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Hangman's Chair › Banlieue Triste

cd • 10 titres • 67:18 min

  • 1Banlieue Triste
  • 2Naïve
  • 3Sleep Juice
  • 4Touch The Razor
  • 5Tara
  • 604/09/16
  • 7Tired Eyes
  • 8Negative Male Child
  • 9Sidi Bel Abbes
  • 10Full Ashtray

line up

Cédric Toufouti (chant), Julien Rour Chanut (guitare), Clément Hanvic (basse), Mehdi Birouk Thépegnier (batterie)

Musiciens additionnels : Perturbator (synthétiseurs sur "Tired Eyes"), Mongolito (guitare sur "Sidi Bel Abbes")

remarques

"Sidi Bel Abbes" est à la mémoire de Sid-Ahmed Azzouni, ancien guitariste du groupe.

chronique

Styles
doom metal
grunge
gothic metal
cold wave
Styles personnels
texas, paris

Ça se passe dans un terrain vague. Ça se passe dans un sous-sol prolétaire, avec de la peinture au plomb qui s'écaille. Ça se passe dans une cathédrale à la nef sans fin... Celle de nos souvenirs, ces aquarelles en nous qui bavent sans cesse... On est avec ce groupe crosnois au nom très sympa, Chaise de Pendu (Chaise de Bourreau ?), qui intitule ses morceaux "Jus de Sommeil", "Yeux Fatigués", ou chante des choses comme "Touche le Rasoir (Je devrais essayer)". Qui semble-t-il aime beaucoup Type O Negative et The Cure. L'écho, et les chansons qui commencent pendant très longtemps. Le chant andro-geignard qui colle au cerveau. Temporisent à mort comme dans un Sergio Leone (ou un John Carpenter), avec des montées en impuissance chaque fois plus dramatiques, lancinantes, pénétrantes... Irréelles... Baignées dans une ambiance d'un noir tellement profond et laqué qu'elle semble, par reflet, blanche, aussi lumineuse que des néons. Grésillant comme eux, quand ils sont trop vieux. Pour qui est du genre à s'écouter en boucle des slows comme "When the smoke is going down" ou pour qui considère "Bleed The Freak" comme le morceau suprême d'Alice In Chains - présent ! - cette musique sera indiquée, tant elle en est parfois comme une version encore plus tragique, gracieuse et ultra-fondante, diffusée à trois heures du matin dans une station-service lugubre. Une hantise fort familière domine sur le très prosaïquement (et très justement) intitulé Banlieue Triste. Un grunge versant Tchao Pantin, miséreux, blafard et chassieux, comme un western solitaire tragique dans la nuit noire. Une gigantesque piscine de cordes et d'écho dans laquelle on se laisse tomber (sans petit pull marine - plutôt en perfecto similicuir), happé par des volontés de tubes qui auraient l'envergure de l'albatros baudelairien, ici mazouté ; des tubes trop longs et trop larges, comme distendus, qui démarrent très lentement, dans une longue et sadique autosatisfaction... S'étirent et nous mangent, lunes rouge sang de plus en plus géantes sur le poster noir de notre déprime ; nous engluent, liqueurs ou encres de plus en plus visqueuses. Nous rappelant sans cesse des musiques qu'on a connues, extrêmes ou FM, des ambiances qu'on a maintes fois vécues... des madeleines au parfum d'éther, le menthol de notre solitude, ce sentiment de fraîcheur-nuit qu'on a eu quand on découvrait nos premiers groupes grunge ou gothiques... La musique de Hangman's Chair sur Banlieue Triste est outre-nocturne. Obstinée, répétitive, masturbatoire. Envoûtante, voire dresseuse de voûtes. Elle passe dans la chambre de cet ado au regard absent, qui contemple un vinyle de Daniel Balavoine allongé entre un sticker Thin Lizzy et une affiche de Belmondo. Elle se passe dans cette caravane de la pochette, paumée entre les tours de béton (la même que dans Tenue de Soirée ? Si Michel Blanc et sa go y étaient restés condamnés, ne croisant jamais le chemin du gros Gégé). La musique de Hangman's Chair résonne pour la génération X-Y, qui a bouffé américain et s'est fait chier français depuis sa naissance, qui a rêvé de ces routes sans fin qu'elle ne verra jamais, mais qu'elle a vues dans des films. Bloquée dans cette réalité moins bien que celle de de là-bas ; trop proche, trop moche, trop sale, en simple, hexagonale : cette réalité qui sent la VHS... Avec sa musique d'ado vieux. À trente, quarante ans, à cinquante, puis à soixante, voire plus loin... Et de plus en plus résigné, mais de plus en plus soi-même, ce banal enfant qui ne voulait pas que les années 80 s'arrêtent, qui est "resté adolescent", comme le chantait le morbide Barbelivien. Les vieux jeunes éternels qui se réfugient encore (toujours) dans le passé, quand ils achetaient des disques et que c'était pas encore pathétique... Déjà condamnés par la passion du spleen et l'envie d'un ailleurs, petit à petit emprisonnés entre leurs piles de cercles en plastoc, qu'ils aient le noir du cambouis peigné ou l'envers iridescent d'un arc-en-ciel toxique ; ces rangées désuètes qui finiront... Dieu sait où. Au moins on aura connu les riffs, et la réverb. Avant que ne poigne l'obscurité au bout du tunnel.

note       Publiée le vendredi 13 avril 2018

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Dioneo › vendredi 18 octobre 2019 - 10:32 Envoyez un message privé àDioneo
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Oui, y'a nettement un côté plus "rock alterno" comme tu dis, c'est beaucoup moins metal-doom-etc., c'est sûr... Mais je trouve parfois un feeling proche. Et y'a quelques trucs surprenants "à l'usage" (l'instru Hypn'O Sonic, au milieu...). C'est plus "aérien" que Tostaky, aussi, je trouve, dans le son - aérien mais façon ballon en fonte oxydée hein, par moments... Mais je vois ce que tu veux dire ("La gra­phitisation tend à être pénétrante mais à des vitesses peu élevées. Lorsqu’une telle corrosion se produit, il y a formation sur la surface d’une couche d’oxyde de fer contenant du graphite qui conserve la forme de l’élément en cours de corrosion, un contrôle visuel ne permet donc pas de détecter cette forme de corrosion."). C'est moins "chargé en messages poli-socio", aussi - et j'aime ça hein, préférant d'ailleurs toujours le Noir Déz des disques d'avant (même si je l'ai poncé, Tostaky, à l'époque). Mais oué... De rien donc ! Bonne écoute/découverte, si tu creuses, à un moment, avec eux.

Raven › jeudi 17 octobre 2019 - 20:43 Envoyez un message privé àRaven
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Baton Rouge ? Je suis allé jeter une oreille à ce Totem, du coup... à creuser... ça m'a l'air plus "rock alternatif 90's brut et sec" (à la Noir Dez période Tostaky on va dire, ou griffé Albini), mais quoiqu'il en soit y a bien moyen que ça me plaise, merci !

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 17 octobre 2019 - 17:15 Envoyez un message privé àDioneo
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J'ai fini par choper ça en média, tiens, et je le réécoute en ce moment même... Ben bien raccord avec la chro. Le feeling louzeur coincé en frrrance dans les années 80/90 en rêvant d'une déprime aux plus vastes horizons - ou aujourd'hui, d'accord, en croyant de moins en moins que ça ferait une vrai différence, un, euh "saut qualitatif", Moulins ou Auch ou L.A. NEw York Seattle ... Le côté Tchao Barbare, ouais, et en effet Balvoine/Berger/Type O... Aussi parce que y'a un substrat commun à la variét' qu'on aime détester ou qu'on avoue aimer sur le tard (Saï parle de Goldman - c'est un peu extrême mais c'est pas con, même si Goldman contrairement à Balavoine, j'ai toujours continué d'avoir envie de le trucider chaque fois que je l'entends) et au hardrock, metal, grunge ouais, dont on se nourrit plus volontiers dans les parages, dans l'histoire du truc version non révisée, non "expé-dark-crédibilisée à rebours". Et plus... Bon Jovi Alice In Chains Thiéfaine Whitesnake Cyclope (une histoire de wen...) Cargo de Nuit Scorpions Paris Violence Led Sabbath (effectivement) Paradise Lost Candlemass euh Bâton Rouge même combat/mêmes musiques ? Nan. Mais ce que j'aime comme ce que j'aime pas, là-dedans, ça passerait sans problème sur la "radio de station service" dont cause le chroniqueur, ouais. Avec Phil Lynott et Bébel sur les jaquettes délavées des cassettes en vrac dans le vide-poche, ouais... Exact aussi.

(D'ailleurs je le colle en reco du Baton Rouge/Totem, tiens, dans la foulée).

Demonaz Vikernes › jeudi 21 mars 2019 - 13:47 Envoyez un message privé àDemonaz Vikernes

Bon, vu en live il y a peu, ça a bien perdu depuis l'époque Hope/Dope/Rope (toujours aussi bon cet album). Du coup ça ne me donne pas du tout envie de me pencher sur ce que le groupe a fait depuis.

Dale › lundi 4 février 2019 - 00:06 Envoyez un message privé àDale

Depuis le temps que j'en entends parler, et pas en mal, j'ai enfin osé affronter la bête. Cet avis est un avis à chaud et il est possible que j'y revienne. La 1ere moitié du disque est excellente et surprenante tant j'ai eu l'impression qu'un JJ Goldman dépressif avait remplacé Nick Holmes au micro des premiers Paradise Lost. Cela parait fou voire improbable mais ça saute aux oreilles et surtout c'est incroyablement prenant et efficace. La seconde moitié monte d'un voire plusieurs braquets, ils empruntent cette fois une voie (voix?) qui n'appartient qu'à eux et c'est tout bonnement MAGISTRAL. Le dernier titre avec le long sample parlé à la fin laisse KO. Album vinyle commandé dans la foulée. Merci et bonsoir.