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Burzum › Filosofem

cd | 6 titres

  • 1 Burzum
  • 2 Jesu Død
  • 3 Beholding the daughters of the firmaments
  • 4 Decrepitude .i.
  • 5 Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenhetens Støtte
  • 6 Decrepitude .ii.

enregistrement

Breidablik Tonstudio, mars 1993

line up

Varg Vikernes (tous les instruments)

remarques

-

chronique

Dernier album avant l'incarcération et dernier album "électrique". C'est aussi le meilleur, encore mieux que le premier album éponyme. Les rythmes sont très lents et la production très mauvaise. C'est un peu cela qui fait que l'album est incontournable. Les rythmes et l'utilisation de claviers sont simplissimes mais si efficaces, les vocaux sont excellents, plaintifs à souhait. Il y a aussi quelques passages de chant clair, très inhabituel pour Varg, mais cela renforce la puissance de l'album. Inutile de dire que les riffs de guitare sont toujours aussi accrocheurs et le son ultra-saturé. Les 3 premiers titres sont dans la même veine que ceux des 3 premiers albums alors que les 3 autres sont beaucoup plus expérimentaux. D'ailleurs, vers la fin de l'album, Varg nous interprète un morceau de plus de 25 minutes, "Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenhetens Støtte", entièrement joué aux claviers et extrêmement lent qui annonce la nouvelle orientation du groupe lorsque Varg sera emprisonné : complètement électronique et ambient. Pour conclure : chef d'œuvre ultime et incontournable !

note       Publiée le samedi 29 juillet 2000

chronique

Styles
metal extrême
Styles personnels
black metal

Rien que le fait de parler de la musique de Burzum impose le respect, alors quand en plus on se met à parler de l'album le plus fouillé, abouti et travaillé de la carrière de Vikernes, cela ne nous laisse guère l'opportunité d'émettre une quelconque critique négative. En effet, ici tout est fait pour que l'auditeur ressorte de l'écoute de cet album avec l'esprit obscurci et laminé sans qu'il n'ait rien pu y faire. Tout commence d'abord avec quatre titres dans la veine black metal (mais éloignés de ce que l'on trouve sur "Burzum" ou "Aske"). Parmi ceux-ci, deux se placent largement au dessus du lot. Tout d'abord "Dunkelheit" (appelé "Burzum" dans l'édition chroniquée par Nicko) avec ses parties de clavier d'une simplicité enfantine mais pourtant si glaciales, prenantes et étouffantes, et ce chant tout d'abord criard puis narré sans aucune comparaison. Ensuite "Jesus' tod" avec ce riff qui vous prend aux tripes et qui reste ancré à jamais dans votre mémoire. Tout ça accompagné de textes magnifiques ("Erblicket die Tochter des Firmaments") et d'un artwork splendide. Pour ce qui est des deux derniers morceaux, il s'agit d'une ouverture sur ce que sera la musique de Burzum pendant le temps d'emprisonnement de Grishnackh, à savoir du dark ambient avec seulement des claviers, musique déprimante à souhait, parfaite à écouter dans le noir, seul avec les esprits des Dieux Nordiques rôdant autour de nous... Splendide.

note       Publiée le mardi 17 juillet 2001

chronique

Le froid mordant de l'hiver pénétrant les strates infimes de mon épiderme. La brûlure glâcée de la nuit sans fin des forêts désertées par la vie. La brisure de mes os meurtris par la fatigue. Mes journées sans sommeil, à traquer le loup. Fagot sur le dos, minable fardeau, brûle mes désirs de ta lumière crue. Ô sainte haine mon amie, aussi seule que moi, aussi brutale. Dévorant la chair de mes crocs, celle des hommes qui se cachent. La culpabilité, la honte, les doigts tendus qui montrent. Je chasse le jour. Je suis le prédateur. La lame rentre dans les corps et le sang gicle. La lame rentre dans les gorges et le sang gicle. Mon trône de ver s'érige du cadavre du serf. Ô lointain soleil, meurs à chaque hier, dépouillé par la lune, la vraie. Je hurle pour toi, les babines ballantes, le scrotum retroussé. Je m'appuie sur ses bois, et lui tord les entrailles. Farfouille au dedans. Un filet de fumée, un relent de fumet pénètre dans mon museau. L"homme me traque. Je suis la proie, je suis le prédateur. Acculé dans un coin je mords. Poursuivant un cul je mords. Je suis plus rapide, plus vif, et imprévisible. Ô ciel noir des hivers infinis. Ta langueur berce mes muscles, constellés de blessures profondes. J'erre seul, toujours seul. Je mourrais seul, dans le noir, dans la nuit, dans le froid, sous la neige. Peut-être ne suis-je déjà plus vivant.

note       Publiée le jeudi 22 février 2018

chronique

Je l’ai entendu très tard, ce disque. En plein une nuit, je veux dire – pas assez de sommeil, volume juste à bloc comme il fallait, bêton en Picardie et quelques rares âmes, parmi ceux venus pour autre chose et dont on ne pensait réciproquement pas mieux... Bref. Longtemps après la légende, aussi – ou les faits, si vous préférez. D’armes ou divers, d’ailleurs, appelez ça comme vous voulez… Je m’en fous toujours un peu, pour ma part : Varg et les allumettes, Varg qui plante Eurnoymous "en légitime défense et à vingt-six reprises", ou style… C’est un folklore où je n’étais pas du tout, à l’époque – pas ma scène, pas l’âge, pas de quoi… Bref : "pas là-dedans" et pas envie après de faire comme si. Et puis donc, bien plus tard : le gars aux platines qui a mis ça au bon moment – entre un Gun Club et, disons un Bauhaus (Non… Pas Bela). Le riff infini, la mélancolie – profonde, oui, bien plus détachée que chez tous ceux qui allaient suivre. "Dunkelheit"… C’est ce morceau là – ce riff, précisément, avec le synthé derrière qui tinte son contrepoint sourd, tout con aussi, touchant pareil au suc dedans, s’y coulant. Au gris-noir qui va s’épaississant. Il me revient par périodes – presque toujours quand je rentre très tard. (Ou très tôt, fonction du repère qu’on considère). Presque toujours j’y suis seul – où je n’entends plus rien d’autre, plus les autres. "Dunkelheit" : "Obscurité". Ténèbres. ("Burzum", ça veut dire ça aussi – mais toujours non-merci, pour le dictionnaire vieil-orc… Ça aussi : pas ma scène). Allez.. Puis Jesus’ Tod, OK – encore des Amiénois, tiens, qui m’y ont fait revenir, celle-ci. (Judas Donneger avec leur reprise en VF – "L’ombre des forces du maaaaaal"… "Oh oh oh" ? Non : ça prend – et foutrement). Et puis Les Filles du Firmament... Le ciel est encore givré. (La bise à elles – si d’aventure elles entrebâillent). Ce son, la voix qui fait mal – qui a mal, la saturation qui la bouffe et la fait saillir à la fois, en reliefs écorchants. D’accord. Et puis quand l’épuisement s’y prête, le truc étale peut m’avaler, même – le machin de vingt-cinq minutes, je veux dire, là. (Du du duu... Dududuu… etc., ad lib avec la note basse qui micro-module derrière). Certes, et de bonne foi : c’est infiniment plus prenant que les conneries acclamées que fera le même en taule, plus tard, avec son bontempi – en partie acclamées parce que la taule, sans doute, la légende encore, les foutaises philo-politiques-anthropologiques d’après. (Acclamées même quand de toute évidence ça sonnerait comme "la scène de la taverne" dans un RPG en 8bits). Puis parfois non, pour celle-ci – le pas-envie s’en mêle. (Ou pas assez l’envie-de-rien-d’autre)… L’une ou l’autre nuit j’y retourne. Les trois premières plages me flanquent le même état, toujours. Le premier des deux "Décrépitude" (Gebrechlichkeit I et II) me fait encore un coup trop rien – même pas sourire ou zapper… Ça passe et c’est tout. Et puis au fil des jours, depuis, je prends ce que bon me semble dans le supposé "héritage" – chez ceux qui du mec et de tout son ouvrage font bien plus de cas que moi. Le reste m’emmerdera rapidement – autant que n’importe quelle musique "de genre" une fois qu’elle s’en contente de ça, de suivre. Et du du duu, je m’endors cette fois encore et ça jettera une ombre au rêve. (dududuu. Et les vingt-milles textes passés – pas encore tous explorés – je retourne à autre chose… Y’a pas que la neige, dans la vie – quand bien même on saurait en dire les cinquante noms en inuit ; et quand-bien même toutes les nuances des glaciers aux cloaques via les carboniques).

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Styles
black metal
ambient
Styles personnels
great black music

Avant de tomber, je ne sais plus comment, sur Guts of Darkness, je ne savais sans doute même pas que le black métal existait. Le beumeu. Le trve. Des norvégiens qui faisaient de la musique satanique, des albums avec des gueules de goules en noir et blanc et puis des histoires de sales types qui se suicident, s’assassinent, crament de jolies églises en bois d’arbre et suppriment des homos parce que bon, le trve, le beumeu, c’est pas une musique de tapette. Whaou. Trop glauque. Et pourtant y a une troupe de gens sur un site tout en noir-et-orange-moche qui en parle sans évoquer tout ça, ça cause musique, en tout cas dans les « chros ». Les mecs sont à fond dedans. C’est quand même curieux. Cédénazislol ? Trop chelou les Entrailles de la Sombrexitude. Non mais pour moi le métal à l’époque, ça allait pas beaucoup plus loin que quelques vieux Motörhead, Led Zeppelin mais c’était pas encore du métal et puis bon, une dose douce de Pantera qui plaisait bien à ma copine d'alors. Oui ben je savais pas non plus pour le chanteur de Pantera, ça va quoi. Mais jamais j’aurais osé écouter du Black Metal. Le thrash ok, même si Slayer on est pas trop sûr; le death passe encore, Sepultura c’est des gauchistes. Mais ce Varg Vikerness, voyons ! M’enfin après moulte tergiversations, voilà que je franchi un jour le Rubicon du black en me procurant un album de Burzum, parce que d’abord les pochettes sont classieuses et qu’il parait que sa musique ne véhicule rien de ce qu’il a dans le cervelet du côté de ses idées politiques. J’écoutais déjà pas Sardou quand j’étais gosse alors bon, faut un minimum de détachement. Car avec Varg se pose la question de la séparation de l’artiste et de son oeuvre. En gros, est-ce qu’on peut prendre plaisir, est-ce qu’on peut même aller jusqu’au trouver vraiment beau une production artistique due à un gros con ? Quand bien même si il aime ses corn-flakes croquantes, ce qui est un bon point pour lui. La réponse est bien évidemment oui, sinon on écouterait, on lirait, on regarderait quand même vachement moins de trucs, rien que dans le doute déjà. On ne va pas non plus procéder à une épuration au sein de notre consommation de produits culturels. Voyez comme je suis taquin à coller « épuration » dans une chro de Burzum ? Voire « consommation de produits culturels». Parce que bon, Helvete, c’était rien d’autre que l’équivalent d’une petite Fnac underground quoi. Je suis sûr qu’il aurait fait un Prix Vert sur la sortie de « De Mysteriis Dom Sathanas », le père Euromarchymus, si Varg ne l’avait pas pas poignardé vingt-trois fois dans un acte de légitime défense. Oui ben y en a qui bégaient, c’est pareil mais avec la main qui tient le couteau, ne pinaillez pas. De toute façon, autant le dire, il est plus aisé pour moi aujourd’hui d’écouter un album classique de Burzum qu’une seule chanson de Noir Désir. Comme quoi, le positionnement sur l’échiquier politique… Mais enfin voilà, comment parler seulement de musique ? C’est compliqué. Alors on va la faire courte, le tour de passe-passe de Burzum, c’est qu’il a fait du black métal quelque chose de presque purement atmosphérique. Encore bien plus que Darkthrone, les My Bloody Valentine du beumeu (les trve apprécieront l’analogie). Ce qui compte avant tout chez Burzum, et particulièrement sur Filosofem qui n’est finalement rien d’autre qu’une continuation du précédent, une partie des enregistrements viennent d’ailleurs des mêmes sessions (comme chez Miles Davis quoi), ce sont les climats. İklimler comme on le dirait en turc. Oui, rien ne me fait plus plaisir que de balancer du turc dans une chronique de Burzum. D’ailleurs je vais maintenant citer un truc d’une jeune turque qui me disait dans un bar cool à Istanbul « Au moins, le black métal, tu sens bien l’atmosphère scandinave, les fjörds, la forêt, la neige ! ». Et comment que tu la sens bien profond. Un des coups de génie de Burzum, c’est l’utilisation ténue de synthétiseurs glacés qui viennent comme une couche immaculée par dessus les tempêtes de riffs nauséeux. C’est tout simple mais ça fait la Rue Michel. Et alors quand Burzum retire les riffs et ne laisse plus que les synthés en question tourner en boucle sur des ritournelles d’un minimalisme à la limite de l’infinitésimal (à côté, Charlemagne Palestine c’est Pierre Boulez), là réside la grande vérité de la musique du « one-man-band » (« einsatzgruppen » en allemand, enfin je suis pas sûr non plus): l’atmosphère. Les geeks ont inventé le nom « dungeon synth », sans doute parce que ça constituerait le bande-originale rêvée pour n’importe jeu de rôle médiéval fantastique de plateau qui se respecte. C’est pas un hasard si quelques années plus tard, Varg aura pondu lui-même son propre JDR, avec un fond bien de on-est-chez-nous-les-blancs-de-race-supérieure, ce qui colle parfaitement à son nouveau personnage, celui qui fait des tutos Youtube rigolos dans la forêt. Ce côté Joueur du Grenier Über Alles, je ne résiste pas. Mais ceci est une autre époque, quand Filosofem sort, Varg est en zonzon et son album devient culte même que Thurston Moore l’apprécie beaucoup ce qui sera bien pratique dans les années 2010 quand la presse musicale branchouille voudra se mettre à parler de black métal. Et oh, même dans Télérama maintenant on parle de beumeu ! Quel chemin parcouru depuis le début des années deux-mille, où alors seul un petit site tout en orange et noir pouvait se permettre de parler de ce genre sans rentrer dans de stériles controverses à base de « ragnagna… séparer l’auteur de son oeuvre… ragnagnagnarock » et donner un statut de pierre angulaire à un album qui le mérite amplement pour qui a déjà frissonné à sa fenêtre en hiver, rêvant de paysages plus neigeux, de forêt emplies de loups et de rivages glacés. Oui, c’est bien Burzum qui aura fait la réputation de Guts of Darkness. Ou peut-être c’est Neurosis, plutôt. Ouais, non en fait c’est Neurosis.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

La haine ça se mange au petit-déjeuner, ça se rumine au déjeuner et ça se rêve, le soir, à l'air libre ou en cellule ! S'il vous est arrivé d'être plus ou moins enfermé vous savez que, comme dirait le vendeur de comics de Springfield : "solitude et cheeseburgers sont un mélange très dangereux". Je dirais même plus : ajoutez une pincée de haine, et là ça vire TNT. Bon, Vikernes n'est pas obèse mais je crois qu'il a un problème de gestion de la rage, non ? Ici, quand ce type de sensations m'emporte, il m'arrive d'écouter cet album tel un catalyseur, à l'instar de notre blondinet du sud du nord quand il serre les dents sur son tracteur, maintenant qu'il est devenu néo-rural en Limousin. Pourquoi ? Parce que cet album, en existant, a rencontré ma propre expression de la haine, qu'elle s'exprime lentement, rapidement ou sûrement, jusqu'au point où l'on se sent fier d'être rempli de bile, faisant partie d'une communauté imaginaire des gars les plus haineux qui existent. On peut être donc plein de haine en toute situation ! En marchant par exemple. Moi la plus forte impression que cet album m'a faite c'était dans un tramway. Direction : unknow. Je m'enfile cette horreur dans les oreilles, dans cette ville en bas là-bas, témousmouslabadibadada. A l'écoute de cette cavalcade mutant en une vase pleine d'amertume, je laissais mon esprit se souvenir vaguement de rendez-vous manqués pour se battre autour d'une fontaine, sous le regard d'un archange, de passes d'armes autour de ce qui est ou ce qui n'est pas, de mondes sombres parfois minuscules, parfois grandioses. Je me souviens aujourd'hui de ces journées d'ennui, ailleurs, il y faisait encore plus froid qu'ici : j'avais un accès plus que médiocre à internet, c'était le début des années 2000, la "vie" se passait ailleurs que chez moi et je lisais beaucoup ce que je pouvais. Un des avantages de gutsofdarkness - le site que vous lisez, si vous ne connaissez pas - c'est que ce n'est pas un site qui fait bugger les vieux ordinateurs qui ont une connexion à la con, enfin, "une connexion pour fauché du début des années 2000". Il ne demande pas grand chose. Un peu de concentration, c'est tout - ce fut donc mon magazine à moi, avec d'autres, je ne les citerai pas, ils sont morts ou moribonds aujourd'hui. J'y lisais en plus de toutes ces chroniques et comme je l'ai longtemps fait par ailleurs des histoires que je vivais par procuration : je me battais, je racontais ou faisais des conneries à la place des autres, un peu comme, lorsque je n'étais qu'un choupi de 6e je vivais et mourrais comme une star toxicomane en feuilletant hard rock magazine. J'étais malade comme un artiste dit "grunge" en écoutant à la radio le suivi des nécrologies, je me scarifiais mentalement comme dans cette vidéo de Slayer, je souriais au tribunal, le business du rock, du métal, du cinéma, des signes ou totems habituels depuis l'inv... euh la libération de l'Europe par les États-Unis étant quand même fondé sur cet outil marketing : se mettre à la place d'un gars qui a du succès, se drogue, est beau, est moche, tue des gens, brûle des trucs et encaisse, écrit des chansons en courant à poil dans la neige, se traine une dégaine comme il faut. Si ce n'est pas une star officielle ça peut être n'importe qui s'exprimant bien sur le web - d'où des réactions vives, devant nos semblables, devant le miroir, on est fâché quand on se rend compte de la présence de ce furoncle sur le nez ! Je me sentais bien souvent bête aussi devant la culture énorme des autres, je n'avais pas l'argent pour m'acheter des disques tous les jours, et je n'avais pas la connexion pour kaaza ou emule. Je ne vivais pas à Paris. Je me sens aussi bête devant ces 20000 chroniques aujourd'hui, comme je me sentais déjà inculte devant tous ces chaines de caractères à l'époque où le name dropping continuait de m'échapper d'entre les doigts, que l'implicite n'était pas évident et que, évidemment, les modes et tribus m'étaient inaccessibles - impossible, seul, d'être ci ou ça, on a beau être le plus grand du misanthrope BM, on reste des animaux adeptes du mimétisme. Présentement, j'ai pris le train en route, je suis arrivé parmi les derniers, au moment où l'internet est déjà devenu une sorte d'intermarché moche ou un "gros minitel", j'arrive dans les guts de la darkness, je regarde le monde de l'autre côté de la fenêtre, c'est pas beau ! Et je me sens tout aussi vicarious. Je rumine des années qui furent elles aussi bien laides parce que, lorsqu'on écoute Filosofem, on peut se dire qu'on a la faiblesse de s’appesantir seulement sur certains bouts de notre mémoire, ceux qu'on considère comme les plus puants... on se dit qu'elles manquent parfois ces histoires, parce qu'il faut bien meubler, faut bien remplir, maintenant que d'autres machins ont pris plus de place dans la persistance rétinienne. Je me revois lire les chroniques habituellement absentes aujourd'hui parce que certaines personnes n'écrivent plus, des plumes manquant cruellement d'ailleurs... je grince les dents en voyant converger le passé le futur dans un immonde blob qui traine son désir de mort dans mon regard qui se pose sur la tronche de Varg, je lisais des discours qui zigzagait, je redécouvrais la musique classique, je mettait un nom sur des étiquettes vierges, le rock progressif, le rock psychédélique, je creusais encore plus le hardcore chaotique, je continuais une culture death et thrash et grind old school, je revalorisais le black metal, je me rendais compte que des pépites se cachaient partout, que même les Beatles ou Bowie ou le punk étaient bien plus complexes que cela, que la musique gothique était une galaxie incroyablement peuplée, que la musique électronique valait le coup d'être abordée, qu'une chronique d'album pouvait être une pièce de littérature, que la pop pouvait elle aussi être particulière, et je croisais des connards à chaque pas dans cette réalité et celle du dehors, à chaque coin de couloir, devant les seuils, devant la glace, des fois on se le disait en face comme en CM1 et des fois on se le balançait sous cape comme en fac ou au boulot... je pliais des drapeaux de haine virtuels, je redécouvrais la musique ambient, je redécouvrais la malfaisance et son tourbillon humain via bruits, hurlements, discours, j'arrivais enfin à rêver comme il faut grâce à des sons mais en même temps je voyais et lisais et subissais des mecs qui se croyaient dieux ou démons, qui croyaient invoquer dieux ou démons, qui croyaient connaitre la nature et les hommes, qui croyaient connaitre quoi que ce soit sans rien étudier et je me voyais en miroir dans ces piteuses entités qui me collaient aux semelles, moi qui me disais tel notre cher Kristian "Ah ! La sonnerie ! C'est la sonnerie pour les petites pilules ! Ils adorent les pilules. Ils sont faibles. Ils ssssont tellement faibles." On sait se couper les cheveux. On porte des t-shirts Venom quand on assiste au verdict, on fait coucou à maman et on sourit car on a le droit car on vit en Norvège, et en plus après ça fait même écrire des thèses, des théories, quelle blague. Je fais du black metal, tu fais du black metal, il fait du black metal, on sait ce que c'est le black metal, parce que si on ne sait pas, hein... on n'a pas le droit d'en parler, ni de discriminer ! 1995 ! Oslo ! Filosofem ? On dirait une vuvuzela sur la pochette, en fait c'est la toile d'un norvégien qui représente un bonne femme qui souffle dans une trompette, et alors ? C'est nul. Nous on a Delacroix. Et alors ? Ben il est sur le billet de 100 francs enfoiré ! Et Vikernes ? Ben il parait qu'il avait un papa déjà néo-nazi, mais nous aussi si on cherche bien ! Si vous ne trouvez pas, cherchez un peu mieux, ça doit être sur une autre branche, un autre rameau. Vikernes lui il pense qu'il y a plusieurs branches. Par exemple, plein de gens sur cette planète se balancent tels des animaux dans les arbres alors que lui il vient avec son gros camion et rase la forêt parce qu'on va tous mourir. Pourquoi un gars si obsédé par la mort veut-il survivre en toutes circonstances, tout en clamant que les autres sont trop faibles pour vivre seuls, sans aide ? Mystère. Pourtant rien n'est très particulier dans l'action de crever. C'est comme péter mais en plus fort. Où j'en étais ? Oui, vous connaissez cet album : des riffs qui collent dans la tête comme on en fait plus, des plages ambient qui rendent fou, une efficacité qui déteindra sur plein de petits chevelus qui lèvent le bras avec leur potes qui n'ont pas de cheveux au fond d'un bar en loucedé mais aussi dans le cœur des "apolitiques" mélomanes qui font du black metal du début à nos jours, dans le sous-genre atmosphérique, vaporeux et répétitif. Ceci est un canon dans le genre, mais c'est aussi un condensé de ce qu'il y a de plus malfaisant en moi, regardez, le fait même d'écrire dessus me rend pénible. Je vous laisse donc ruminer et rager pour les 20000 prochaines chroniques, continuez de labourer la merde, moi je vais essayer d'écouter de la musique maintenant !

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Styles
metal extrême
black metal
musique électronique
Styles personnels
écrétage

J'ai aimé cette machine comme on aime sa première machine : avec passion et aveuglement. Ce dans les plus obscures méandres de sa binarité crasse, son écriture programmatique au captagon et ses aboiements crépusculaires de Teska dog en flagrant délit d'infinite loop. Et bientôt vingt ans après, dans une vie personnelle qui a eu tout loisir de prendre des dimensions autrement plus hexadécimales, fascination reste pour ce disque carré comme un couteau écaillé. Ce con de Vikernes, popularisé au fil de ses frasques en un Jawad Bendaoud de l'underground, était quand même le roi du tube lo-fi. Inépuisable cracheur de riffs du relou, il te multi-pique comme une abeille maléfique patchée au dard cranto-escamotable, depuis son micro-casque premier prix et sa palanquée de matos volontairement Rasperry Pi. C'est toute la beauté de ce disque, et c'est d'ailleurs vraisemblablement ce qui fait qu'il s'écoute avec toujours autant de plaisir aujourd'hui. En 2018 rien de plus sexy que de faire du noise-rock seul-tout chez soi avec une collection d'instruments et d'amplis destroys péchos à Emmaüs ? En 1993, l'air de rien, ce bouffon savait déjà reproduire le son d'un modem en phase terminale.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Styles
ambient
black metal
Styles personnels
black metal qui a du cachet

Filosofem est un des albums précurseurs du genre black metal ambient. Idolâtré par certains, vomi par d'autres, il reste depuis lors un objet définitivement à part. Une chose est certaine, l'oeuvre est définitivement habitée. Habitée par l'esprit malsain qui règne en ces lieux sombres. Varg Vikernes n'est en effet pas un personnage commun. Le norvégien est ici parvenu à développer une atmosphère à la fois planante et paradoxalement totalement incisive, privilégiant des motifs hypnotiques cycliques sur lesquels viennent se greffer des riffs de guitares rêches ultra efficaces ainsi qu'une voix en provenance directe de l'au-delà. Cette voix, saturée à l'extrême, qui se fait le vecteur d'une bile acide prenant un malin plaisir à s'écouler lentement jusqu'au plus profond de nos pauvres oreilles. Filosofem, gravement lo-fi jusqu'au-boutiste, planant, vicié, et forcément sacrément jouissif... Mais attention, cette histoire n'est pas terminée, car Filosofem est une oeuvre bi-polaire. On le découvrira au moment où "Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenhetens Støtte" finit par se montrer... A cet instant là, comme on dit chez Groland : "Et là, c'est le drame...". Car on est sur le point d'attaquer plus de 30 minutes plus au moins sponsorisées Botempi, qui, si elles font naître un petit sourire légèrement embarrassé au départ, virent rapidement au soporifique utra-pénible, que dis-je au cauchemar le plus total. Vous voyez genre quand vous avez de la fièvre et que vous revivez la même séquence en rêve durant toute la nuit... Filosofem, c'est ça aussi. Et ça c'est super chiant. Bref, Filosofem, c'est un peu comme le mariage : pour le meilleur et pour le pire...

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Quoi, en rajouter une louche sur Burzum ? Souligner l’évidence au lieu de mettre en lumière nos piliers cachés par la végétation, les Naked City, L’Imprudence, Boredoms et autres Coil ? Alors que les raisons qui ont porté ce disque à ce niveau ne sont pas toutes musicales ? Pff. Ne parlons pas de Burzum, la personne. Sa musique mérite mieux. Car en fait, il y a bien quelque chose qui bat ici. Quelque chose d’une impasse, d’un couloir étroit qui se joue des relativismes et des rires faciles. Quelque chose de ni surjoué ni poseur, qui a à voir avec le refus en bloc du monde entier, avec la haine devenue éloignement sans borne, avec... Un renoncement, déjà ? Filosofem, mais quoi de philosophique là-dedans, après tout ? Cette musique sent la défaite, transcendée en quelque chose de neutre. Rien de Nietzsche là-dedans, le philosophe à coup de marteau, quoique païen, aurait ri des sataneries de bigot et du sens du sublime si gourde et engoncé du black metal. Filosofem ne cherche pas à faire exception, mais simplement à épurer la formule jusqu’à atteindre une plénitude hors du temps, basique dans sa pauvreté. Simple ; il s’agit de ne plus rien attendre, mais d’atteindre au Total. Atteindre ce plan où les guitares ne forment plus un marasme, mais se glacent en des riffs qui s’écrivent tout seuls, tandis que la batterie s’absente au fil de l’album, comme toute trace de ressentiment, à vrai dire. Il n’y pas tellement de noirceur et de colère ici, plutôt une clarté diffuse et une torpeur aux nerfs d’aciers. Aucun philosophe n’a de prise sur cette insaisissable idée, noble entre toutes : la neutralité en musique. Filosofem en prodigue des litres, et c’est ce qui fait son appel muet et irrésistible. Et puis… il y a aussi l’idée, stupide mais drôle, que Burzum (obsessionnel comme tous les maniaques persuadés d’avoir raison), ayant pris conscience que tout le rock découlait de la musique noire, aurait cherché à enlever toute la dynamique et toute réminiscence de groove dans sa musique pour se débarrasser de cet héritage, avant de se retrouver en prison et de se dire « bon, tant pis », faisant d’une pierre deux coups puisque les esclaves n’avaient pas de synthés midi. Naïf et touchant, cet interminable Rundgang… ? Surtout très vain. 25 minutes dignes de la première démo d’un enfant de six ans que seul les black metalleux peuvent faire passer pour un exercice de pureté introspective (pour la blancheur nouvel Omo, c’est râpé, la basse a un vague relent de contrebasse jazzy, comme souvent dans ce genre d’exercice), mais qui est surtout l’équivalent musical d’une verveine-menthe mal infusée. Il y a aussi ce synthé à un doigt très Hondelattien qui rythme deux titres de façon aussi métronomique qu’involontairement désuète et cocasse, ce qui est déjà plus plaisant. Une fois mis de côté cette fâcheuse incursion dans un terrain non-rock (LE péché le plus courant du black metal, fatigué de tourner en rond), que reste-t-il ? Une ambiance effectivement épaisse comme une mer de brumes sur les premiers morceaux, indescriptible, bien éloignée de la haine non rentrée et tétanisante des débuts, et c’est tout à l’honneur de Burzum. Autre chose. Lointain. Ce vague perchoir où l’isolation devient confortable, en altitude mais il n’y pas un brin de vent, on ne grelotte pas, c’est comme une grotte, une cavité minuscule mais d’où tu crois entendre l’univers. Et tu te dis : l’homme est petit, toute sa haine, au fond, est petite, vanité méprisable au milieu d’un océan d’inconnu et de vide. C’est à ça que sert le synthé à deux notes au fond de sa réverb cheap. Il y a de la fatalité dans ces notes à la con : la vision d’une mer se fracassant sur les rochers dès Dunkelheit , et ces vagues sont mon caveau. Erblicket..., avec sa lancinance digne de Dälek, enfonce le clou, avec l’air grave de celui qui ne pense plus rien. La voix est loin, volontairement faiblarde, mais le rythme est plus proche d’un hip-hop encore à inventer (très très loin dans le futur, peut-être) que du rock, avec son mur de cymbales ininterrompu, rendant impossible tout vague souvenir de blues ou de groove qui se serait accroché à la filiation Death Metal du genre. Ceux qui objectent que le hip-hop est l’antithèse du dogme esthétique de Burzum ont tort : c’est juste que c’est le sens de l’histoire de la musique depuis ce milieu des années 1990. Répétition et anonymat. Quand il enregistre ce disque, Burzum n’est pas un visage, tout au plus la rumeur d’un brûleur d’église, une odeur de provocation des autorités... Le côté one-man band à la Bathory, avec plusieurs pseudonymes gigognes : Count Grishnack, Burzum... Et rester anonyme dans le civil. Et quand sort finalement ce disque, en 1996, Varg n’a pas plus de visage, malgré son procès. Personne ne veut vraiment l’imaginer en blondinet bien peigné. Il est sulfureux par ouï-dire, il brillera par son absence durant les années où sa musique devient culte. La techno, elle aussi, s’était constituée sur cette obstination. La répétition, la froideur, le soufre mais sans le vernis médiatique. Tout cela ne servirait à rien si la musique ne véhiculait pas une bonne part de ce soufre. Avec Dunkelheit, Jesus Tod est le titre qui justifie l’album pour beaucoup - une pluie sibérienne sur la gueule du crucifié ; et non ce n’est pas une révolte adolescente ou éculée... C’est 1996 : après le cadavre de Cobain, les figures de saints, maudits et martyrs qui se retrouvaient dans des ritournelles de Neil Young n’ont plus du tout la même force ni la même portée. C’est un peu la sécularisation de tout un pan de la musique populaire, jusqu’ici très christique, entre béni-oui-oui et apparitions divines. On entre dans une zone moins riche en chef d’œuvres (ce Filosofem n’en est pas un, du tout), mais où le ressac a laissé apparaître un paysage lunaire, un no man’s land qui prend parfois une beauté désertique propice à tous les mauvais rêves. Trois titres font pile 7 :53, comme si « Gebrelichkeit » était un genre de concept, entre foutage de gueule et expérience méditative. Comme un réveil dans la grotte du sommet : les synthés étaient en fait un goutte à goutte, les plaques de riffs au son asséché à la Hüsker Dü reviennent dans notre bouche pâteuse, et à la fin, oui tout à la fin, le type finit par faire un tas de pierres, et ça sert à rien, il va crever quand même ! Mais tout est dans ce que tu y mets. En musique plus qu’ailleurs, c’est le conditionnement psychique qui détermine tout. Le sacré peut dormir en paix, il s’agit de l’individu. On en reparle pour la 30 000 ème.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

D’un point de vue visuel, ‘Filosofem’ a tout de l’objet sexy as fuck. Le tableau de Theodor Severin Kittelsen couplé au titre est tellement évocateur qu’il en devient difficile de résister à l’achat (heureusement pour moi, je donne pas d’argent aux nazis mais passons); c’est beaucoup de l’aspect écorché du black qui est ici évoqué en images et en mots, quelque chose qui gratouille du côté du coeur…Mais nous ne sommes pas à une exposition alors qu’en est-il du plaisir auditif ? Varg attaque fort avec ‘Dunkelheit’ qui n’est rien de moins que sa meilleure composition, son hit, laissons-lui cela. Guitares grille-pain, rythmes lent, petites notes simples au synthé ultra cheap mais curieusement, ça ne dérange pas, bien au contraire, ce titre dégage vraiment quelque chose. Mon principal souci est que le reste se mesure forcément à l’aune de ce départ efficace. Si je me suis ouvert au genre via Bathory, Venom, Celtic Forst (qui m’évoquaient du punk ultra rapide), que j’aime l’aspect DIY loin des professionnels du metal, je dois avouer malgré tout que ce disque m’apparait surestimé. Ce perpétuel son de grille-toast qui se poursuit et couvre quasiment tout agace plus qu’il ne m’évoque un quelconque crépuscule sur les forêts norvégiennes. Autant le titre de la peinture de Kittelsen me parle (‘Op under Fjeldet toner en Lur/ Là-haut sur les collines retentit un lur’), autant ce grésillement qui emplit l’espace étouffe vite pour moi le sentiment de mélancolie et d’espace suggéré par les mots, sans compter que les morceaux sont plutôt longs et répétitifs. Bien sûr, la touche écorchée est plaintive est bien présente, les effets de la voix (bien qu’un poil trop métalliques à mon goût) y contribuent plutôt efficacement. Hypnotique ? Une bouillie dans laquelle une truie n’y retrouverait pas ses petits à mon sens; quand on a l’habitude du dark ambient, difficile de se laisser complètement capter par ce son ultra-saturé, je me lasse vite…Parfait, vieux goth rochon, voilà qu’après une suite de morceaux très similaires, Varg glisse sans crier gare sur un long instrumental calme et nocturne préfigurant davantage les deux albums de l’incarcération que ses travaux précédents. Synthé un brin cheap mais soyons beau joueur, oui, ce morceau dégage vraiment quelque chose d’une nuit au coeur d’une forêt lorsque le regard s’élève vers le firmament pour y contempler les étoiles à peine masquées par la cime des grand arbres…Pas mal, sauf que vingt-cinq minutes, c’est exagéré et un peu facile même si une certaine longueur est nécessaire pour s’immerger pleinement. Bien joué, Varg le Barde, évoquer autant avec quatre notes de clavier, c’est plutôt costaud mais en tant que fan des productions Cold Meat Industry, j’ai du mal à adhérer totalement (franchement, Aghast, c’est plus puissant). Crac, cette transe se trouve brisée d’un coup par le grésillement de la guitare qui revient tel le carcajou menaçant traquer l’impudent qui s’était abandonné trop facilement (la forêt, c’est pour les durs, pas pour les lavettes). Alors, audacieux, brouillon ? ‘Filosofem’ est-il le white album (sans allusion raciale) de Burzum ? Difficile de trancher. Il ne laisse pas indifférent et témoigne d’un esprit peu conventionnel au sein même de l’univers black metal mais malgré tout, en le replaçant également dans son époque, je ne puis m’empêcher de le trouver surestimé. Familier d’indus et d’ambient depuis la fin des 80’s, il m’est difficile d’y voir un chef-d’oeuvre novateur, y compris avec le recul que je suis maintenant capable d’avoir, même si lui dénier certaines qualités serait injuste également.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Le moment-clé de Filosofem pour ma part - et ça n'a rien d'étonnant venant d'un rejeton de John Carpenter et The Cure - c'est ce titre tant moqué, ce presque-final interminable dans la campagne infinie d'une tête malheureuse et pleine d'écho. Repos du guerrier ? Non, attente de la mort ou de la délivrance, album signé par un R. J. MacReady du genre musical-prison dans lequel on l'a enfermé, solitude glaçante, évocation sublime du monde intérieur de ce petit bambin des fjords au cœur rongé, qui trouvera un appendice dans les bruits de caveau encore moins amènes de "Decrepitude Part. II". L'introduction n'est d'ailleurs pas moins vétuste ou moins monochrome : la mélodie greffée sur le black-metal est aussi jouée à un doigt, non ? Et tout aussi pathétique il me semble. Mais elle fait presque tout en étant presque rien, pustule de cristal sur un derme rugueux et glauque, son "pur" sur le son "impur" (en l'occurence des monologues saturés de Jeanne Moreau mélangés à un génocide de biscottes à la ponceuse grain 80 - les métalleux sont bien des braves gars). Mais au final, pas besoin de guitares s'il y a l'ambiance. Une ambiance qui même par canicule vous fige à coup sûr sur pied et vous laisse prostré, hagard, livide. Un album entièrement de neige, une neige qui coupe et qui fait saigner. Oh oui, la neige... Sans nul doute LA influence de cet album. Avec la solitude et les sapins. Une Scandinavie toute en yaourt au cyanure. Encore moins chaude que dans cette pochette sans doute aussi populaire sur notre site que l'est la Laitière du grand peintre Yoplait dans les rayons des grandes surfaces. Fermez vos yeux. "Lecture". Vous visualisez ce petit chalet - le même que dans Les Bronzés font du ski, quand l'immonde Dusse s'étouffe avec de l'alcool de crapaud... Mh ? Tiens bah visualisez en un de crapaud, un tout petit, tout gris, bien laid et méchant. Appelons-le Varg. J'vois pas meilleur nom pour un batracien verruqueux. "Varg". Au début vous l'entendez le crapaud, il vous crache sa désolation intérieure depuis son bol de blanc qu'il prend pour univers... par en-dessous-dessus, ça croustille comme les céréales du Malin, sans lait chaud, mais avec violence et avec haine. La haine... Oh oui : la haine. Sans conteste un élément fondamental du black-metal. Ici plus lent, plus triste, plus flan, plus pouilleux que jamais. La vikingo-racaille Varg, en ces temps reculés pas encore corrézienne, ni assassine, pratiquait une forme toute personnelle et pour le moins fascinante de cold wave. Trouvant sa forme la plus pure sur ce final, prêt pour quiconque veut s'y lover et mourir un peu chaque fois (d'ennui ou de froid). Neige à perte de vue. Du blanc à l'infini. Michel Berger aurait sûrement adoré. Tout le reste avec les guitares est encore plus ennuyeux à chroniquer : c'est du black-metal lent et dépressif, le païen Vikernes pratiquant aussi une forme personnelle de blues. En précisant bien sûr que tout vestige d'élément afro-américain qui serait palpable dans cette musique inspirée par un environnement hostile et la solitude d'un être replié sur ses racines ne serait bien entendu que purement fortuit.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Styles
ambient
black metal
Styles personnels
cocon bruitiste

Je ne fais que passer ; ce n’est pas moi qui ajouterai mon grain de sel à cette entreprise hydresque mais ma moitié, qui apprécie ce disque à sa juste valeur. Elle écrit mieux que moi, d’ailleurs, mais plus Shakespearien que Moliéresque, par conséquent ce qui suit n’est qu’une transcription de son avis. Or donc ce disque aurait le mérite de parler au corps plus qu’à l’esprit, tel un bourdonnement physiologique constant, permettant d’effectuer ses tâches de travail avec le même succès qu’en écoutant Bergtatt de qui vous savez. Un disque incolore, mélodique dans le sens où il vous tient sur une sensation spécifique, une vibration dira-t-on, qui ne serait pas sans rappeler le ressenti du bébé dans le ventre de sa mère, toujours a l’écoute du bruit, du SON ; c’est un fait que les nourissons aiment à s’endormir sur du bruit blanc bien plus que dans le silence ou sous l’effet d’une boite à musique, nostalgie prénatale oblige. Bref, pour ceux d’entre vous qui attendent un enfant, vous savez ce qu’il vous reste a faire s’il rechigne à dormir. Reste à savoir dans quelle mesure la partie idéologique et meurtrière du gars imprègnent le son ? Réponse dans une vingtaine d’années.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Styles
ambient
dark ambient
metal
metal atmosphérique
Styles personnels
blacktripes

Burzum, ou plutôt Varg Vikernes, ça m’a toujours fait penser à Gerogerigegege, ou plutôt Juntaro Yamanouchi. Alors bien sûr, le Norvégien préfère souffler ses conneries dans un clairon en pleine forêt et le Japonais exposer ses parties génitales dans un contexte bien plus masturbatoire qu’incantatoire ; mais le côté atmosphérique, ambient brut et glacial, répétitif et bruitiste de leurs musiques, surtout quand on y ajoute leurs univers respectifs (jouant clairement la carte de la solitude et de l’aliénation) m’ont toujours paru très proches, un peu genre cousins dégénérés de seconde génération. Par ailleurs, l’onanisme n’a jamais été bien vu par les apostoliques : ah, que de beauté de part et d’autre de ce spectre du malsain ! En visuel, le noir est une couleur dominante chez l’un comme l’autre, avec du contraste bien tranchant, à en brûler les blancs (ou des églises dans le cas de Vikernes, voire à en poignarder des camarades peinturlurés) ; en sonore, la saturation noisy devient une nuance dont le curseur est poussé à fond, dans une esthétique générale cradasse, expérimentale. Bref, ces deux-là pourraient sans doute discuter longtemps de la délinquance de l’art... En 1996, Filosofem ambitionne de s’inscrire dans une "anti-tendance" black metal, mais sa plus grande réussite, à ce disque dit "culte" (pour des raisons pas toujours très claires), c’est d’avoir trouvé le ton juste dans la prod lo-fi, un son de gratte électrique fuzz qui fendille le placo comme dirait l’autre, et d’y ajouter ces petites touches de claviers-amphibies. Vingt ans plus tard, Juntaro et son Moenai Hai semblent tisser encore plus de liens avec la musique de Burzum, dans la forme, après une période d’absence d’une nature certainement moins glauque que celle du barbu bordelais aux principes bâtards. Il n’empêche – on aura beau dire, on aura beau faire – "Rundtgåing av den transcendentale egenhetens støtte" donne vraiment l’impression d’assister à la projection interminable d’un film SF lourdingue des années 80 en rase campagne. Le prétendu Comte Grishnackh devait sacrément aimer les motifs pour les répéter ad libitum. On peut parier qu’il en aura trouvé un très bon pour justifier sa liberté conditionnelle. Hah !

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

chronique

Ah les souvenirs… Burzum, en particulier ce Filosofem, on en a déjà tellement débattu que tout a certainement été dit et contredit sur le truc. Pour cette 20000eme, il sera, je n’en doute pas, encore une fois renié, idéalisé, défié, disséqué… moqué (ces fameuses "25 minutes ; 3 notes" ont encore égayé récemment nos échanges lors d’un concert de Scott Kelly, on ne s’en lasse pas) ... le disque fascine pourtant toujours, par-delà le bien, le mal et… les années, son aura demeure intacte. Malgré les albums "synthé 8-bit", malgré internet, et malgré les interminables pitreries de Kristian-Varg-Louis-aka-Count Grishnack, toujours hyperactif, et désormais bien occupé entre ses tutoriels de fabrication d’arbalète artisanale et l’activité de production de confiture familiale. Bref. Filosofem donc, techniquement la chro la plus populaire ici, héritage d’un temps que les moins de 20 ans… n’ont pas connu (que celui qui a trafiqué le compteur se manifeste, y’a prescription). Pendant longtemps, je l’ai détesté (cf quelques commentaires, loin ci-dessous, je crois que les plus difficiles à assumer ont disparu), pas assez de Satan, trop de répétitions, pas de solos. Et cette saturation permanente, rugueuse. Beaucoup pour le principe aussi, le norvégien ayant laissé dans la mouvance Black-Metal un héritage idéologique parfois difficile à assumer. Je découvrais un peu le truc à ce moment-là, et avec le temps, on en a vu passer d’autres, des abrutis (plus ou moins) géniaux, des racistes, des pilleurs de tombe, des brûleurs d’église… des assassins. Des méchants, on en a eu à la pelle mais avec le recul, combien auraient pu pondre la mélodie lancinante de "Dunkelheit", le riff dingue de "Jesus Tod", l’atmosphère viciée de "Erblicket die Töchter des Firmaments" … ou intégrer le minimalisme des 3 derniers morceaux ? Après 25 ans d’évolution du genre, on doit encore pouvoir les compter sur les doigts d’une main, ceux-là (chez Gorgoroth, parfois, les mélodies sur-saturées ? chez Urfaust, la mélancolie ? chez Paysage d’Hiver, le mur du son et les paysages gelés ?). Avec le temps donc, j’ai appris la distanciation de l’artiste et de son œuvre, et Filosofem s’est imposé pour moi, au fil des années et écoutes, non pas comme le disque de Black définitif, il est souvent loin du sujet et ils sont assez nombreux à pouvoir prétendre à ça, mais pour ce qu’il constitue avant tout : une œuvre misanthrope, bien plus "naïve" que les autres disques de Vikernes et surtout brute. Finalement tellement cohérente. Et primale. Parfaitement restituée aussi, on parle trop peu du travail hallucinant de Pytten, qui a mixé le disque suivant les instructions du Varg emprisonné, et qui a su rendre ce son tellement immersif. Ouais, je veux bien miser sur le fait qu’on en causera encore longtemps, de ce monstrueux pavé noir. D’Ombres et de Flammes.

note       Publiée le mercredi 21 février 2018

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space_ritual › vendredi 23 février 2018 - 22:56  message privé !

oh my god ces multi-chro. Je suis plus du tout dans le metal mais le morceau final de 25 min là, ça reste un des meilleur truc ambient que je connaisse.

yog sothoth › vendredi 23 février 2018 - 15:49  message privé !  yog sothoth est en ligne !
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Je viens de trouver un fait amusant ... "Recorded at Breidablik Studio in March 1993 (actually recorded by Pytten in Grieghallen, but this fact was not credited until the Byelobog Productions 2010 reissue)."

Qu'il est couillon ce Varg...

Note donnée au disque :       
inarkham › vendredi 23 février 2018 - 14:29  message privé !

Peut-être le disque "gutsien" ultime, je recommande le clip de Dunkelheit au passage.

Note donnée au disque :       
mangetout › jeudi 22 février 2018 - 14:41  message privé !

L'initiative est marrante, même si, comme moi, on s'en fout du disque et du groupe en question (mais de ça aussi on s'en fout). Je crois que l'on dit "Bon anniversaire" ?

No background › jeudi 22 février 2018 - 11:07  message privé !

Ce n'est pas du luxe finalement cette piqûre de rappel. Je partageais l'avis de certains "3 bons premiers morceaux et le reste moyen, voire mauvais", je n'avais pas compris l'engouement autour de ce disque, mais cette dernière réécoute aujourd'hui m'a fait sentir qu'il y a une réelle progression, une "histoire" à travers la succession des titres, et l'errance de 25 minutes n'est finalement pas fortuite. Il y a une certaine cohérence dans cette marche solitaire misanthrope.