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Gong › Gazeuse !

  • 1976 • Virgin V 2074 • 1 LP 33 tours
  • 1976 • Virgin PZ 34428 • 1 LP 33 tours
  • 1989 • Virgin CDV 2074/0777 7 87238 2 0 • 1 CD

lp/cd • 6 titres • 38:33 min

  • 1Expresso5:00
  • 2Night Illusion3:42
  • 3Percolations (parts 1 & 2)9:58
  • 4Shadows of7:48
  • 5Esnuria8:00
  • 6Mireille4:05

enregistrement

Enregistré et produit par Dennis Mackay.

line up

Mireille Bauer (vibraphone, marimba, glockenspiel, toms), Mino Cinelu (percussions), Allan Holdsworth (guitares électrique et acoustique, pedal steel, violon), Didier Malherbe (saxophone ténor, flûte), Benoît Moerlen (vibraphone), Pierre Moerlen (batterie, vibraphone, marimba, timbales, glockenspiel), Francis Moze (basse fretless, gong, pianos acoustique et électrique)

remarques

L'édition originale du disque destinée au marché américain (Virgin PZ 34428) est sortie sous le titre Expresso, et sous la deuxième pochette affichée ici.
Illustration de la version Gazeuse ! : Jacques Moiteret.
Illustration de la version Expresso : John Thompson.

chronique

Certes : Daevid Allen et Gilli Smyth partis, c’est devenu tout de suite une autre histoire. D’accord : sur Gazeuse !, Steve Hillage ayant à son tour pris la tangente, et Mike Howlett – qui sur Shamal, le précédent album, dispensait encore ça et là quelques parties de chant « simili-allen », encore vaguement « gnomiques » – le lien entre ce Gong-ci et celui de l’ère psyché, perchée, de la vie en communauté cosmique – celui de la trilogie fameuse (Flying Teapot/Angel’s Egg/You) – semble encore s’amenuiser. De fait il s’agit – de plus en plus littéralement – d’un AUTRE Gong, d’un autre groupe. Il serait faux, cependant, de décréter que de cet "avant" il ne resterait RIEN, stricto sensu. Oui : de l’humour absurde, de la liberté joueuse de cet âge supposé « d’or » – dans l’écriture, l’interprétation, l’espièglerie qui saute par-dessus toutes limites… – Allen et Smyth ont emporté avec eux l’énorme part… Ce qu’ils ont laissé, toutefois, en partage, l’expérience faite, c’est un principe de propulsion – un sens des idées qui s’énoncent en cellules nettes puis s’articulent, dérivent en grandissant plutôt qu’en s’égarant, se développent selon leur dynamique propre, les entrelacent – un usage de la virtuosité (Allen, pour sa part, n'en disposait guère, ou bien moins que la plupart de ses comparses) qui ne cherche pas seulement à démontrer, à impressionner. Une musicalité toujours conservée – dans les passes acrobates comme dans les thèmes, la mélodie, l’harmonie, dans les moments où le groupe les énonce simplement. Un sens assez prodigieux du rythme…

Nommément, de « l’autre Gong », il reste, là : Pierre Moerlen, sa batterie fantastique – motrice, moteur polytimbrée, polyrythmique, son goût pour les orchestrations de percussions mélodiques, métalliques (marimbas, vibraphone, glockenspiel…) ; Didier Malherbe et son souffle gracieux, son saxophone, sa flûte, qui parfois s’harmonisent ; Mireille Bauer, aussi – autrefois discrète, ici bien audible ; ses parties de métallophones à même hauteur, à même puissance (et tout aussi nuancées) que celle de Moerlen, dans la dynamique de l’ensemble. Ceux-là, à vrai dire, avaient sans doute apporté au Gong d’antan, à la vision d’Allen, Smyth & Co., une discipline de jeu, une exactitude qui la « complétaient » – qui l’étendaient, en tout cas, lui donnaient de nouveaux moyens, permettaient qu’elle s’engage dans d’autres chemins, plus complexes, lui apportaient une dimension… Jazz. Bien sûr. Et bien sûr : c’est de ça qu’il s’agit, aussi, sur ce Gazeuse !, encore plus que sur Shamal. « Oui mais du jazz ‘fusion’, c’est pas pareil ». Ah ? Sauf que là – comme chaque fois que les musiciens à qui on colle l’étiquette ne se contentent pas d’en faire un trophée ou une raison sociale, à vrai dire – ça n’est pas un gros mot. Ça pose une esthétique, si on veut, à la rigueur. Et en effet : le son, ici, sera plus sobre, moins débordant. Le jeu sera « propre ». Le « niveau technique » s’entendra… Mais encore une fois : ne noiera rien, ne corsettera pas l’impulsion. Oui : le jeu de guitare d’Allan Holdsworth fait contraste avec celui du désormais absent Hillage – tout aussi véloce mais nettement moins hendrixien, moins « cosmique », peut-être davantage « discursif ». Mais quelle justesse – rare dans le contexte, je trouve aussi – dans cette prolixité. Une expressivité tout autre, je ne dis pas… Mais rien de « froid », à mon sens (au sens d’un froid qui serait la désertion de toute intention – autre que d’une « compétence » crânement affichée, tartinée… Vraiment pas de ça dans ce que j’entends ici). Oui : la base fretless de Francis Moze marque bien l’époque, l’esthétique d’un genre, encore une fois… Mais idem : rien là-dedans, pourtant, qui entendu d’ici ne sonnerait plus que comme simple tic. Elle PARLE, cette basse, et tient AVEC le reste du groupe un propos fluide – sans péroraison, sans galimatias pour la frime… Sans que tout ça pour autant ne verse encore dans la tiédeur. Cette version Moerlen de Gong – qui prendra bientôt exactement ce nom-ci : Pierre Moerlen’s Gong – ne se défie pas pour l’instant du « chant », n’a pas enfoui à ce stade toute trace de fantaisie au profit d’un « grand sérieux musicien » trop ostensiblement affiché. La dimension « atmosphérique », voyageuse, « d’inventions exotiques » qui s’était dessinée sur Shamal est encore de mise – différemment, moins « impressionniste » (la netteté du trait, de l’écriture, encore une fois, s’étant encore précisée, affirmée, de l’un à l’autre disque). Cette musique respire, encore – un souffle la parcoure, l’infuse. Un… Autre, encore une fois. Mais tout aussi sensible. C’est une musique, voilà, c’est ça : encore sensible, sous son apparence plus contenue, dans son déploiement, son cheminement moins « délirant ». Il a fallu que je « m’y fasse » et oui, ça « peut faire ça », quand on s’est longtemps baigné, délecté, ébahi au grand-courant du Gong version Allen. Pour ma part je m’y plais, désormais, dans cette musique, cette facette-là – sans me faire croire que ce serait la même chose parce que le nom, sur les pochettes, est le même. Je me sens bien dans son architecture, j’aime me laisser flotter et dévaler sur ses constructions, ses scintillements me font du bien, m’apaisent et me font sourire, leur halo m’attrape l’œil et le tient éveillé. J’aime cette impression qu’un gamelan rêvé – précis, léger, brumisé ; reichien (de Steve), un peu ; un peu Terry Riley – va s’élever autour, quand entrerons les instruments d’orchestre joués comme des steel-drums… Bien-sûr : je retournerai plus tard à You, à la Théière ou aux Œufs d’Anges, à leur intensité, leur dinguerie formidable. Mais… Ça n’empêche rien – l’ici-maintenant du ci-présent aura, d’autres fois, encore son heure.

Ah… Et Allen et Smyth, alors ? On en dit quoi, dans tout ça. Eh bien… Eux aussi, étaient déjà tout passés, tout de suite, ailleurs. Et j’y retourne aussi. Et on en cause autre part.

note       Publiée le dimanche 3 janvier 2021

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Dioneo › mercredi 6 janvier 2021 - 20:19  message privé !
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Blake, les deux premiers - Crystal Machine et Blake's New Jerusalem - sont vraiment bien cool, je trouve qu'ils ont mieux vieilli que plein d'autres trucs issus du même "terreau", sans doute en grande partie parce que ça se détache plus franchement du côté rok du space-rock pour oser franchement le tout-synthés/machines, ou en tout cas en faire l'élément central. C'est à peu près l'époque où il était aussi dans Hawkwind et y'a des trucs qui se retrouvent de ses trucs solo à son travail dans le groupe (Hawkwind jouaient même son Lighthouse en concert, qui est sur New Jerusalem en version studio)... Y'a des moments où ça sonne carrément proto-Legendary Pink Dots, je trouve, chez lui ! Bon, ensuite je trouve que ça se gâte pour tirer parfois du côté pouet de la mé (mais comme plein de groupes qui étaient précurseurs de ça hein, Tangerine Dream et compagnie, dont on a l'impression que du jour au lendemain ils ont perdu l'oreille et choisissent leurs sons de synthés au hasard, les plus moches possibles du moment que ça avait l'air "nouveau"... Enfin, je schématise).

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Coltranophile › mercredi 6 janvier 2021 - 19:24  message privé !

Tiens, les Tim Blake solo, un manque dans ma discothèque. Je vais aller y faire un tour. D’accord pour les Hillage, je ne connais « bien » (et encore!) que les deux premiers (le poisson et L, de mémoire). Jamais poussé beaucoup plus loin sur les suivants mais j’ai souvenir de quelques trucs en forme d’odes aux libellules et aux fleurs de Lotus qui me parlaient de très loin.

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Dioneo › mercredi 6 janvier 2021 - 16:02  message privé !
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Eh eh, oui, il m'avait semblé - je me rappelle un peu vos échanges de com avec Doc Justice sur Return to Forever... Pour ma part, pas du tout mordu du style en général, au départ, mais m'étant décrispé là-dessus depuis quelques années, ça m'arrive maintenant de tomber sur des trucs que trouve vraiment cool. (Idem pour "le prog" d'ailleurs - comme de par hasard).

Quant à Hillage, c'est sûr que c'est pas le même jeu ! J'aime bien quand il se lâche dans Gong - et sur You spécialement, oui - et j'aime bien certains autres trucs de lui après, genre ses trois premiers solo mais pour le coup je trouve qu'il lui arrive aussi de donner carrément dans un certain kitsch newage qui a l'air parfois à peu près sans recul, et qui fait que certains trucs accusent (et pas toujours bien) leur âge ! (Alors que par exemple les deux premiers Tim Blake solo font beaucoup moins ça, à mon oreille, que je n'ai pas eu d'abord à m'habituer à une esthétique/une prod/un son un peu vieillots, délavés, à mon goût, par les années passées entre).

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Coltranophile › mercredi 6 janvier 2021 - 15:28  message privé !

@Dioneo D'une oreille l'Autre. Il n'est, en effet, pas virtuose-friendly pour pondre un néologisme pourri (dailleurs Gong pouvait l'être d'une certain façon- sur "You", Hillage est en roue libre à certains moments et j'avoue ne pas m'en plaindre). "Mireille" me plait bien, comme je le disais pour la deuxième partie de l'album dans son ensemble. Mais j'ai du mal à trouver une réelle articulation dans tout ça. Après, quand on parle de jazz-fusion, je suis une des dernières personnes à consulter, clairement.

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Rastignac › mercredi 6 janvier 2021 - 12:10  message privé !
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Oui, faut aimer les percussions sur celui-ci. Je l'ai délaissé petit à petit cet album...