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GONG + JACK DUPON aux Abattoirs, Bourgoin-Jailleu, le 27 Octobre 2012

par Dariev Stands › lundi 29 octobre 2012


Style(s) : ovni inclassable / progressif / rock / canterbury / psychédélique

C’est en ce samedi soir de blizzard furieux soufflant sur notre engin motorisé à couleur Pot-Head Pixie que nous avons bravé la déferlante (digne d’un album de Bathory, ce vent, sans rire), pour atteindre la salle de concert, bucoliquement nommée les Abattoirs, où Gong se produisait ce soir-là. Groupe issu d’un accident (Daevid Allen, australien expatrié à Londres, reste coincé au Havre faute de papiers en règle, au retour d’une descente sur la riviera avec son groupe Soft Machine), Gong aura par la force des choses développé des connexions privilégiées avec notre riant pays, intégrant même une majorité de musiciens français dans ses rangs à ses débuts. On les a longtemps associé (à tort), à Magma, et aujourd’hui encore, la pauvreté accablante des lieux de concerts en France les force à utiliser les mêmes réseaux pour se produire (dans les 70’s, c’était le fameux réseau des MJC, tissé entre autres par la tête chercheuse Giorgio Gomeslky). Du coup, c’est sans surprise que Gong, ne pouvant pas se produire à Lyon, passe dans la même salle que Magma quelques mois plus tôt, qui a d’ailleurs déjà accueilli quelques grands noms du Canterbury par le passé…

Une salle ma foi au top niveau, entre accueil aimable (rarissime pour une salle de cette taille), son plus qu’impeccable, estrade et gradins bien pratiques pour permettre à tous de voir la scène et d’en profiter à sa guise (dans la fosse des agités, assis sur les gradins, ou entre deux, près de la sortie au cas où…). Et en plus, quitter la ville pour aller vers la campagne, c’est un peu refaire le pèlerinage de tous les groupes prog de l’époque, Gong en tête, puisqu’ils ont quasiment toujours vécu en autarcie dans des fermes, loin de Paris… L’énorme mandala coloré au-dessus de la scène (le même que celui ornant la pochette de You) ne laisse aucun doute : Gong est de retour, pour la Xième fois. Pas de nouvel album, juste une nouvelle tournée, avec quelques dates en France comme il se doit vu le public fidèle depuis cette fatidique année 67. Et c’est d’ailleurs un groupe de Clermont (encore un coin reculé) qui tient la première partie, les ingénieusement nommés Jack Dupon, qui comme son nom l’indique est en fait un groupe de 4 personnes… Première date dans le secteur pour eux, dommage qu’il ait fallu attendre la venue d’un groupe désormais intégralement briton pour les découvrir. Ils ont déjà deux albums, un dvd de clips (!) et un double live (!?!) derrière eux, et vu leur prestation, vous risquez bien d’en entendre parler dans ces pages. Jack Dupon envoie avec une énergie drolatique un progressif totalement barré et salement groovy, aussi infesté de ruptures rythmiques et de glissades contrôlées que la chevelure du bassiste est prolixe, et elle était extrêmement prolixe, cette chevelure. Plutôt instrumental, les 4 ne dédaignent pourtant pas les chœurs et les interventions à la Albert Marcoeur du batteur, tandis que les deux guitaristes se complémentent en alternant riffs distordus denses et assez bruyants et jongleries wah-wah d’un psychédélisme bien azimuté. Faire tout un concert avec une telle batterie d’effets cartoonesques sur la gratte, il fallait oser, mais ça rend tout simplement merveilleusement bien, et le guitariste à la wah-wah (à vue de nez pas plus de 15 ans plus jeune que Daevid Allen) maîtrise son jeu avec insolence… Bien que mélangeant des influences nettement plus anciennes, un peu R.I.O. par ci, un peu de Gong par-là ; Jack Dupon, par son exubérance permanente (costumes, regards de déments, parlotte avec le public aussi confuse que chez les Mothers), m’a fait penser à Vladimir Bozar’n’Ze Sheraf Orkestar, autre groupe basé autour d’un individu fictif et qui prend toute sa dimension sur scène, si possible sans savoir à l’avance de quoi il s’agit. Ce qui ne les a pas empêchés de sortir un sacré bon album, et il en va probablement de même pour Jack Dupon… Pour ma part, je vais âprement me jeter sur le prochain, qui devrait contenir les 2 premiers titres joués ce soir-là, absolument renversants. De deux choses l’une, soit ma culture prog contemporaine laisse encore un peu à désirer – ce qui est bien possible – soit c’est bien la première fois depuis trop longtemps qu’un groupe joue vraiment quelque chose de NEUF dans ce domaine. Et prog, ils sont, indéniablement.

Presque plus que Gong, groupe à l’origine proche du Canterbury, donc jazzy, puis tirant tour à tour vers le space rock et le jazz fusion, avant de se séparer en différentes branches… La formation de ce soir, bien plus resserrée, se veut un genre de « best of » des approches du groupe, minus la période Pierre Moerlen, relativement moins appréciée des Gongistes. Après une intro new age qui fait craindre le pire, la salle est secouée par l’enchaînement béni de Radio Gnome et Pot-Head Pixies, tous deux tirés du encore très canterburien Flying Teapot, les deux « tubes » de Gong, en tout cas les seuls proches d’un format « radio ». Les musiciens, considérablement plus jeunes que Daevid Allen (il y a même son fistounet à la batterie, qui assure telle une bête), sont parfaits, il y a un certain Fabio aux glissandi de guitare, qui reprend les parties de Daevid Allen de l’époque, et un saxophoniste/flûtiste également impressionnant. Daevid Allen parle toujours le même français approximatif et chargé d’un accent délicieusement british que depuis qu’il a chanté « Tone Poem » en 70, premier morceau punk de l’histoire – je n’invente rien, et encore je ne parle pas de son album techno en 80... La setlist alterne donc long titres évolutifs et interventions toujours drôles du maître de cérémonie, encore foutrement en forme et en voix pour son age. Il m’a fait penser à Higelin, autre grand escogriffe encore vert, certes un peu plus survolté (en même temps, Allen a toujours eu 2 de tension). Pour ceux qui craignent ne serait-ce qu’une seconde d’aller voir Gong pour cette raison : oubliez, ça n’a rien d’une cérémonie pour babas repentis, le groupe joue longtemps, fort, et le public zouke ardument au son des rythmiques pour le moins musclées de Allen junior. On aura même droit à plusieurs extraits de You, qui en mettent en transe certains (les mêmes qui zoukaient) et ça, ça n’a pas de prix. Mention spéciale au solo Hermeto Pascoal-ien (c'est-à-dire d’un autre monde) du flûtiste sur Tropical Fish, ce qui me permet de finir mon namedropping excessif sur ce musicien brésilien à checker d’urgence pour les amateurs de la facette plus jazz de Gong. Daevid Allen, toujours bon enfant et à jamais plein d’amour pour le genre humain, viendra même taper la causette avec les fans après le concert… Rendez-vous dans 10 ans pour la 74ème mouture de Gong avec le petit-fils de Daevid Allen au kazoo ?

Setlist :

  1. One By One
  2. 757
  3. Radio Gnome
  4. Pussy
  5. Pot-Head Pixies
  6. Tropical Fish
  7. Selene
  8. Zero
  9. Never Blow Your Trip
  10. You And I
  11. Oily Way
  12. Outer / Inner
  13. Goddess
  14. Om Riff
  15. Zeroid
  16. Opium
  17. Dynamite
  18. Can’t Kill Me

Mots clés : gong jack dupon prog progressif r.i.o. rio rock in opposition space rock psyché psychédélique psychédélisme blizzard froid canard sa mère

Dernière mise à jour du document : lundi 29 octobre 2012

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