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Hangman's Chair › This Is Not Supposed to Be Positive

cd • 10 titres • 50:49 min

  • 1Dripping Low06:19
  • 2Cut Up Kids04:39
  • 3Requiem05:45
  • 4Your Stone05:31
  • 5Save Yourself04:09
  • 6Les enfants des monstres pleurent leur désespoir05:04
  • 7Flashback04:02
  • 8No One Says Goodbye like Me05:06
  • 9Dope Sick Love07:39
  • 10Le rouge pour le sang le bleu pour la grâce02:35

enregistrement

Enregistré, mixé et masterisé par Francis Caste.

line up

Mehdi Birouk Thépegnier (batterie), Clément Hanvic (basse), Cédric Toufouti (voix, guitare), Julien Rour Chanut (guitare).

remarques

Sorti également sous forme vinyle et fichiers téléchargeables.

chronique

Allez, on enchaine ! On se dégourdit les jambes, on regarde par la fenêtre, fait noir, la lune pourtant pas loin d’être pleine se cache derrière les nuages de la négativité. « C’est pas censé être positif », OK ? Cela n’empêche pas d’écrire une chronique positive, vous me direz, parce que là, c’est pas possible de faire autrement. Hangman’s Chair, après trois albums et trois splits en huit ans met la parole sur l’illustration, remplace le pendu par la guillotine (ah, la France et ses techniques de meurtre légal pré-mitterrandiennes…), efface mon souvenir flou d’un concert stoner à Paris il y a longtemps de cela pour me faire une infusion d’Alice in Chains sous-accordée et touillée à la méga-lose, sans oublier des références parisiennes mais qui m'échappent forcément, cette ville est loin, comme une espèce de Mordor Paradise City ambivalent dans mon âme. On est encore dans des sphères metal (les guitares rythmiques bien grasses, la batterie qui fait pas du jazz, les arpèges qui font pas « Au clair de la lune ») mais on enjambe régulièrement l’achéron pour plonger un pied dans la gadoue de la pop trop triste pour marcher sur « le mouv’ » - en fait les références m’échappent au bout des écoutes tellement il y a quelque chose ici de pas banal, ces grosses guitares respirant bien mes « pfff » d’adolescent avec la musique qui allait avec à l’époque (Pearl Jam, Life of Agony, d’autres groupes avec un chanteur suicidaire habillé en bûcheron). Ce qui tape surtout aux oreilles c’est la voix très bien portée, chantant un anglais qui passe super bien, dont les aigus moelleux pourrait ravir les amateurs de doom lyrique, celle-ci se fondant dans la masse de notes graves tels des doigts de pianiste dans la barbe de Sebastien Chabal, le tout donnant dans une tonalité « pas d’espoir mec » mais sans la grosse dégueulasserie sludge que pourrait par exemple supposer leur split avec Eibon. De la tristesse pop metal, n’ayant pas non plus une dynamique très vivace, car la lourdeur du propos, la gravité du son nous ramène sur la terre bien aride de l’expression de la damnation par la musique. Que dire de plus ? Prenez donc le temps d’écouter ce disque afin de faire le tour de la question sur votre attrait pour la tristesse et la vie moche, si vous en avez marre de vous remettre The Wall de Pink Floyd pour la tropdetième de fois - faut mettre un peu de variété dans le nombrilisme déprimé quand même, mais faut pas se poser trop de questions sur la légitimité de votre malheur, et je crois que c’est là que l’album touche le plus : chialer et picoler comme un trou, est-ce juste une autre facette de la paresse ? Et si mes supposés romantismes n’étaient que de la jérémiade ? Ici, sur « It’s not supposed to be positive » ces questions sans fins rodent à chaque coin de mesure, c'est celle des gens fâchés qui grandissent, et c'est pour cela que leur propos me renvoie bien en miroir tout ce bordel adolescent… parce que, finalement, ces questionnements ne cesseront jamais de casser les pieds, il suffit d’y avoir goûté une fois, et ça se loge au fond de l’intestin de la darkness, c'est comme le vélo ou d'autres drogues, "l'important, c'est de pas commencer"… hé, facile à dire !

note       Publiée le mardi 3 novembre 2015

chronique

Styles
gothic metal
doom metal
grunge
Styles personnels
noir et brillant

La couleur la plus proche du noir, c'est le rose. Demandez à Edith Piaf ou à Hangman's Chair, ces deux incarnations musicales de la maladie qu'on nomme Paris. C'est une évidence, surtout dans une œuvre à l'intitulé aussi ambigu que "This is not supposed to be positive" : cet album vient du plus profond de la nuit, et il sent le rose. C'est un doom grunge-goth sensuel qui flirte et séduit continuellement... Eros et Thanatos, encore... Sexe/mort, toujours. Tout ça a rapport à des histoires de nœuds coulants, au fond. Et à vue de corde, nous tenons avec Zissiz l'album dit "de la maturité", et l'album le plus fluide de Chaise de Bourreau. Un album-fleuve, qui inonde, et qui coule, dripping low, dans ce puits sans fond, notre cœur. Une liqueur d'harmonies doom-lover dont je savoure à plein la beauté depuis que j'ai franchi le cap difficile - et il va sans dire très subjectif - du "pas envie d'écouter encore des français qui chantent en anglais". Parce que les artistes français qui chantent en anglais, dans la majorité des cas, me donnent l'impression désagréable d'écouter ce qu'ils sont : un simulacre malaisant. Une sorte de chant sous la douche pro. Quand bien même il y aurait de plus belles guitares ou un son plus fignolé que chez les ricains, avec mes compatriotes j'ai l'imagination têtue, et ne me débarrasse qu'à grand peine de cette sensation de toc : un français qui imite un rosbif ou un amerloque reste un veau de français... Enfin toutes ces conneries, c'était avant de réaliser que Hangman's Chair les transcendent crânement, car leur fantasme est colossal. Et qu'ils se donnent les moyens de lui donner corps. Je me souviens de Murat expliquant que les paysages auvergnats lui suffisent à se fabriquer de beaux westerns, tiens, et je sens qu'il ne faut pas plus d'un bout de banlieue parisienne à Hangman's Chair pour jeter des drames amples et hantés, aussi impossibles à lâcher qu'un Midnight Cowboy à Needle Park... This Is Not Supposed To Be Positive rappelle qu'Edgar Allan Poe était traduit par Charles Baudelaire, que l'héroïne parvenant à New York est longtemps partie de France... et qu'au pays du pinard on est pas manchots pour les tragédies. Des pistes jetées comme ça, pour vous amener à être moins bêtes que moi, et à savourer ce qui est peut-être le plus beau groupe français qui chante en anglais depuis Kill The Thrill. On peut d'ailleurs dire qu'Alice In Chains sont à Chaise de Bourreau ce que Godflesh sont à Tue Le Frisson : l'influence dont on s'est émancipé par le talent (et l'huile de coude). Le rêve de jouer dans la cour de ses idoles devient un son, réel, tangible, et une chanson comme "Dope Sick Love" semble tout droit sortie de 1993 ou 1994... Enfin j'en cite une qui me vient comme ça, hein, parce qu'il y a tellement de moments qui sonnent "plus années grunge que les années grunge" sur ce disque, que c'en est écœurant ! Un gros parfum d'USA passé embaume tout Zissiz, mais il est pollué par Paris : des effluves typiquement hexagonales imprègnent son atmosphère, comme du Maupassant ou du Céline, dont Hangman's Chair au détour d'un instrumental simple et évocateur retranscrivent presque musicalement la description des rues la nuit... Voire, plus bas... Une sorte de grunge des Catacombes en plein air, taillé pour nos longues errances nocturnes au baladeur, dans le labyrinthe du mobilier urbain, un Type Of Killing Joke des faubourgs et des réverbères, avec des vieux tags violets dégoulinant dans tous les coins... Cela me rappelle la dernière fois où j'ai traversé les entrailles d'ex-Lutèce, aussi à l'aise que le Jean-Louis sus-cité dans ce cloaque sale et hostile. Scrutant mollement l'arrivée de la rame RER, mon regard a dévié et s'est mis à zigue-zaguer ici et là, de visages en carrelages... Alors j'aperçus, juché sur la voie, un rat. Un rat massif, qui grignotait quelque chose que je n'arrivais pas bien à discerner. Peut-être un doigt. Puis il s'est arrêté de manger, et m'a toisé par-dessus son morceau de quelque chose. À cet instant, même si je ne saurais dire pourquoi, en me focalisant sur son petit œil noir et brillant, j'ai senti qu'il en savait beaucoup sur notre condition. Bien plus que nous tous qui attendions, plantés là, avec nos yeux qui ziguent-zaguent. J'ai compris, sans me l'expliquer autrement que par ce regard de biais et sa lueur noire, que ce rat nous connaissait très bien. Qu'il savait. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce qu'une des mille mélodies de ce Hangman's Chair jouait dans ma tête à ce moment-là, dans cette tête abîmée mais qui reste encore le meilleur lecteur musical portable à ma connaissance, même si j'en ignore le restant de batterie... À moins que... Pas aujourd'hui, non... La rame est arrivée, chassant l'animal, et la pensée. Je repense parfois à ce petit œil, noir et brillant... "Les animaux sont des bêtes, les humains sont des monstres".

note       Publiée le samedi 3 août 2019

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notes

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Demonaz Vikernes › vendredi 23 août 2019 - 15:39  message privé !

Encore un rude choc, mais pas positif celui là en effet (oh oh oh). Un album mou et ennuyeux, qui a probablement servi de patron au suivant si j'en crois la prestation live très chiante vue cette année (qui ne contenait quasi que des morceaux des 2 derniers je crois). Dommage.

yog sothoth › dimanche 4 août 2019 - 18:48  message privé !
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Trop de racolage qui me dérange… (j'ai un petit soucis avec ce groupe pour tout ce qui est après le premier album, j'ai décroché lentement mais surement)

(N°6) › dimanche 4 août 2019 - 14:18  message privé !
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Trop de références qui me racolent...

born to gulo › dimanche 4 août 2019 - 11:23  message privé !

Le titre en tous cas est du meilleur goût.

Note donnée au disque :       
dimegoat › dimanche 4 août 2019 - 11:22  message privé !

Ils sortent un 4 titre rouge bientôt avec Nanterre et Patrick Henry en guests. Dress code respecté.