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Charles Mingus › Charles Mingus Presents Charles Mingus

  • 1960 • Candid CJM 8005 (album mono) • 1 LP 33 tours
  • 1960 • Candid CJM 9005 (album stéréo) • 1 LP 33 tours
  • 1960 • Candid SOPC 57001 (album mono) • 1 LP 33 tours
  • 1961 • America records 30 AM 6082 • 1 LP 33 tours
  • 1971 • Barnaby Records Z 30561 • 1 LP 33 tours
  • 1971 • CBS records S 64358 • 1 LP 33 tours
  • 1977 • Candid SMJ-6178/CJS 9005 • 1 LP 33 tours
  • 1979 • Puzzle 30.110124 • 1 LP 33 tours
  • 1980 • Jazzman JAZ 5048 • 1 LP 33 tours
  • 1985 • Candid 9005 • 1 LP 33 tours
  • 1987 • Candid CD9005 • 1 CD
  • 1989 • Candid CCD 79005 • 1 CD
  • 1997 • Candid CCD 79005 • 1 CD
  • 2000 • Candid CCD 79005 • 1 CD
  • 2006 • CANDID/Pure Pleasure Records CJS 9005 • 1 CD
  • 2011 • Candid 9005 • 1 LP 33 tours
  • 2012 • WaxTime 771730 • 1 LP 33 tours

cd • 4 titres • 46:29 min

  • 1Folk Forms N°112:00
  • 2Original Faubus Fables9:15
  • 3What Love15:20
  • 4All The Things You Could Be By Now If Sigmund Freud’s Wife Was Your Mother8:32

extraits audio

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enregistrement

Enregistré aux Nola Penthouse Sound Sudios, New York, le 19 novembre 1960 par Bob D’Orléans.

line up

Ted Curson (trompette), Eric Dolphy (saxophone alto et clarinette basse), Charles Mingus (contrebasse), Dannie Richmond (batterie)

remarques

chronique

Mingus n’aimait pas le free jazz. Comme il était homme à l’épiderme et au sang vifs, il avait là-dessus le verbe court et sec. "C’est de la merde", lâchait-il par exemple, lorsqu’on se hasardait une fois à lui faire ouïr les embardées de Cecil Taylor. Puisqu’il était le type de cœur autant que de haute intelligence, il en disait parfois un peu plus long. Que le problème, par exemple, n’était pas dans les visées. Mais qu’il n’entendait rien – ou trop peu souvent – chez les gens dudit free, qui aurait touché aux buts clamés. Qu’à renier complètement les formes composées, à vouloir briser absolument phrasés, dogmes, notions, on finit presque toujours par tomber dans l’autre complaisance, l’illusion facile d’un chaos où tourneraient sans fin, de fait, tics et clichés. C’est un point de vue. Tranché, comme du Mingus. Excessif comme le même. Ça se nuance. Et même, ailleurs à cette époque, ça se contredit sans peine, la première note jouée. Et puis… Et puis Mingus parfois, souvent, en fréquentait plus d’un, de ces fameux là, à priori honnis. Et puis surtout, sa musique, dès le début, avait beaucoup à voir avec ce que tous tentaient. Le retour aux terroirs, déjà, car la plupart de ces fous – lui s'y rendait à travers Ellington, littéralement : de part en part – allaient taper comme lui aux répertoires anciens, folklores attrapés par la couenne, gammes aux accents guère compassés. Celui du gospel, aussi, avec ses en-chœurs – et pour lui également, même si pas seulement, via le même Duke avec ses héritages. Dans la manière de maltraiter le thème, volontiers, de tracasser, tordre la structure pour en sortir le jus le plus dense et les cris les plus justes. Le voici là en petite formation. Avec Dolphy, tous nerfs en batailles, en pelote, en halo ; en traits imprévisibles et en lignes chantées. Avec Ted Curson à la trompette – à l’époque où celui-là cisaille le blues et file ses sifflés en haut du spectre avec Archie Shepp, entre autres ; et qui là vocalise, braille, gronde ô combien. Comme presque toujours, avec Danny Richmond qui ne lâche jamais l’affaire ; qui cogne comme Joe Jones ou Baby Dodds vingt, trente ans plus tôt ; ou comme Ed Blackwell dans cette même décennie qui ne fait que commencer ; comme tous ceux-là : c’est à dire que les tambours ancrent et les cymbales affolent, dispersent. Mingus mène l’atelier. C’est le mot. Les matériaux y sont maniés avec un rude amour. Les titres même sont malmenés, coupés ou étirés avec hilarité, sarcasme, jubilation frontale. What Love pour What Is This Thing Called Love – parce que Cole Porter mérite bien qu’on resserre sa soupe en y jetant toute la salière (et quelques autres inflammables). All The Things You Could Be By Now If Sigmund Freud’s Wife Was Your Mother ; parce que Charlie Parker et All The Things You Are ; parce que ces gars là sont des cérébraux ; parce que malgré ça, ça les éclate de l’envoyer valser, l’Analyse… Disque frontal, donc. Du Mingus et partenaires non dilué. De la forme orchestrale compactée, ramassée. Des dialogues en montée de pression – et techniquement, ramenés à leur sens véritable, d’ailleurs, puisque les instruments s’y répondent par bordées, s’en envoient tour à tour. De la franche engueulade, à vrai dire, même, quand on vient aux désaccords sur les raisons de quitter la place. De la diatribe sardonique quand il s’agit de riposter sur le zèle meurtrier d’un sénateur raciste – Faubus et ses Fables, ici mises en paroles, en unissons fâchés et dédaigneux. Un foutu jeu d’ensemble : inextricable, pourtant véloce, fluide ; percutant, direct. Rarement on aura entendu Mingus taper si droit, si direct – lui qui pourtant ne donnait jamais dans l’afféterie. C’est une musique qui s’attrape à pleines mains – sans ça, c’est la mâchoire qui ramasse, la dentition qui saute. Et le free, lui… Aimait Mingus, et le craignait. À écouter ce disque là, on ne s’étonne plus de rien.

note       Publiée le mardi 21 janvier 2014

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WZX › lundi 23 mai 2016 - 13:02  message privé !

Ici, il est question de jeux. Ca joue, évidemment, et pas n'importe comment, dans ce quartet fusionnel. C'est joueur aussi, suffit d'écouter ces rythmiciens taquins, désarçonnants au possible, ou ce dialogue musical tordant entre une contrebasse et une clarinette basse. Et puis, ça se joue, de tout ; des gens (Faubus), des conventions, des attentes. Jubilatoire !