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Red Hot Chili Peppers › Californication

cd • 15 titres • 56:24 min

  • 1Around The World
  • 2Parallel Universe
  • 3Scar Tissue
  • 4Otherside
  • 5Get On Top
  • 6Californication
  • 7Easily
  • 8Porcelain
  • 9Emit Remmus
  • 10I Like Dirt
  • 11This Velvet Glove
  • 12Savior
  • 13Purple Stain
  • 14Right On Time
  • 15Road Trippin'

enregistrement

Janvier à Mars 1999 aux Cello Studios de Los Angeles, Californie - Produit par Rick Rubin - Mixé par Jim Scott - Ingé-son : Jim Scott - Masterisé par Vladimir Meller

line up

Flea ((Michael "Flea" Balzary) basse et trompette), John Frusciante (guitare, chœurs, claviers), Anthony Kiedis (chant), Chad Smith (batterie, percussions)

Musiciens additionnels : Greg Kurstin (claviers), Patrick Warren (orgue chamberlin sur la 15)

remarques

chronique

Il y a des disques de saison. Des disques d’été, de piscine, de soleil au zénith. Des disques de retrouvailles. Et puis il y a des disques qui restent, tatoués dans la chair, qui s’obstinent à rester bons même des années après. Californication est tout cela à la fois. Pourquoi en parler ici ? Pourquoi ne pas laisser seul ce One Hot Minute, qui, c’est vrai après tout, se tient bien tout seul, à part, dans des vapeurs psychédéliques connues de lui seul ? Eh bien parce que Californication est peut-être bien le meilleur Red Hot, tout simplement. Oh, certes, pas le plus gutsien d’un groupe qui l’est bien peu, mais pour qu’il soit si profondément installé dans le cerveau de votre serviteur, au point qu’il en rédige tranquillement cette chronique en écoutant un live de Soft Machine (le Calif' prenant tranquillement la poussière depuis des années au fin fond des abysses d’un carton, sous le lit), c’est qu’il doit bien y avoir une âme, ici. A sa manière à lui, Californication est un tout aussi grand disque que le California de Mr Bungle, prévu pour sortir en même temps, et qui raviva la vieille rancune d’Anthony Kiedis contre Mike Patton, qui lui piqua jadis son style en y rajoutant quelques grosses octaves, du coffre XXL et encore plus de folie scénique. De quoi être jaloux… Pourtant, en 99, un monde sépare les deux groupes, qui n'ont tous deux rien sorti depuis 4 ans (Même si pour Bungle, cela devait plutôt soulager Warner). Si Kiedis a enfin acquis une maturité dans ses textes et abandonné pas mal de ses mimiques Tex Averiennes, il entraîne son groupe vers toujours plus de simplicité, de mélodie et d’un certain classicisme, encore que le mot n’ait guère de sens quand on est littéralement propulsé par une telle section rythmique. Là où Patton a grandi comme un glouton, Kiedis a appris à appuyer sur la pédale de frein niveau excès, et développe un univers poétique de plus en plus personnel pour son groupe. Californication est marqué par son sens du romantisme bien particulier et surtout par le retour aux affaires du dénommé John Frusciante, miraculé de la vie qui vient alors de passer 7 ans à ne faire que se piquer, jusqu’à en avoir totalement changé de gueule. L’homme n’a plus touché une guitare depuis des années, et serait incapable en 99 de rejouer les plans déjantés de Blood Sugar Sex Magik. Il faut réapprendre à jouer, sans trop d’effets pyrotechniques, sans trop de vélocité funky, en l’allant droit à l’essentiel, à l’os. D’où ce non-retour à la fusion fuck-rock des débuts qui fit tant jaser inutilement. Il y a pourtant de quoi giguer à l’infini sur des titres comme Purple Stain, Right On Time, Get on Top ou I Like Dirt, tous d’une funkiness proprement – salement, en l’occurrence – délectable. Et puis rien que ce Around The World et son intro en forme de bottage de cul supersonique, allez-y, dites moi que c’est pas jouissif, un peu… Qu’est-ce qui peut bien gêner les funkateers de la première heure, je n’ai jamais vraiment compris. Le refrain "en clair" ? Les délicieuses chinoiseries de Kiedis sur la fin ? Et puis ce solo sur une note, sorte d’extase monomaniaque pour les idiots heureux, inaugurant un style qu’on retrouvera sur quasiment chaque chanson de l'album, mais plus jamais ailleurs, à ma connaissance. Tenez, Parralel Universe, par exemple. Tout le morceau semble être imprégné de ce primitivisme : Frusciante joue un genre de Surf-Wave - du Surf et de la New Wave, mécréant - dépouillée à la guitare (c’est un admirable concours de pointillisme avec Flea), ménageant quelques break/envolées angéliques et brûlantes, qui là aussi, regorgent tout au long des 15 titres… Celui d’Otherside transcende la relative fixation émotionnelle du morceau. Celle de Emit Remmus fait l’effet d’un coton apaisant appliqué sur une blessure qui aurait longuement grillé au soleil et à la poussière. Parfois, il n’y a qu’un solo, comme celui de la chanson-titre, réminiscence du Holidays de Michel Polnareff (si, si, allez voir dans le best of de maman si je plaisante). Parfois, les chansons restent confortablement alanguies dans leur hamac, tel ce Kiedis étrangement aristocrate qui déclame une ode à son six-cordiste dans Savior… "All with my man / All in a hand". Difficile d’aller plus haut, sauf peut-être sur This Velvet Glove, qui s’abandonne avec une confiance totale dans les bras d’une sorte de mélancolie de fin de journée d’été, ces journées sans fin, où l’horizon n’en finit plus se s’étirer dans son âtre, presque jusqu’à la nausée. Trop de plaisir d’un coup. Un tel disque ne s’apprécie que sur la longueur, non pas pour le comprendre, mais pour éviter la crise de foie. Les Red Hot sont au firmament, intouchables, débarrassés de tous leurs tics d’écriture… Qui les aurait cru capable de pondre une berceuse comme Porcelain, invitation au stupre susurrée d’une voix de précieuse, à l’opposé de slows qu’on peut trouver pompier (pas moi, cela dit) comme Under the Bridge. Et bien sûr, les petits malins saupoudrent de morceaux ultra-funky aux paroles comiques pour jouer du contraste. Étrangement, et bien que cela ne manquera pas de faire ricaner, il y aurait de quoi disséquer les textes aussi longtemps que pour son album faux jumeau, California (cf recommandation). Sur le morceau titre, Kiedis cherche à englober toute la démesure et la vanité de son époque et de sa région natale avec la même profusion d’images que Mr Bungle… L’univers n’est simplement pas le même : des traités de physique et autres livres ésotériques, on passe à l’univers des suburbs, des piscines vides, de cet univers à la American Beauty, où le sexe est parfois le seul échappatoire à la banalité étouffante. Mais regardez de plus près cette piscine, outre le ciel et la mer inversé, il y a quand même un détail excentrique qui laisse imaginer qu’on n’est pas tout à fait dans le cliché sea sex & sun, quand bien même ce serait pour le pervertir. Les Red Hot ont réussi leur coup en beauté, n’ont rien perdu de leur sève et de leur âme, bien au contraire, avec ce hold-up commercial. Ils méritaient bien ça après l’incroyable suite de malheurs abattus sur le groupe depuis la fin des années 80. Road Trippin termine le disque comme Blood Sugar se terminait, autour d’un feu de camp, pour fêter les retrouvailles… Et une overdose de mélodies sublimes, en guise de nouvelle seringue. On peut voir ce disque comme leur plus folky, leur plus Hendrixien (Easily, nom d’une strato), ou bien comme un tissu de mystères et de poésie estivale de chaque instant, perché là haut, dans le ciel au fond de la piscine… Je vous laisse méditer sur l’humour à la fois subtilement poétique (j’insiste, j’insiste !) et scabreux comme l’esprit de tout bon adolescent de Kiedis, avec l’une des très nombreuses – autant qu’un épisode d’un anime quelconque - allusions lascives qui m’auront jadis fait méditer sur leur sens profond : "What could be wetter than / An english girl / American Man".

note       Publiée le dimanche 8 août 2010

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  • Mr. Bungle › California
    Mr. Bungle - California
    L’occasion était trop belle de les chroniquer à la suite… Warner a retardé la sortie du Bungle pour ne pas nuire aux multiplatinés Red Hot.

chronique

Styles
pop
rock
Styles personnels
var west music

" Bonjour Messieurs Piments Chauds. J'ai bien reçu votre invitation à participer aux compositions et à l'enregistrement de votre prochain album. Je respecte énormément votre travail depuis des années, et j'ai été bluffé par le talent avec lequel vous avez rempli les stades grâce à des albums de plus en plus fins, sexy et malins, s'éloignant de cette musique de sauvages que vous pratiquiez jadis. Survivre à la drogue, tendre vers l'échappée façon film-route, et faire des ballades idoines, n'est-ce pas là le souhait de tout musicien ayant vaincu ses démons ? Cela est tellement moins facile que d'être un drogué, donc une personne faible. Sang Sucre Sexe Magie (comment donc traduire le "k" ? Oooh mais quelle magie !), quel album sublime c'était, j'en rêve encore... Monsieur Kiedis : vos groupies vous honorent, et, pardonnez mon langage un peu cru, mais contrairement à Steve Tyler, vous méritez de labourer de la fan mineure à toute heure. Votre talent vocal et votre charisme rebelle-Dop justifient à eux seuls l'existence de cette invention divine qu'est la vulve. Michel Pâton peut rester avec ses jazzmen experimentaux, ce garçon n'est pas à votre niveau. Il paraît que des hommes aussi, sont sensibles à vos charmes ? Eh bien je trouve cela magnifique ! Ils sont comme Boy George : rares mais précieux, et prouvent que rien n'est plus beau que d'assumer sa différence, sa sensibilité, en dépit des critiques. Permettez-moi également de saluer Monsieur Puce, bassiste si génial, à mes rotules défendantes. Ainsi que Monsieur Frusciante, qui j'espère se sent mieux dans sa peau depuis son retour dans le groupe - vous avez un cœur chrétien messieurs - du reste je n'empièterai pas sur ses compositions et lui laisserai le soin de créer quelques passages de sa patte très raffinés. Je pense que le départ de Monsieur Roger Hanin, artiste semble-t-il complexe, se révélera salutaire. J'avoue que je frissonne déjà à l'idée de me mêler à votre esprit alternatif et funk, votre folie créatrice si délicieusement californienne ! J'ai parfaitement saisi l'idée de votre projet musical plagiste tel qu'exposé dans notre précédent échange, et, bien sûr, celle-ci m'enchante et m'emplit de visions enchantées, pour ne pas dire enchanteresses... Peut-être ne le savez-vous pas, mais je suis né à la Réunion, et j'ai grandi à Aix-en-Provence : nous saurons donc nous entendre sur ce que doit être un vrai, un beau, un grand disque de plage, devant lequel les radios se mettront à genoux ! Les ondes onduleront, Messieurs Piments Chauds, et, je l'espère, alors vous appellera-t-on Messieurs Poivrons Chauds, et pourquoi pas Messieurs Petites Tomates Séchées : car l'ambiance évoquée sera celle de la mélancolie d'un été près de la plancha, de la simplicité de la pampa, des vagues et du vague-à-l'âme des gens du Sud, cette ethnie si bruyante mais si attachante qui sue sans se soucier, et qui connait tout des moules. Je vous aiderai fort volontiers pour le tube-épo qui relancera votre carrière, j'y pense en ce moment-même en jouant aux Sims, et à côté de ça vous n'aurez plus qu'à suivre avec votre funk habituel et tresser quelques mélodies sensibles par la grâce de Frusciante bénies (je me sens personellement plus Cocciante, mais nous nous entendrons j'en suis sûr !) Pour que farniente en hamac et rêves en espadrilles se confondent dans un mélange rock salé-sucré-anisé, un final sur lequel vous vous évaderez enfin (libres !), et pour que toutes ces pucelles en pâmoison mouillent enfin leurs petites culottes blanches jusqu'à ce qu'on puisse remplir une pinte de cyprine rien qu'en les essorant ! (pardon, décidément...) Dans l'attente de vous rencontrer, et de concrétiser enfin ce projet d'album de ballades insulaires, je vous fais part de mes sentiments les plus distingués. " signé : Gérald De Palmas, le 29 mai 1998.

note       Publiée le vendredi 29 mai 2015

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Note moyenne        42 votes

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Richard › jeudi 5 mars 2020 - 06:03  message privé !

Ce n'est que très récemment que j'ai appris que pour le riff de Californication Frusciante s'était inspiré du Carnage Visors des Cure.

(N°6) › mercredi 4 mars 2020 - 21:46  message privé !
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Il a les défauts de ses qualités, c'est à dire qu'il est tellement long que c'est parfois difficile de se rendre compte que malgré un début d'album d'anthologie (les 4 premiers titres), la suite est souvent quasiment au même niveau jusqu'à la fin en fait. A vrai dire, les morceaux plus funky font presque fan-service et apparaissent bien souvent les plus dispensables. Le grand album de Frusciante en quelque sorte (on pourrait passer tout le temps à ne prêter attention qu'à lui), mais non, tout simplement des Red Hot, transfiguré en groupe pop fabuleux.

Note donnée au disque :       
dariev stands › lundi 8 juin 2015 - 02:23  message privé !
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hahaha , les Red Hot, OBM (organic body music) since 1983. Cela dit, ici, la version studio était déjà bien proche de ça dans l'énergie, héhé.

Raven › lundi 8 juin 2015 - 01:50  message privé !
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Franchement, la version studio n'existe même pas : https://www.youtube.com/watch?v=d2hAXewZ6yE

Note donnée au disque :       
vieille fessée › dimanche 31 mai 2015 - 17:56  message privé !

Pendant longtemps, je n'ai pas aimé, puis pendant quelques temps je l'ai trouvé plutôt bon, et aujourd'hui je m'en fou...

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