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Gil Scott-Heron › Pieces of a man

  • 1971 • Philips 6369 415 • 1 LP 33 tours

cd • 11 titres • 48:00 min

  • 1Lady Day And John Coltrane3:10
  • 2When You Are Who You Are3:01
  • 3I Think I'll Call It Morning3:45
  • 4Home Is Where The Hatred Is3:15
  • 5Save The Children4:55
  • 6The Revolution Will Not Be Televised2:59
  • 7Pieces Of A Man4:22
  • 8A Sign Of The Ages4:05
  • 9Or Down You Fall3:08
  • 10The Needle's Eye4:01
  • 11The Prisoner8:39

enregistrement

Enregistré les 19 & 20 avril 1971 - Produit par Bob Thiele

line up

Ron Carter (contrebasse, basse électrique), Hubert Laws (flûte, saxophone), Johnny Pate (chef d'orchestre), Bernard Purdie ((Bernard "Pretty" Purdie) batterie), Gil Scott-Heron (chant, textes), Burt Jones (guitare électrique), Brian Jackson (piano, piano électrique)

remarques

"Performed by Gil Scott-Heron with Pretty Purdie and The Playboys"

chronique

Styles
black music
soul
hip-hop
jazz
Styles personnels
soul

S'il fallait résumer ce qu'est la Soul en un seul disque, j'élirai probablement celui-là. Plus encore que "What's goin' On" et que Funkadelic dont j'ai récemment chanté les louanges, Pieces of a Man allie sensualité et sagesse, virtuosité et dépouillement, plaisir d'écoute immédiat et message qui fait réfléchir... Tous les paradoxes propres au genre. Ce deuxième album de Gil Scott-Heron, après un premier en forme de recueil de spoken-words un brin austère - d'où The Revolution est tirée, réactualisée ici en premier morceau de rap de l'histoire après les Last Poets - voit son auteur exploser littéralement au panthéon des grands songwriters blacks. Pieces of a Man, c'est comme prendre le bus un beau matin, la blasitude fermement encastrée dans la boîte crânienne, et se voir redonner l'espoir par un clodo gisant sur le bas-côté. Les "Plastic People" tant moqués par Zappa passent à toute vitesse sans même le remarquer, mais il suffit qu'un seul daigne se pencher pour que le clochard lui susurre à l'oreille : "Eh, petit, tu as déjà eu l'impression d'avoir perdu ton chemin ? Ne t'inquiète pas, suffit d'appeler Lady Day et John Coltrane à la rescousse, et tous tes soucis disparaîtront". S'ensuit la vision divine d'un John Coltrane transformé en super-héros funky, surfant dans le ciel sur son saxophone... L'image est cocasse, mais c'est bien à cela que fait penser cet album : la vérité nue, la clé des champs, rien de moins, murmurée par un black à la tronche un peu tordue qui - tout comme nous - se demande ce qu'il fout là parmi le tumulte et l'indifférence. A l'instar du Synthol, Gil Scott-Heron, ça fait du bien là ou ça fait mal. Et ne commencez pas à vous imaginer un numéro de lover mielleux à la Barry White où même Marvin Gaye... Non, Gil Scott-Heron, c'est plutôt un genre de Bob Marley, celui qui te parle en ami, et qui te redonne ta fierté, sans vraiment que tu puisses te rappeler de la dernière fois où tu l'as eue dans les mains. Gil Scott-Heron, pour finir, devrait être remboursé par la sécu, ou envoyé dans toutes les chaînes d'e-mails à la place des banalités habituelles dont tout le monde se tamponne, histoire de rendre le monde meilleur. Vous n'imaginez pas mon soulagement le jour ou j'ai réalisé que quelqu'un avait eu l'idée de chanter une phrase comme : "People wake up every morning / And simply push their lives aside / They seem to carry all their feelings / Crushed and crumbled up inside". Vous l'aurez compris, si pour beaucoup de gens, Dylan est un prophète, et Cohen un poète majeur, pour votre serviteur, la place est déjà prise par un seul homme. Ce qu'il propose ici, musicalement, n'est rien d'autre qu'une série de chansons accompagnées par un piano jazzy et une contrebasse délicieuse, bien que la face A comporte plus de morceaux uptempos sérieusement funky, ce qui la rend indispensable. Mais il suffit de tendre l'oreille, encore une fois, et de faire l'effort (si petit) d'écouter les paroles prononcées par cette voix claire et incroyablement sûre d'elle pour comprendre ou se situe l'intérêt. Lady Day & John Coltrane est à ce titre bel et bien le meilleur morceau du skeud, véritable élégie qu'aurait presque pu imaginer Christian Vander (en bon fan hardcore du Trane), le tout sur une ligne de basse simplement irrésistible. C'est aussi le cas de celle de "The Revolution..." seul morceau connu du gars, qui ne doit SURTOUT pas éclipser la suite. D'ailleurs je n'en parlerai pas ici, tout le monde le connaît déjà. Je préfère vous parler de l'impitoyable Home is where the hatred is, meilleure chanson sur la drogue à ma connaissance (ce deuxième couplet rempli d'écho, il en révèle, des choses...), digne d'un Morissey qui aurait troqué son spleen pour de la colère. Mais le tabou le plus important attaqué sur cet album, c'est sans conteste l'hypocrisie et le manque de sincérité. En ce sens, tout l'album peut-être vu comme le parcours initiatique d'un homme qui se met progressivement au ban de la société, d'abord quittant la fatalisme entourant son père (le brutal Pieces of a man, chronique des conséquences d'un licenciement), puis refusant de jouer le jeu des apparences et de l'annihilation des esprits collective (The Needle's Eye), trouvant finalement son compte dans son nouveau statut de paria, libéré de l'emprise assommante de la plus grande arme de contrôle de la société occidentale : la culpabilité (I think I'll call it morning). Le message, en somme, est le même que celui de King Crimson sur In The Court..., une sorte de version adulte de la quête de soi du summer of love, qui ne pouvait de toute façon pas marcher collectivement. Difficile de ne pas faire l'analogie entre 21st century schizoid man et la terrible complainte finale de ce disque, The Prisoner. La différence de taille, c'est qu'à la place des errances mystiques du roi cramoisi au pays des songes, on a ici doit à une surdose de réalité, à travers les yeux grand ouverts du conteur/MC. Il y a par exemple ce détour qu'est When you are who you are, lettre ouverte à une femme l'invitant à se déshabiller de tous ses artifices, seul titre vaguement "lover" de tout l'album, accompagné par un saxo qui remplace la flûte, présente sur beaucoup d'autres morceaux (encore une fois, rien d'anodin). C'est chaud, ça groove, et le solo de guitare est une merveille de concision sucrée. Si misère au soleil n'est pas plus facile à supporter, la misère mentale, elle, s'enrichit si facilement de quelques rayons... "So you cry like a baby / Or you go out and get high / But there ain't no peace on Earth, man / Maybe peace when you die".

note       Publiée le lundi 23 juin 2008

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(N°6) Envoyez un message privé à(N°6)
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Ré-écouté dans la chaleur de l'été dernier (en revenant de la plage, oui j'ai une vie très originale dans le fond), même ressenti sur "Save the Children", qui m'horripile avec son préchi-précha assez niais. Pour le reste, j'avais déjà dis l'essentiel pour ma pomme y a des années (cf mon vieux com).

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Tiens, j'avais jamais remarqué depuis le temps que cette (excellente) chro est là, mais les tracklistings de ma version et de celle chroniquée sont pas du tout dans le même ordre... La mienne commence par The Revolution, suivi de Save the Children (la seule en passant que je trouve un peu con-con sur le disque), puis Lady Day & John Coltrane (que je trouve toujours aussi fantastique les années passant, en revanche), Home Is Where (idem, dans un registre quasi opposé)... Bon, sur la face B on retombe sur le même ordre... Je me demande si ces variations de séquençage changeraient vraiment mon écoute, habituée que je suis à celle de mon édition (qui semble-t-il est celui du LP d'origine, si j'en crois discogs), et la trouvant à peu près parfaite, sachant aussi que la version chroniquée conserve quand-même cet espèce de partage Face A électrique et soul-funk-jazz/Face B jazz plus acoustique, avec piano et contrebasse. (Et tiens, quoi qu'il en soit je lui rajoute sa sixième boule de compagnon de partout où je bourlingue et me pose, à ce disque, allez, en passant).

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(N°6) Envoyez un message privé à(N°6)
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"Lady Day And John Coltrane", le morceau ultime pour te redonner un coup de fouet.

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Jean Pierre Moko Envoyez un message privé àJean Pierre Moko

le pur swagg de A a Z, à l'aise

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Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

wow, ce jazz sur the Prisoner. juste ultime

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