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Mudhoney › Piece of Cake

  • 1992 • Reprise 9362-45090-2 • 1 CD

cd • 17 titres • 46:53 min

  • 1Untitled0:38
  • 2No End In Sight3:35
  • 3Make It Now4:25
  • 4When In Rome4:25
  • 5Untitled0:25
  • 6Suck You Dry2:34
  • 7Blinding Sun3:38
  • 8Thirteenth Floor Opening2:30
  • 9Youth Body Expression Explosion1:59
  • 10I'm Spun4:05
  • 11Untitled0:39
  • 12Take Me There3:32
  • 13Living Wreck3:30
  • 14Let Me Let You Down3:58
  • 15Untitled0:28
  • 16Ritzville2:40
  • 17Acetone4:15

informations

Enregistré aux Egg Studios par Conrad Uno. Produit par Conrad Uno et Mudhoney.

line up

Mark Arm (voix, guitare, slide-guitar, orgue, piano), Matt Lukin (basse, voix), Dan Peters (batterie, marimba, voix), Steve Turner (guitare, basse, harmonica, banjo, voix)

chronique

Mudhoney aiment bien se saboter, rebuter le chaland plutôt que chercher à le racoler... En plaçant par exemple en intro de ce disque une espèce de fausse techno dégueulasse à l'orgue et boum-boum de batterie qui fait (mal) la boîte à rythmes, avec voix saturée – le genre de truc que ferait un groupe de rock-beauf lambda en guise de parodie, en pensant « on a tout compris à l'électro nous hein, les mecs y's'font pas chier, tut-tut poum-poum et puis c'est marre t'encaisse la thune ni-vu-ni, tavu »... En hasardant un jeu de mots visuel foireux titre/pochette, aussi – enfin il me semble... Piece of Cake/Piss Off Cake (non parce que les mecs sur l'image, ils pissent, oh oh, avec une part de gâteau entre eux, au bas de l'urinoir libre hi hi hi...).

Vous êtes toujours là ? Bon... Vous faites bien. Parce que « pissed off », au vrai – vénère, mal embouché, furax – Piece Of Cake l'est bien et que ça leur va généralement à merveille, à ces gars là, l'humeur noire, pas posée, pas satisfaite ! Ça leur donne visiblement, audiblement l'envie de tout envoyer valser, souvent – ce qui fait que concentrés là-dessus, ils nous balancent ainsi leurs plus solides mandales. Il faut dire aussi qu'ici le son suit – bien tranchant mais pas maigre, net mais bien dense, toutes les nuances de fuzz et autres overdrive rendues dans tout leur mordant, les strates de gratte et les lignes de basse se laissant quand il faut toute la place qu'il faut pour que ça tabasse, la batterie parfaitement placée dans le mix, qu'on entende bien comme ça roule et comme ça claque, sans que ça enterre le reste... Et puis la voix de Mark Arm là-dedans, bien rugueuse, passée au bon grain de papier de verre, qui vitupère.

Les types sont en forme, aussi, au-delà de ces questions de technique, de production. Plein d'idées, mieux tenues, mieux agencées – les plans moins sommaires – qu'avant. C'est toujours simple, qu'on ne s'y trompe pas, toujours très direct, mais bourré cette fois de détail, petits ponts qui titillent la pression, breaks qui piquent entre les côtes, tourneries de riffs qui se tirent la bourre mais en réalité calculés pour s'imbriquer, de part et d'autre de la stéréo. Les traces vaguement, salement bluesy du précédent (Every Good Boy Deserves Fudge) n'ont pas disparu, l'approche garage acide-gras non-plus mais tout ça s'est étoffé, prend de la substance, des couleurs – qu'eux restent blafards comme des galetas de fumerie d'opium est une chose, que leur musique se gorge de teintes explosives, explosées, c'en est une autre.

On pourrait craindre, à lire la durée des pistes, au dos du CD – il y en a plusieurs qui durent autour des trente, quarante secondes – qu'il nous refassent à chaque fois le coup de l'instrumentale blagueuse/foireuse de l'introït... Eh bien pas du tout, figurez-vous. Ces interludes, placés entre les plages bourrées jusqu'à leurs gueules aux crocs jaunis, tombent toujours pile, bouffées, le temps de prendre une bonne inspiration, de trips ensoleillés, aériens, avant de replonger dans le dur, la bousculade. De l'orgue chantant, des dérives de rockeurs à chemises flower power, ci une espèce de cavalcade pseudo-country là, deux-trois tournes et puis hop : ça recommence à déferler. Ou bien à s'étaler.

Piece of Cake est très cohérent, et aussi très varié. Très détaillé, donc – arrangé-fignolé, sous son air premier de débouler à la diable, fagoté comme il était à vider des bières sur son canap', quand un coup de fil lui a rappelé qu'aujourd'hui, il avait studio, séance. C'est un disque qui recrache la musique dont les mecs sont bourrés, qu'ils se sont sûrement envoyé depuis leur prime jeunesse, comme un corps recrache la chaleur d'un mauvais soleil au bout d'une longue journée à s'y exposer sans précaution. Un disque qui déborde – mais qui ne bave jamais comme en état catatonique. Un enchaînement comme le triplé Take Me There/Living Wreck/Let Me Let You, ça laisse pantois, aussi cramé qu'eux là-dessus, si on n'y prend garde... Possiblement gagné par le même genre de gnaque, aussi, si on se laisse gagner. C'est plein de chœurs sinistres et/ou enluminés, cet album, d'harmonies contagieuses, c'est bourré de chorus de gratte sixties/seventies mais coulés dans une crasse bien nineties – l'inflexion (l'infection?) grunge, on y revient, l'état d'esprit à la fois rien-à-branler-de-rien et fonçons-dans-le-tas-quitte-à-rester de la scène, des scènes accidentellement coincées circa Seattle ces années-là, si on préfère éviter l'étiquette ô combien floue ci-avant citée.

Le quinzième titre – l'un des sans-titre/interlude, encore – part quand-même sur une base potache de pets faits à la main sous les aisselles. Le genre de trucs qui a pu faire qu'à l'époque une bonne partie de la « critique rock sérieuse » prenne le groupe de haut, se pince le nez devant tant de désinvolture plutôt que mourir d'une précoce et poétique overdose en bourdonnant de la poésie dépressive. (Pas que les membres du groupe aient été des modèles de sobriété, semble-t-il, hein – options multiples comprises, disent-ils eux-mêmes, parmi d'autres qui en étaient... Mais c'est encore une autre histoire, pas la question, là). Et puis passé Ritzville, tiens, ils concluent par une sorte de ballade – la seule de l'album. Du genre qui colle des plombes, des jours, au neurones, une fois entendu. Voix de spleen joliment sinistre sur quelques accords de guitare sèche, batterie qui rentre au deuxième cycle, le chant qui se double, la slide qui traîne. Pas une ode, non. Pas une complainte, non-plus, pas vraiment. Une question lâchée dans l'atmosphère pas très clean. Ô produit, ô solvant, ils aimeraient bien tout de même que tu les lâche un peu. Ooooh Acetone/Why couldn't you leave us alone ? Assez crampon, vraiment, le moment d'introspection, sous l'allure nonchalante, prenant – chant de vraie fatigue qui se raconte sans effet de littérature, de manche, sans tentative d'épater ou d'apitoyer. C'est rare et c'est tout à fait juste, comme conclusion, posée là en regard des bringuebalements et flambées qui précèdent. Ne jamais oublier, sous-estimer ça : quand Mudhoney ont d'emblée l'air de vouloir jouer les clowns, c'est sûrement qu'ils vous en réservent une bien rude au tournant.

note       Publiée le mercredi 20 septembre 2023

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