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Todd Rundgren › Runt

  • 1970 • Bearsville RNCD 70862 • 1 LP 33 tours

lp vinyle • 10 titres • 40:36 min

  • 1Broke Down And Busted 4:33
  • 2Believe In Me 2:02
  • 3We Gotta Get You A Woman 3:06
  • 4Who's That Man? 3:01
  • 5Once Burned 2:07
  • 6Devil's Bite 3:56
  • 7I'm In The Clique 4:57
  • 8There Are No Words 2:11
  • 9Baby Let's Swing/The Last Thing You Said/Don't Tie My Hands 5:26
  • 10Birthday Carol 9:16

enregistrement

Record Plant, 1970

line up

Todd Rundgren, Hunt Sales, Tony Sales, Rick Danko, Levon Helm, Bobby Moses, John Miller, Mark Klingman, Don Ferris, Mickey Brook, Don Lee Van Winkle

remarques

chronique

Styles
pop
rock
soul
Styles personnels
glam / pop orchestrale / philly soul

Coïncidence marrante, alors que je m'attelle à ma première (sans doute d'une longue série) chronique de Todd Rundgren aujourd'hui, je me rend compte que c'est le jour de ses 60 ans ! Bon anniversaire alors, Todd. Puisse-tu être reconnu à ta juste valeur avant tes 120 ans, et considéré comme autre chose qu'un doux dingue au cerveau bigarré mais un peu casse-burnes, un héron aux plumes vertes et roses au talent de composition imparable mais qui a toujours tendance à tout gâcher avec sa mégalomanie. Mégalo, Rundgren l'était surement déjà en 70, empoignant harpe et hautbois dès la très solennelle deuxième piste... A 22 ans, là où certains en sont encore à se demander sous quelle étoile ils sont nés, Todd a déjà connu les hauts et les bas des swingin' sixties. Son groupe garage, les Nazz, se termine en queue de poisson sans avoir connu la gloire, et Todd doit en prime renoncer à tous ses droits d'auteur. Le voilà désormais ingé-son aux studios Bearsville, sauvé par sa nerditude, car ce poste lui permettra d'avoir un temps de studio illimité au Record Plant, rien de moins ! Comme les Beatles, ses idoles, qui se séparent cette année-là. Pourtant, c'est plutôt Bowie qu'il rappelle sur ce "Runt"... Un Bowie américain qui s'essaierait à la soul avant de tomber dans le glam, et qui n'aurai pas attendu si longtemps pour dégoter les frère Sales en section rythmique (sur toute la face A). "Runt", titre suicidaire pour un premier disque s'il en est ! "Avorton" ! C'est ainsi que l'appelait tendrement Patti Smith, encore une rock critic à l'époque, gravitant autour du Blue Öyster Cult, seule femme dans un univers de mecs. Todd, lui, ne semble être entouré que de femmes. C'est à Laura Nyro qu'il dédie le medley "Baby let's swing...", comme pour ne pas lui laisser le temps de parler. Le traumatisme de la face B d'Abbey Road est évident. Ailleurs, Todd se moque de son manager Paul Fishkin, qui lui parlait à priori sur le ton blasé du vieux tombeur... Ca s'appelle We gotta get you a woman (il faut qu'on te trouve une meuf, qui n'a pas entendu ça une fois dans sa vie ?), les paroles sont impayables et drôles, et ce fut un tube à l'époque, assez logiquement. Facile de deviner que Todd campe un personnage sur ce morceau soul et chaleureux en diable, la dernière phrase rendant le tout soudainement bien sarcastique. Faut-il croire qu'il se cherchait, ou bien qu'il expérimentait déjà sur sa voix, ce qu'il fera sans cesse par la suite ? Les deux hypothèses sont permises au vu de Once Burned, ballade à la Joe Cocker sur laquelle Todd tente de prendre un timbre de black assez rigolo, aboutissant plutôt sur un genre de Morissey. Et puis il y a There Are No Words, seulement tissée d'harmoniques vocales célestes, telle une lucarne ouverte sur le monde intérieur de l'artiste, dans lequel il allait bientôt nous faire plonger. Pour l'instant, Rundgren se contente d'une collection de chansons sans autre rapport que des paroles sincères et un feeling soul omniprésent, campant ici le copain jaloux (Who's that man), là le new yorkais arrogant (I'm in the clique), où encore un personnage qui lui va comme un gant : le looser en amour (Broke down and busted). Mais toujours avec une production énorme, des mélodies inoubliables, et cette étincelle pop après laquelle tant de monde court... Aussi, le 4/6 est surtout là pour marquer la différence avec ses travaux suivants, mais soyons clairs : des sorciers de cette trempe-là, et aussi accessibles, ça ne court pas les rues. Pourquoi Todd Rundgren est-il resté inconnu après toutes ces années ? La question reste posée. Birthday Carol est le premier d'une longue série de morceaux finaux qui balancent du gros, 9 minutes au compteur (en 70, sans faire du prog), et plusieurs sautes d'humeur totalement imprévisibles qui annoncent Queen avec quelques années d'avance. Le morceau tient debout tout seul, sans l'aide de l'album, c'est une histoire d'enfance, d'eden perdu, le même que Todd cherche à recréer dans son studio en échafaudant ces incroyables orchestrations. C'est sa façon à lui de cracher ses tripes, et il va en user et abuser tout au long de sa looonngue carrière... Nerd et geek avant que la terminologie existe, le Rundgren est un bestiau solitaire et au cerveau bouillonnant, mieux représenté par le personnage de cartoon limite flippant du verso de la pochette, jetant des éclairs dans un chaudron ; que par son homologue de chair et de sang au visage lunaire du recto. Pourtant, c'est bien lui que l'on entr’aperçoit au détour de ce Birthday Carol ou du bonus cd Say No More, nous jetant ce regard embué de nostalgie, la même nostalgie qui perle tout au long de Birthday Carol, entre deux complaintes orchestrales et deux passages en big band qui essaient de faire de la concurrence à Zappa. Difficile de savoir s'ils se sont vraiment influencés, tout comme de savoir si cet album, bien qu'un peu trop touche-à-tout et immature, a vraiment joué un rôle dans ces 70's qui sont incroyablement préfigurées ici, surtout en ce qui concerne le son FM. Elton John raflera la mise avec un style similaire. Todd savait-il, en enregistrant ce premier album solo, qu'une carrière aussi longue, riche, et semée de doutes l'attendait ? Probablement pas, à en juger par les candides, mais ô combien profondes paroles qui concluent le disque :

"I am not very old, and I won't live long / I was born this very morning, singing this here song."

note       Publiée le lundi 23 juin 2008

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dariev stands › jeudi 4 juin 2020 - 22:14 Envoyez un message privé àdariev stands
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Humm, sans doute pas pour Rundgren, vu qu'il a essayé de faire du Beatles, du Badfinger ou du Nilsson appliqué pendant à peu près toute sa carrière. Mais disons que quand on gagne bien sa vie comme producteur dès avant le 1er album, ça aide à pas trop se faire de mouron pour la course au N°1. J'ai une assez cocasse coupure de presse, publiée en mode très sérieux par Rolling Stone, où il donne des leçons en mode "bons petits, apprenez du Wizard" à Queen, juste après que ceux ci aient sorti "A Day At The Races". Y compris niveau scène, ce qui est un petit peu abusé quand même. Bon, à mon sens, il était déjà moins "gros" et moins inspiré qu'eux en 76, mais ça donne une idée de son aura en Amérique du nord. Il faut préciser que là bas, "I Saw The Light" et le sublime "Hello It's Me" (à la base signé The Nazz) sont quand même de très très gros tubes il me semble, certes pas de la trempe de Walk On The Wild Side j'imagine. Mais Rundgren a la réputation d'être plus constant en qualité que à peu près tout le monde.

GrahamBondSwing › jeudi 4 juin 2020 - 21:17 Envoyez un message privé àGrahamBondSwing

Ce jour-là il n'y avait pas "A wizard..." dans les bacs, je me suis replié sur "Runt" et je fus surpris par la musique : c'est très sage en fin de compte (alors que le mec a vraiment une dégaine pas possible, j'veux dire). De la pop-rock appliquée, bien écrite, bien jouée, qui s'apprécie tranquillement au fil des écoutes. Mais je me pose toujours la même question à propos de ces grands artistes, très respectés, avec une longue carrière dont quelques chef-d'oeuvre certifiés dans le lot, mais qui n'ont jamais réussi à sortir un tube de la trempe d'un "Walk on the wild side" : ils l'ont fait exprès ou pas ?

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Aladdin_Sane › mercredi 20 février 2019 - 16:09 Envoyez un message privé àAladdin_Sane

Je viens de tomber sur un morceau du début de carrière de TR sur l'album suivant "Runt : The ballad of Todd Rundgren". Ça s'appelle "Chain Letter", on n'en fait plus beaucoup des morceaux de cette trempe : https://www.youtube.com/watch?v=QLsKLJsMFvc

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Aladdin_Sane › jeudi 20 juin 2013 - 11:55 Envoyez un message privé àAladdin_Sane

Je m'aperçois que j'avais négligé le début de carrière de TR. Erreur ! Ce premier album pose déjà les bases de ce que va être Something/Anything et puis il y a Birthday Carol qui clôt magnifiquement cette petite dizaine de perles délicates... Bon, maintenant, il faut que j'écoute également le suivant (The ballad...)

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dariev stands › vendredi 25 juillet 2008 - 06:52 Envoyez un message privé àdariev stands
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Si si, d'ailleurs je crois que même "hot rats" n'est sorti qu'après Runt, mais c'est simplement que Rundgren et Zappa flairaient la même piste... deux virtuoses, deux compositeurs prolifiques, deux control freaks... et puis il suffit d'écouter les passages jazz fusion de "Birthday Carol" ou "I'm in the clique" pour sentir la fibre big band/grand wazoo vibrer. en tout cas Rundgren admirait à la fois Lennon et Zappa, et il s'est pas mal inspiré de leurs démarches par la suite...