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Mr. Bungle › California

cd | 10 titres | 44:17 min

  • 1 Sweet Charity
  • 2 None of Them Knew They Were Robots
  • 3 Retrovertigo
  • 4 The Air Conditioned Nightmare
  • 5 Ars Moriendi
  • 6 Pink Cigarette
  • 7 Golem II: The Bionic Vapor Boy
  • 8 The Holy Filament
  • 9 Vanity Fair
  • 10 Goodbye Sober Day

enregistrement

Enregistré à Coast recorders, Division hi-fi, Forking Paths studio, SF, USA par Billy Anderson - Produit par Mr Bungle

line up

Trevor Dunn, Danny Heifetz, Mike Patton, Trey Spruance, Bär McKinnon

Musiciens additionnels : Timba Harris (trompette), Eyvind Kang (violon, alto), Carla Kihlstedt (violon, viole), William Winant (tympani, maillets, tam tam, tambour), Bill Banovetz (cor anglais), Sam Bass (violoncelle), Ben Barnes (violon, viole), Henri Duscharme (accordéon), Marika Hughes (violoncelle), Michael Peloquin (harmonica), David Philips (guitare pedal steel), Larry Ragent (cor d'harmonie), Jay Steebley (cymbalom), Aaron Seeman (piano sur la 6)

remarques

Layout et design graphique par Mackie Osborne - Concept de l'artwork par Patton et Dunn

chronique

Comment pouvait sonner ce troisième album de Mr. Bungle après un "Disco Volante" si expérimental et barré ? Les Californiens prennent ici l'auditeur par surprise en mettant un sérieux coup de pop dans leurs compositions. Du très James Bond "Sweet Charity" aux parties Fantomas de "Goodbye Sober Day" sans oublier les magnifiques "Pink Cigarette" et "Retrovertigo", Spruance et sa bande n'hésitent pas à fausser les pistes pour surprendre. Certainement l'album le plus accessible du groupe, il n'en demeure pas moins une pièce aux structures complexes et puissantes. Un excellent album de rock bien Zappa...

note       Publiée le samedi 15 septembre 2001

chronique

Styles
metal
musique de film
ovni inclassable
pop
rock
world music
Styles personnels
surf music / easy listening / exotica

"Raindrops will turn to laughter / Forever after"… On dirait le générique d’un film pour les oreilles. Ladies and gentlemen, bienvenue dans "le dernier grand chef d’œuvre analogique", dixit ses créateurs, l’attraction ultime d’un Luna Park pour milliardaires qu’aucun réalisateur de films n’a encore imaginé (il reste du boulot au cinéma pour faire rêver autant qu’ici). À peine arrivé, un serveur, cheveux gominés avec un litre de pento, serviette sur le bras, smoking couleur crème, vous sert son mojito maison en esquissant des petits "bo-bo-bop" entre deux breaks cha-cha-cha… Vous ne vous doutez pas de l’endroit où vous êtes vraiment tombé. Cette Californie-là n’existe que dans vos cauchemars les plus steampunk, pas loin de celle des Beach Boys de Smile, mais avec les moyens démesurés de la toute fin de ce deuxième millénaire. Garantie sans bullshit numérique, mais avec une bonne louche de déraisonnable comme on peut se le permettre sur la Warner, le tout longuement bricolé en studio, un casse-tête selon le groupe. Il s’en est passé des choses depuis Disco Volante : lancement du label Ipecac, collaborations tous azimuts (débuts d’internet aidant)… Fantomas, Maldoror, Secret Chiefs 3, albums solos de Patton sur Tzadik, la liste est longue. Faith No More s’est arrêté, mais hélas, ce n’est pas vers son groupe d’enfance que toute l’attention de Patton s’est portée. Il est donc possible que Bungle, en rentrant en studio en 98 pour faire ce disque, ait conscience de la fin imminente, irrévocable vu le conflit entre les deux fortes têtes Patton et Spruance, un peu comme les Beatles fignolant Abbey Road. Après une dernière tournée triomphale, ce sera silence radio, à peine interrompu par quelques déclarations du style "Il est peu probable qu’on rejoue ensemble", et ce malgré qu’aucune séparation n’ait été officialisée ! Il faut dire qu’après un tel disque, tout, absolument tout, paraît fade, sans superbe, timoré. California marie dans des noces de plutonium pathos hollywoodien malmené, luxuriance d’un bordel mexicain, tintouin d’un volcan islandais (j’y viendrai) et faste d’un cirque Barnum, enfin pour aujourd’hui, rien que pour vos oreilles, ça sera le cirque Barney, de Matthew Barney, avec son cortège d’animaux mythiques, de rituels franc-maçons et de monstres cryptiques. On les entend faire la fête ici, partouzer, communier, puis s’entre-tuer. Quoique, même Barney n’aurait peut-être pas imaginé ce Golem des temps modernes qu’on entend être remonté comme un gros jouet avant de s’actionner comme le balai de Mickey dans l’Apprenti Sorcier… Avez-vous remarqué la mini imitation de Prince de Patton en fond pendant la 2ème partie du couplet ? Il y a trop de détails pour les mentionner, trop de mélodies kitsch et surannées qui s’imbriquent, trop de magie pour y comprendre quelque chose. Rien que None of them Knew They Were Robots semble une mise en abyme de l’assemblage herculéen auquel Mr. Bungle s’est livré. Placé en deuxième position comme pour annoncer son statut de plus grand morceau du groupe (et pas que du groupe…), il narguera longtemps vos écoutes, semblant le seul à refuser de céder aux déluges pop et joueurs du reste du disque, le dernier bloc hermétique, où tout se succède trop vite pour nos pauvres cerveaux. Jusqu’à ce que vous vous surpreniez à twister dessus comme un Claude François éternellement secoué de spasmes extatiques, son ampoule à la main. Eurêka !! C’est pas pour rien que leur bled d'origine s’appelle ainsi. Retrovertigo est le tube suprême qui vous permettra de vous remettre de cette avalanche. Peu de gens y résistent, parmi les nombreux à qui j’ai fait écouter ce slow pleurant la soif inétanchable du peuple américain pour la superficialité et la redite. Comment ne pas évoquer en même temps Pink Cigarette, seul autre slow du groupe, dont les premières secondes sont un réveil amer dans des relents névrotiques, où le cerveau de l’amant trahi et suicidaire semble gargouiller une dernière fois avant l'agonie au gaz... Une ballade pour laquelle Frank Sinatra aurait vendu sa femme (il avait envie de changer de toutes façons) et ses gosses, et qui s’achève dans un décompte morbide et tétanisant à mesure que l’oxygène se raréfie dans la pièce… Patton n’est jamais meilleur que lorsqu’il campe ces personnages tourmentés et toujours distingués dans leur déchéance impitoyable. Air conditioned nightmare, lui, commence comme du Björk avant de bifurquer une demi-douzaine de fois dans le décor en carton-pâte, annonçant le réveil du volcan Eyjafjöll, pour s’achever finalement dans une ballade de comédie musicale : "From the skycrapers, down to the submarines", avant le retour des guitares surf comme une pluie de rasoirs. On comprend que de la vacuité d’un grand centre commercial, le protagoniste est passé à une cellule capitonnée. C’est que le génie du groupe est ici extrêmement condensé, on sent les heures de travail minutieux pour un plan unique de 5 secondes, puisqu’ils ne se retournent quasiment jamais tout au long de ces 44 minutes. Aucune comparaison possible avec les albums précédents… Quel parcours incroyable. Après avoir exploré, 4 ans plus tôt, le monde interlope du surréalisme et des fonds marins, ils s’attaquent à tout ce que l’Amérique a produit de toc et de grandiloquent, comme le doo-wop accusateur qu’est Vanity Fair… Mais d’autres titres sont plus mystérieux, comme ce Holy Filament tout simplement expérimental, entre litanie religieuse et lâcher de violons hollywoodien… Trevor Dunn y évoque la théorie des cordes, contredisant celle du Big Bang pour la création de l’univers, rien que ça ! A ne pas confondre avec la théorie du Big Band, avec laquelle ils n’ont aucun complexe… Blague à part, si l’on commence à parler des paroles, il faudrait, en résumant comme un sagouin, parler du point Oméga et du vrai savoir que nous cacheraient la religion et la science officielle (None of them knew…), du mythe du golem selon la kabbale juive (Golem II), mythe "en train de devenir réalité" selon Spruance, et par-dessus tout ça, saupoudrant le tout comme un nappage de sucre glace sur une pièce montée : le sentiment d’apocalypse imminente, qui pourrait bien avoir incité pas mal de groupes à tout donner en cette année 99. Le raffinement, qui cohabite avec la brutalité et la folie irrémédiablement associée au groupe, donne une impression de baroud d’honneur pour une nation de rêve en train de s’effondrer, de décadence comme à l’époque du Titanic et de la "fin de siècle" d’Oscar Wilde… Mais ici, c’est l’Amérique qu’on célèbre et enterre, et non plus l’empire britannique. Goodbye Sober Day n’annonce-t-il pas le crépuscule du règne américain ? On dirait que Patton, et Spruance en filigrane derrière-lui avec sa montagne de bouquins, sonnent la charge furieuse du grand orient fantasmé contre l’occident dégénéré. "May your sky be rolled up like a scroll / May your blue moon drip with blood" chante Patton en imitant un muezzin appelant à la prière… Puis il imite le ketjak Indonésien, danse tribale à base de "tchaktchakchak !!" qui évoquent irrémédiablement une invasion des Huns… La même menace pointe au bout des cimeterres d’Ars Moriendi (l’art de mourir). "Ride si sapis", ris si tu l’ose. Difficile de ne pas y voir le grand ordonnateur Trey Spruance tirer les ficelles à coup de Klezmertechnosurfmetal, sûr de la victoire des mystiques sur l’Amérique paniquée… Sans présager de quoi que ce soit, pas sûr que les paroles du disque – certes labyrinthiques – soient restées aussi peu disséquées s’il était paru après le 11 Septembre 2001… "And the postmodern empire is ended tonight" chante Patton sur None of them knew. Interprétation libre et imagination décuplée par la musique n’ont jamais fait aussi bon ménage. Dans un monde idéal, California trônerait aux côtés de Pink Floyd, Led Zep et Micheal Jackson aux côtés des albums les plus vendus de l’univers… Cet univers, qui, tout comme la bêtise et le potentiel d’écoute du présent disque, semble infini.

note       Publiée le dimanche 8 août 2010

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dariev stands › dimanche 13 mai 2018 - 13:12  message privé !
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"à Hawaï, tous les regards convergent autour du volcan Kiloweha"

Sigur_Langföl › mercredi 8 juillet 2015 - 13:28  message privé !

Sans déconner, Dariev, tu t'es vraiment défoncé pour cette chro. Chapeau!

Note donnée au disque :       
Aladdin_Sane › lundi 8 septembre 2014 - 20:54  message privé !

Pas moins bon que Disco Volante mais différent et c'est tant mieux.

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Ramon › jeudi 12 décembre 2013 - 23:07  message privé !

Ars Moriendi…le titre qui permet de savoir qui sont vos vrais amis, s'ils restent, c'est bon sinon le doute est permis. Bon ce disque est nettement plus accessible que le précédent malgré tout, son seul défaut étant d'être le dernier, snif...

Note donnée au disque :       
taliesin › mercredi 5 juin 2013 - 09:24  message privé !

L'album homonyme de Mr Bungle étant un des mes disques "île déserte", et 'Disco Volante' ne m'ayant vraiment pas branché en revanche, c'est avec appréhension que j'ai écouté celui-ci... Pas de surprise, cela va en faire bondir plus d'un, mais non, désolé, le génie et la folie de leur premier chef-d'oeuvre n'est vraiment plus là. 3,5 boules

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