pure et spectrale, que Haino cherche à communiquer. En de trop rares occasions, il se livre au périlleux exercice du silence contrasté avec son bruit (pistes 4 et 6 du cd1, plus calmes), versant ainsi du yin dans son yang, du lait dans son encre, ce qui a pour effet de nuancer sa peur en communion mystique avec une force supérieure qui visiblement lui inspire toujours une peur sépulcrale, mais plus contemplative. En gros, il est dans son trip, et nous sommes clairement et définitivement dehors, sauf sur, allez, les 2 dernières pistes du cd 2, qui forment un possible pont intéressant entre le garage rock et la noise pure, au son étrangement différent de tout le reste, avec une guitare qui racle joliment dans les graves les plus charbonneux. Si Haino est incontestablement un pionnier, vu l’époque à laquelle il a commencé (bien entendu, aucune date d'enregistrement n’est donnée pour ce live), il est surtout totalement maître de son personnage, qui est quand même pour une bonne part dans la fascination que sa musique exerce. Cela soulève trop de questions pour les aborder dans cette chronique déjà trop longue, mais on peut déjà se demander pourquoi prendre la peine sortir ce double live (pied de nez ultime à l’exercice inévitable des double lives des dinosaures du rock 70’s ?), quand l’auteur ne daigne pas condescendre à nous donner le moindre titre, pochette ou info, si ce n’est cette sentence involontairement drôle : "150 minutes of soul transmigration. Too long or too short? That depends on just how your heart melts. The paradox of psychedelia.". Une façon de garder une part de mystère pour une musique qui se veut pur ressenti, on imagine. Pourtant, si l’on parle de sensations physiques, n’importe quel Sonic Youth d’avant 92 ou live d’Hendrix poussé à un volume suffisant vous donnera de meilleures sensations niveau guitare saturée. Quant aux disques de pure noise meilleurs que celui-ci, piochez dans l’œuvre de Merzbow, pas la peine de vous faire un dessin…

note       Publiée le lundi 25 octobre 2010

Dans le même esprit, dariev stands vous recommande...

chronique

Styles
rock
psychédélique
Styles personnels
noise rock

Le sublime n'est pas toujours beau. Le transcendantal n'est pas forcément noble. Vanter les mérites évidents du second double-live de Fushitsusha, c’est risquer des remontrances de fanatiques auto-proclamés, détenteurs d'un savoir secret posant le live 1989 au-dessus de tout. Débat stérile, il n'y a pas de "bon" choix : ce sont deux monolithes, deux monstres, deux calices renfermant l'essence du groupe. Le second n’est que la continuation du premier. Sa dégénérescence, sa perversion. Comment expliquer la sensation qui me traverse dès les premiers assauts de guitare ? Je les ressens physiquement, comme des plaies ouvertes ouvrant sur l'échelle cosmique du son. L'espace se tend, se relâche, se tort et s'écroule sur lui-même dans un torrent électrique. Je m'imagine poser l'oreille sur une plaque métallique, en éprouver les moindres vibrations. Un degré de maîtrise inédit encapsule le déluge de bruit, épousant les pulsations de l'âme ; Keiji Haino fait tonner sa voix là-dessus, comme un prêtre déchu récitant une prière à l'agneau noir. Indépassable… On en oublierait presque que ce n'est que le début. Les avatars se multiplient et peuplent ce mastodonte musical d'un rock ultra-pesant et biscornu, réplique du riff de "Acchi", titre dont le spectre d'accords bâtards prend au ventre, agrippe les boyaux comme chez Unsane, puis prend la forme d'un orgue d'église détraqué. Le plain-chant de l'homme en noir résonne paisiblement sous la voûte céleste, précieux comme un animal difforme qu'on tient dans le creux de sa main. Après quoi, le cinquième sceau se brise avec fracas sur la basse de Yasushi Ozawa, tempête d'un feu hallucinatoire au pouls arythmique qui résonne sur l'entièreté des plaintes vociférées par Haino. Habité par la densité vertigineuse de ce prodigieux saut de l'ange, je dois avouer quelque chose. A titre personnel, jamais aucune autre musique ne m'a fait prendre conscience de la poésie du bruit.

note       Publiée le samedi 12 novembre 2016

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DukeOfPrunes › vendredi 14 avril 2017 - 21:07  message privé !
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Avec plaisir ! C'est marrant que tu évoques les Swans, groupe que j'ai découvert après Fushitsusha (oui, j'ai un parcours musical étrange) qui m'avait fait éprouver un ressenti semblable, tout en restant lointain, comme un lien discret et fragile. Je ne connais pas la vie de Michael Gira, ni sa philosophie, mais il y a là une analogie qui serait intéressante à creuser :)

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cyberghost › vendredi 14 avril 2017 - 16:54  message privé !

Bizarrement, sans non plus vouloir jumeler quoi que ce soit, il y a quelque chose dans ce disque, de tortionnaire et dominateur qui me rappelle un peu les swans, en plus désarticulé et bruitiste, dirais-je... Merci à DukeOfPrunes d'avoir équilibré la balance, en tout cas !

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pampa › mercredi 27 octobre 2010 - 19:59  message privé !

C'est pas la seule d'ailleurs. En fait, je trouve que cette chro est adaptée pour la plupart des Fushitsusha mais pas pour celui-là...

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Rodeubleu › mardi 26 octobre 2010 - 23:03  message privé !

"Un organe tout entier voué à la chose noise, où à la rigueur constituant une passerelle tumultueuse de la noise à l’improvisation pure sans passer par la moindre case intermédiaire" Je m'insurge, la quatrième piste du premier CD est loin d'être improvisée et particulièrement belle !

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Rendez-Moi › mardi 26 octobre 2010 - 18:15  message privé !

Darvy : si c'est pas déja fait t'es OBLIGE de checker Black Implication : Flooding sous peine d'aller vivre enchainé à Lady Gogo sur le Triangle des Bermudes ! (Boris with Keiji Haino FUZZY küllabh)