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Fantômas › Delìrivm còrdia

cd | 1 titre

  • 1 Delìrivm còrdia [74:16]

enregistrement

The Sound Factory, Hollywood, Californie, USA, 2003

line up

Trevor Dunn (basse), Dave Lombardo (batterie, percussions), Buzz " King Buzzo " Osborne (guitares), Mike Patton (chant, samples)

chronique

Fantomas vient de sortir son très attendu troisième disque qui, à l'écoute, est typiquement le genre de truc qu'un critique avec un minimum de sens commun détestera chroniquer. Car, que penser, de ce morceau d'une heure et quart ? Je sais bien qu'on m'attend au tournant ; déjà que quand j'ai le malheur de souligner les défauts d'un album d'un groupe de seconde zone, on remet en cause mon discernement, quels noms d'oiseaux vont se mettre alors à voler suite à la lecture de mon compte rendu lapidaire ? Décrivons brièvement le contenu de ce titre : du dark ambient, avec un grand sens de l'espace et des tensions. Tout cela est bien orchestré, bien pensé. Mais quand son champ d'investigation musical est un tant soit peu étoffé, on ne peut s'empêcher de mettre cette oeuvre en perspective par rapport à d'autres essais, ma foi, plus concluants. On notera que, malgré le pedigree des acteurs en présence, jamais le côté métal ne se fait prédominant, si bien que chacune de leurs interventions, largement soupesées, prennent alors plus de poids et possèdent donc un réel sens. Mais au-delà de ça ? Au-delà de cette bande (faussement) originale pour film d'horreur imaginaire, qu'ont donc voulu faire les Fantômas ? Plus on prend du recul sur la carrière de Mike Patton, plus est on susceptible de s'en remettre à l'évidence que, dans son chef, singer l'expérience Naked City était devenu un but en soi. Le split impardonnable (je pèse mes mots) de Mr.Bungle a dispersé cette osmose faite d'amalgames qui définissait tout leur génie dans deux entités distinctes où l'une conserve ses atouts rock, particulièrement accrocheurs (Tomahawk), laissant à l'autre tout le loisir de s'adonner à ses recherches expérimentales (Fantômas). Il n'y a rien qui puisse se trouver sur leurs trois albums qui n'ait déjà été exploré sur ceux de Naked City (les titres expéditifs de "Torture Garden" pour le premier, les adaptations de musiques de film pour le second, et on pense inévitablement à "Leng Tch'é" pour ce "Delirium Cordia"). Je n'accuse pas Fantômas de plagiat. Je me pose juste la question : qu'ont ils vraiment voulu faire avec ce disque ? Si c'est du foutage de gueule, ils n'auraient pas pu s'y prendre autrement. Le dernier quart d'heure du disque ne fait, de plus, absolument rien pour me contredire (le son de l'aiguille qui parcourt à vide un sillon dépourvu de signal sonore). Bien évidemment, suite à cela, il y aura une armée de défenseurs de la cause Pattonienne pour dire que le chroniqueur (moi, donc) est vraiment trop con pour comprendre. Que c'est pas assez progressif (manquerait plus que ça) ou que sais-je encore... N'empêche, je défie quiconque ici de venir me retrouver dans dix ans pour me dire que, pendant ce laps de temps, il aura écouté plus de cinquante fois cet album et que, depuis lors, il fait désormais partie des chef-d'oeuvres impérissables de sa petite collection de disques. Je n'y crois pas. Alors, rendez vous service en cessant de vous adonner à ce snobisme déplacé et faites vous plaisir en regardant la réalité en face : vous non plus.

note       Publiée le jeudi 11 mars 2004

chronique

Et bien ! On dirait que "Delirium cordia", ce fameux troisième album de Fantomas, divise les opinions. J'entend parler à droite à gauche de foutage de gueule "pattonesque", d'un groupe qui ne sait plus où il va et qui finit par accoucher d'un disque inutile, chiant, voire pire : sans interêt. Pour ma part je pense qu'il s'agit tout simplement d'une pièce inestimable, inespérée même. Alors plutôt que de polémiquer stérilement, je vais tenter de vous expliquer pourquoi j'aime ce disque. "Delirium cordia" est une immense collection de sons agencés et mixés de façon à ne former qu'un seul et très long morceau ambient d'environ 55 minutes. Effectivement la musique de Fantomas n'a plus rien à voir ici avec celles des disques précédents : les élants métalliques ont quasi-totalement disparu, rammassés en seulement quelques endroits précis du disque. Ce nouvel essai des californiens est donc avant tout un disque d'atmosphères, il ne faut pas y chercher la mélodie qui tue ou le riff qui déchire : ce serait peine perdue car tout simplement la vérité est qu'il n'y en a pas. En revanche, ce qui fait son incroyable force c'est le terrible sentiment d'angoisse et d'oppression qu'il dégage en permanence. Honnêtement je n'avais plus connu une telle intensité dans l'angoisse et l'accablement que peut procurer une musique depuis "Enemy of the sun" de Neurosis en 1994. On se retrouve littéralement plaqué au sol, privé de tous nos repères, impuissant, contraint de subir. Seul, dans le noir le plus total, la seule chose qui nous raccroche à la réalité étant la dimension auditive. Et Patton et ses petits amis profitent de la situation pour nous faire vivre une "near death experiment" bouleversante et inoubliable. On n'est jamais aussi vivant qu'aux portes de la mort, et c'est le cas ici ; cet album se vit intensément, comme si c'était le tout dernier que l'on ait a écouter avant que notre coeur, pris d'une incontrôlable accelération de ses pulsations, ne défaille irrémédiablement. Oui mais voilà, il y a un hic : "Delirium cordia" est un album décourageant. Pourquoi ? Parce qu'il demande un investissement non négligeable de la part de l'auditeur, aussi il ne faut pas espérer en retirer quelque chose avant un certain nombre d'écoutes. Mais quand on commence à l'appréhender, alors là ça devient franchement intéressant, et si l'on pousse le vice jusqu'à tenter de le connaitre sur le bout des doigts, jusqu'à anticiper dans notre tête le moindre de ses sons, tout en essayant de débusquer ceux qui auraient pû nous échapper, "Delirium cordia" en devient subitement inexplicablement jouissif et le côté flippant et inquiétant de la musique se retrouve démultiplié. Voilà. Alors moi je dis chapeau à un groupe qui n'a pas peur de se renouveler sans cesse, de faire en sorte qu'aucun de ses albums ne ressemble aux précédents. Je dis chapeau à un groupe qui, à l'image de Mike Patton, ne reste pas assis sur ses lauriers et de tente de nouvelles expériences en prenant consciemment le risque de déplaire au plus grand nombre. Je dis chapeau à un groupe qui a tellement bien assimilé toutes ses influences, qu'il les surpasse désormait simplement. Comme je l'ai déjà dit dans ma chronique de "The director's cut", Fantomas est à mon avis le meilleur projet de Mike Patton ; ce n'est certainement pas "Delirium cordia" qui me fera dire le contraire. Désolé de vous avoir retenu si longtemps, ce n'est pas dans mes habitudes, mais "Delirium cordia" m'inspire, "Delirium cordia" me passionne. Je me souviens m'être dis la première fois que j'ai tenu l'objet entre mes mains : si la musique de ce disque est à la hauteur du packaging, on tiendra là un chef-d'oeuvre. Je crois en effet que nous le tenons.

note       Publiée le jeudi 29 avril 2004

chronique

Styles
ambient

Que l'exercice est difficile... Voilà un album piège et risqué, à la fois pour le groupe mais aussi pour le chroniqueur ! Comment parler d'un tel disque ? Alors que la formation nous avait habitués à une musique explosive, syncopée, énergique, parfois même brutale, voici nos joyeux lurons qui nous proposent une musique calme, claustrophobique, inquiétante, à des années lumières de la furie des précédents méfaits de ces américains ! Je vous laisse imaginer la tête des fans à la sortie de cette galette... Généralement, le principe dans ce genre de disque, pour l'apprécier, il faut rentrer dedans, se laisser immerger par les quelques sons éparses, stridents, cette ambiance d'outre-tombe, lancinante, répétitive, et voir ce qu'il en ressort. Alors que les précédents travaux du groupe étaient plus destinés à notre corps, ce disque est plus dirigé vers notre esprit. Oui, il demande un travail cérébral important pour vraiment se l'enquiller et le comprendre. Et souvent, soit on rentre dedans et on adhère totalement, soit on le rejette de manière tout aussi complète et on le déteste. Et d'ailleurs, souvent, pour réussir à apprécier ce genre d'exercice, il faut que certaines conditions bien particulières soient remplies (mise en situation, une ambiance singulière, etc). Vous allez me dire que je ne me mouille pas trop ici. Voilà, justement, personnellement, je ne suis pas super cérébral avec les disques que j'écoute. Il m'est difficile de me plonger en totalité dans l'écoute d'un disque en restant si concentré. Alors un exercice pareil, je vais le trouver intéressant, je vais apprécier la prise de risque, les éléments utilisés pour créer une atmosphère noire, mais je ne vais pas me forcer ou me mettre dans certaines conditions particulières pour voir si j'adhère ou pas. Je manque peut-être quelque chose, certes, mais je préfère quand un disque me parle de lui-même, que ce soit dès la première écoute ou après 15 écoutes. Or là, je trouve cet album ambitieux, bien réalisé et travaillé, mais ce n'est pas celui-là que j'écouterai lorsque j'aurai envie d'écouter ce groupe ! En bref, le genre d'album qui va diviser, même de la part des plus féroces aficionados de la bande...

note       Publiée le dimanche 18 novembre 2012

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Solvant › vendredi 28 décembre 2012 - 00:58  message privé !

écouté entièrement 8 fois depuis sa sortie. Ce qui ne veut pas dire que ce disque est minable ou gigantesque.

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vargounet › jeudi 27 décembre 2012 - 23:38  message privé !

Ce disque reste quand même très proche d'Hérésie d'univers Zero par moments, on sent que le père Patton a du en bouffer. Intéressant néanmoins j'avais toujours fait l'impasse sur cet album sans trop savoir pourquoi, ayant pourtant adoré le director's cut.

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Dun23 › jeudi 27 décembre 2012 - 11:25  message privé !

Je l'ai écouté il y a quelques semaines, ou plutôt, la fonction random de mon cowon l'a sélectionné pour moi. Intéressante écoute dans les transports. Mais il est vrai que je ne l'écoute pas plus que ça, je préfère son successeur et surtout, surtout, Director's Cut.

Ommnislash › mercredi 26 décembre 2012 - 21:08  message privé !

"""" je défie quiconque ici de venir me retrouver dans dix ans pour me dire que, pendant ce laps de temps, il aura écouté plus de cinquante fois cet album et que, depuis lors, il fait désormais partie des chef-d'oeuvres impérissables de sa petite collection de disques. """ Ahahahaha j'écoute cet album environs une fois par semaine, allongé dans le noir, au moment d'aller dormir... cet album est fascinant, unique ... dommage qu'il soit un peu court, les parties ambiantes fantomatiques sont splendides et auraient mérités plus de temps.

Note donnée au disque :       
taliesin › mardi 20 novembre 2012 - 13:37  message privé !

Nicko serait-il touché par Alzheimer ? ;-)))

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