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Duke Ellington/Charlie Mingus/Max Roach › Money Jungle

cd • 13 titres • 57:01 min

  • 1Very Special4:23
  • 2A Little Max (Parfait)*2:55
  • 3A Little Max (Parfait) – Alternate Take*3:40
  • 4Fleurette Africaine3:33
  • 5REM Blues*4:15
  • 6Wig Wise3:17
  • 7Switch Blade*5:22
  • 8Caravan4:12
  • 9Money Jungle5:26
  • 10Solitude – Alternate Take**5:50
  • 11Solitude5:32
  • 12Warm Valley3:31
  • 13Backward Country Boy Blues*6:21

extraits audio

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enregistrement

Enregistré aux studios Sound Makers, New York City, le 17 septembre 1962 par Bill Schwartau.

line up

Duke Ellington (piano), Charles Mingus (contrebasse), Max Roach (batterie)

remarques

Le noms de Charles Mingus est orthographié "Charlie" Mingus sur toutes les éditions de ce disque.
La liste des titres indiquée ci-dessus est reprise depuis l’édition CD Blue Note de 1987, qui non seulement rajoute des plages à celles de l’édition originale United Artists de 1963, mais présente de plus tous ces morceaux dans un ordre dont la logique laisse pour le moins rêveur. Les titre suivis d’un * étaient inédits jusqu’à cette édition. Ceux suivis d’un ** sont absents de toutes les éditions vinyles mais présents sur les diverse éditions CD. L’ordre des titres pour le vinyle d’origine est le suivant : A1/ Money Jungle ; A2/Le Fleurs Africaines (African Flower) (sic) ; A3/Very Special ; A4/ Warm Valley ; B1/ Wig Wise ; B2/ Caravan ; B3/ Solitude.

chronique

Miles Davis, quant à lui, détestait ce disque. "N’importe quoi", paraît-il. Il y voyait le Duke perdu, s’essoufflant à courir, sans trouver le pas, derrière deux de ceux-là – et parmi les plus grands – que son art avait mis au monde, marqué jusqu'aux moelles. Son idée de la fausse bonne idée : trois géants qui se rencontrent, dont un trop haut, trop immémorial pour cette histoire, que la confrontation devait forcément réduire. Comme quoi… Miles, cet autre Génie, n’avait pas forcément la science infuse quand on en venait aux autres (et aux Génies donc). Car qu’est-ce qui clocherait, sur ce disque ? Qu’est ce qui sonnerait faux ? Le choc frontal de styles et d'époques réputés inconciliables ? Non… Car Roach et Mingus – on sait comme celui là, en particulier, avait trouvé chez le Duke son sens des arrangements puissants, des voix clandestinement bleuies aux chœurs mêmes des églises, du blues terrien, aussi ; comment de là il fit muter, il inventa les siens – s’ils admiraient l’Ancien, furent toujours inaptes aux plates révérences. Et ces trois là savaient que jouer ensemble était affaire de pairs ; ruse, jeux, justement, amour commun de l’objet mis en branle. Lui – de toute manière depuis toujours souverain – en était moins que jamais au point de se plier, de prêter allégeance aux héritiers ou aux petits plans des firmes. Et puis on se rappellera que cet homme là – en quarante ans de carrière, alors – n’avait jamais été seulement celui du swing en grands orchestres et des parquets de danse. Que comme les deux autres, et parmi les premiers en jazz, il n’avait pas attendu que le free ou même le bop soient proclamés pour savoir en largeurs et profondeurs les possibles multiples de l’harmonie classique, l’art de l’écriture pour groupes, blocs, ensembles de timbres et de fréquences ; ni celui, autre, de déjouer ce savoir, de le contrarier ; de jouer des frottements, et des chaussetrappes du rythme. Que dans ses rangs, souvent, étaient passés d’autres fortes têtes (qu’on se souvienne Paul Gonsalves, s’il n’en fallait qu’un seul). On n’oubliera pas non plus que bien plus tôt qu’alors, Ellington s’était rompu aux joies et aux rigueurs, aux risques et aux exigences du jeu en petites formations, des dialogues et échanges, confrontations, propositions reprises, appropriées, renvoyées – avec Johnny Hodges, souvent, ce presque frère de chant. Alors voilà : contre Miles, contre toute crainte, ce disque ignore, défait tout égarement. Qu’Ellington y joue plus anguleux, peut-être, que n’importe où, c’est un fait ; mais il n’y perd ni la mesure ni le sens, du phrasé en plein équilibre. Sur l’attaque du disque tel que sorti à l’époque – le morceau Money Jungle – ou sur Wig Wise, il s’agit bien de pression qui monte, d’humains qui se cognent au gris armé des villes, aux courants qui s’engouffrent et aux grilles dures des banques. Mais lui pas plus que les autres ne lâche, ne chute, ne craque. Tous claquent également, en réplique, en riposte. Caravan, aussi – standard du Vieux pris là en tempo cogne-aux-tempes – rappelle comme en passant que lui n’avait pas attendu quelque jeune garde que ce soit pour faire de la propulsion l’une des lignes médianes d’où florissait son art. Ni appris des suivants l’art du break en vertige. Et Solitude – autre thème éternellement rejoué – en sa nostalgie vaste et sa tendresse en flambée contenue (en sa grâce debussiste, à vrai dire…) ne déstabilise pas les deux autres, réputés frondeurs. Il leur est familier. Il leur est langue native autant que reprise, à chaque point, pour leur compte. Nul compromis, ici. Personne ne suit un guide, personne n’adapte. C’est une musique qui se noue et se délie – à un autre niveau que celui des coups fumants et des affiches de convenance. C’est une musique, certes, qu’on attendait pas forcément – mais ces trois là n’en firent guère d’autre. Et la surprise vient, aussi, de ce que rien n’y sonne forcé, poussé vers le Nouveau en dépit de la substance, des matériaux. Rien n’y est contraint. On se demande à quoi pensait Miles. On se demande pourquoi ça réussit comme ça. On se demande même pourquoi ce n’est pas toujours ainsi.

note       Publiée le mercredi 22 janvier 2014

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Note moyenne        2 votes

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mangetout › mercredi 4 février 2015 - 15:16  message privé !

... et sinon chroniquer certains disques du Duke est envisageable un jour ? Ou le jazz a définitivement déserté les terres gutsiennes...

merci pour le fusil... › samedi 5 avril 2014 - 03:05  message privé !

Ca gratouille, ça palpe, ça tâtonne, ça dompte, ça hante…

"Miles Davis, quant à lui, détestait ce disque." Raison de plus pour l'écouter.

Note donnée au disque :