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Hangman's Chair › Hope///Dope///Rope

cd | 10 titres | 79:42 min

  • 1 The Saddest Call
  • 2 Open Veins
  • 3 Ain't Living Long Like That
  • 4 December
  • 5 A Scar To Remember
  • 6 Alley's End
  • 7 Hope///Dope///Rope
  • Bonus
  • 8 I Am The Problem
  • 9 The Rest Is Silence
  • 10 Gallow's Dance

line up

Cédric Toufouti (chant), Julien Rour Chanut (guitare), Clément Hanvic (basse), Mehdi Birouk Thépegnier (batterie)

remarques

La première version vinyle inclut le CD. La tracklist de la réédition 2016 comporte trois bonus, extrait des split EP avec Drawers et Acid Deathtrip.

chronique

On va éluder les bla-blas pré- ou post-socratiques, Cioran, Caraco et autres comiques, pour aller directement au cœur du problème : on va tous crever. La fin de la série a sûrement été spoliée pour pas mal de monde, mais pour ma part j'ai réalisé cette nuit-même, et ça m'a fait tout drôle... Alors j'ai décidé d'écouter ce Hangman's Chair, et de fumer une clope imaginaire en méditant un peu à tout ça... "Espoir///Drogue///Corde"... Programme éloquent. Abrupt, aussi, un peu comme les riffs de ces gars. D'abord, L'Espoir : nous étions ces petits nenfants qui découvraient Black Sabbath, c'est à dire le doom quand il ne s'appelle même pas encore metal, qu'il est naïf, fait des ballades simples, striées de riffs aussi sinistres que puérils, ceux d'un guitariste qui a perdu des bouts de doigts et est obligé de jouer sur des cordes molles, avec au micro un mec à la voix nasillarde comme pas possible ; et on ne le formulait pas encore mais on avait compris que le doom, découlant d'un accident à l'usine, est par essence une musique de prolétaires pour les prolétaires, sous l'occultisme puceau ; et on le savait au plus profond, que des musiciens du tiers état nourris à la résignation et aux murs gris allaient nous accompagner dans notre lente et inéluctable déchéance physique... Ensuite, La Drogue : on est devenus ces adolescents un peu trop curieux et on a découvert une héroïne du nom d'Alice, enchaînée (pour l'en faire décrocher ?) et cette salope nous a fasciné illico, avec sa voix encore plus nasillarde, cette fois jusqu'à l'obscène, et ses mélodies encore plus belles, sa saveur plus complexe, m'bref on a compris à ce moment que le doom est aussi quelque chose de sexuel... Et enfin, La Corde : l'âge adulte est arrivé, sans trop prévenir, alors qu'on nous avait prévenus ; des disques doom en pagaille sur l'étagère, grotesque, ils jouent tous la même musique, c'est à se pendre d'être aussi fasciné par des groupes qui font tous les mêmes riffs et chantent tous la même chose, hein, non, à quoi ça sert, dis-moi ? Réponse : à faire corps avec sa vie de gueux, de sans-dents, de drogué de la musique. Voici un album parisien qui synthétise doom et grunge en un disque-bain de sludge sensuel et lyrique. Bain de guitares, de chant, bain d'écho... Tout chute et tout s'étiole, dans une ambiance à la fois aveugle et iridescente, à la fois claustro et plus ample qu'un hangar d'avion... Jusqu'à ce final vorace, axé sur un prêche halluciné de Joe Coleman, imposant une ambiance visqueuse et surnaturelle digne des meilleurs films de serial killers américains, et qui restera à coup sûr comme l'un des morceaux les plus vénéneux du groupe. Les deux albums suivants seront plus peaufinés, plus voluptueux, plus veloutés : oui... Mais Hope///Dope///Rope, sous sa pochette dessinée au stylo Bic 4 couleurs (sans le vert, pour ne garder que les teintes françaises ou par respect pour feu Peter Steele ?) est un album plus difforme, brouillé-addictif. Chargé. Une sorte d'épave sucrée. Quand on lui a scruté la carcasse plus de trois-quatre tours de platine, on réalise que cet album bouffi qui suinte de sucs entêtants et écœurants, porte en lui à peu près tout ce qui fera le Hangman's Chair magistral de Banlieue Triste, juste sous une forme plus rustre : l'écho, la mélodie, le spleen, le groove-de-Lune. Le temps, les regrets, l'envie de fondre sous les draps, le désir de séduire... Et cette Amérique trop loin derrière l'océan, trop loin derrière les barres d'immeubles... Ses plaines inaccessibles qu'on effleure à creux de cuiller, à dos de cheval, comme prisonnier d'un rêve sans frontières ("A Scar to Remember"/"Alley's End", brrr). Et ce chant adulescent qui s'étale, lamentation aussi liquide qu'une ombre... Et ces riffs assénés avec une obstination dramatiquement ouvrière, chutes de guitares vertigineuses, qui reviennent nous frapper sans cesse, ressac aussi captivant qu'épuisant... Ces chansons qui ne veulent pas finir, ne font que commencer... Mélopées complexes jouées par des mecs aux dégaines de physionomistes... Requiem pour ceux qui ont été avalés par la nuit... Musique de croquemorts, aspirants tombeurs.

note       Publiée le vendredi 2 août 2019

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Demonaz Vikernes › vendredi 23 août 2019 - 15:37  message privé !

J'avais bien aimé le premier Hangman's Chair, et pour une raison inconnue zappé le deuxième, du coup le changement est assez marquant ! J'ai eu un peu de mal au début, mais depuis c'est définitivement mon album favoris du groupe, super de bout en bout.

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born to gulo › vendredi 2 août 2019 - 12:19  message privé !

Il est plus écorché aussi ; ajouté à rustre, on synthétisera en "plus raboteux". Rustre tout court étant effectivement à réserver au premier disque, avec Keo, l'époque bien caillera (délicieuse également).

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born to gulo › vendredi 2 août 2019 - 09:04  message privé !

Taf'dac pour le morceau de conclusion. Rien que d'y penser j'ai les goosebumps.

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torquemada › vendredi 2 août 2019 - 08:10  message privé !

Rustre, c'est le mot (mais alors que dire des deux premiers ?). Il envoie, cet album tout en procurant le même type d'émotions que les suivants. Et avec les trois bonus de la réédition, c'est encore meilleur.

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