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Mudhoney › Every Good Boy Deserves Fudge

  • 1991 • Sub Pop 1991 – SPCD 105/98787-0105-2 • 1 CD
  • 1991 • Sub Pop SP105a • 1 EP 45 tours
  • 2009 • Sub Pop SP105 • 1 LP 33 tours

cd • 14 titres • 42:43 min

  • 1Generation Genocide1:13
  • 2Let It Slide2:35
  • 3Good Enough3:26
  • 4Something So Clear4:13
  • 5Thorn2:10
  • 6Into The Drink2:08
  • 7Broken Hands6:10
  • 8Who You Drivin’ Now?2:21
  • 9Move Out3:32
  • 10Shoot the Moon2:27
  • 11Fuzz Gun ‘911:52
  • 12Pokin’ Around3:30
  • 13Don’t Fade IV3:58
  • 14Check-Out Time3:08

enregistrement

Enregistré par Conrad Uno « sur son magnéto huit-pistes » (Egg Studios), au printemps 1991.

line up

Mark Arm (voix, guitare, orgue), Matt Lukin (basse, guitare, voix), Dan Peters (batterie, voix), Steve Turner (guitare, harmonica, chant)

remarques

chronique

Styles
blues
garage
rock alternatif
grunge
noise rock
Styles personnels
every good boy deserves sludge

Mudhoney vise le foie. Vise le nez plein de cartilages. Vise l’émail des dents – vous le sentez, depuis les caries naissantes ou avancées : le picotement électrique à chaque gorgée, qui vient vous agacer les sillons des maxillaires ? Mudhoney, comme aurait dit Loulou – pas Reed, une AUTRE célèbre Ordure ! – "[ils] vise[nt] bas, [ils] vise[nt] juste". Ça envoie sale et blême, et ça fait du bien, croyez-le ou non… Je ne parierais pas que Mark Am et sa bande, au moment d’enregistrer celui-là, avaient gagné leur poids en héroïne et/ou en bibine prix d'appel mais… L’image, la scène, ne raconteraient peut-être pas si mal l’histoire, à en juger par ce qu’on en entend. Et si c’était le cas – poursuivons la fantaisie – on les imaginerait bien négocier la chose en faisant des lots… Histoire de compenser la disparité des carrures – franchement, vous avez vue l’allure d’allumette élongée du type Arm ? Et la sous-cutanée du mec Peters ? Allons… Chacun le poids réuni de TOUT le groupe, alors, pour l’une et l’autre option ! … Trève de métaphore. Il est probable que le groupe, sur ce coup là comme pour les autres, ait cramé l’avance, les subsides du label, en substances, fêtes, excès – misères mises, Grande Dépenaillée. Je ne dis pas que c’est glorieux. Ça va bien, les légendes de déchéances dorées, hein ! Ça leur passera même à eux – qui ne tournent plus de nos jours qu’au Chardonnay, paraît-il (enfin… Arm, en tout cas, question de compatibilité avec certaine hépatite… Bref). Bref. Je dis seulement qu’on l’entend bien, là-dedans, l’état d’agitation entrecoupé de probables trous noirs – disons blackouts. Le son de cet Every Good Boy… est spécialement bizarre, inconfortable, disons. Mise en espace toute sèche pour un jeu plutôt gras, cambouis comme toujours, graillon figé ou dérapant – leurs riffs, à ces zigues, c’est souvent dérapant. Avec ces débuts de morceaux qui obligent à pousser le son pour bien qu’on se mange toute la masse collante ensuite, quand ça montera sans prévenir, sans qu'on sache forcément pourquoi là et pas ailleurs. Cet orgue sur l’intro qui ne sent pas l’église mais bien le dévoiement de toutes les petites ritournelles – cette kermesse là ou d'autres. Rendez-vous au garage. Venez comme vous êtes et dormez, au bout, là où vous serez tombé. Encore plus que d’autres, aussi, ce Mudhoney ci empeste le blues et ses séquelles. Son revers le plus puant, oui, obscène et plombé mais tellement je-m’en-foutiste que ça devient de la pure libération. La purge, littéralement… Relents de baise entre corps pas lavés tous les jours. Dans un lit aux draps jamais changés. Entre adultes consentants – versant "on a glissé", disons, allez. Parce que ça suffit bien, à ces heures-ci, pour conclure et s’en mettre. Et puis l’harmonica. Et ces dessins de catastrophes maritimes, aériennes. Trait sommaire, couleurs à-plat, triangles aux emplacements des chattes. Du ou dans le yacht, le jet, on se noie et on flambe avec un grand sourire béat… Ce son de guitare dégueulasse, râpeux, crasse-entre-les orteils – puisqu’on nous a seriné que ça voulait dire ça, étymologiquement, "grunge". Ou à tout autre pli ou creux du corps, d'ailleurs, lignes fendues, pièges à bacilles et phéromones. Les wha viles, éclate, fonce-dedans, mords-au-défaut. Les riffs – encore, oui – en parades pas patientes, brutes, brutales. Au milieu de tout ça, ce sens miraculeux, désinvolte, de la mélodie. Les envolées couillonnes qui font oublier le morveux de l’affaire, les croûtes de fluides figés – Pokin’ Around, tiens... La fange et le soleil en face. Voilà encore un de ces disques de branleurs têtus, d’acharnés dégingandés à quoi on ne trouve rien à répliquer, redire, opposer. Enfin… "Check Out Time" : revoilà l’orgue. Il a repris du gras, même si la perspective joue toujours le plat, l’asséché, dans le traitement sonore, la production. Ce disque tache, sur fond aride. Ça boira mieux les éclaboussures. Ça fait deux fois ici, ce soir, qu’il passe. Mudhoney vise au jugé. À l’arrache et sans rien lâcher – malaise et réjouissances, plaisir animal et nausée – celui-là fait bien mouche. Il reste de la bibine... Il y a des nuits, comme ça, où on se tient ainsi chaud. Où on n'a besoin de rien de plus ni de rien d'autre.

note       Publiée le lundi 31 août 2015

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WZX › dimanche 9 août 2020 - 15:38  message privé !

Ce titre d'intro, c'est quelque chose quand même, on dirait presque que Catherine Ribeiro et Alpes vont débarquer. J'aime ce côté "t'as crû ? ah ba non on retourne sur du rock qui tache"

WZX › lundi 19 novembre 2018 - 21:43  message privé !

"De la pure libération", ouais carrément, on sent qu'il faut que ça sorte. C'est totalement imparable, mélodiquement et groovistiquement parlant. Niveau son, c'est bien chargé. Alchimie pas commune.

Dioneo › jeudi 7 avril 2016 - 01:21  message privé !
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Le passage que tu cites et le vis-avis proposé... Pire ou plus que des versions alternatives, ce sont deux moments de la même nuit matte (où l'obscurité - même s'il est au vrai midi - vient surtout des paupières crottées-collées... (Ctrl-cis'/ctrl vice, j'allais dire, mais ça doit valoir pour toutes les autres combinaisons de genres et de morales outragées possibles)).

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Raven › mercredi 6 avril 2016 - 11:13  message privé !
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Pas mon Mudhoney préféré, mais putain, comment ai-je pu oublier "Check out time"?!...arrrghl...là, oui, c'est fatal, du blues de calibre Why I Hate Women. Grand morceau. Mudhoney c'est pas juste ce groupe de cancres sympathiques qui font du garage grunge sympatoche c'est ça leur épice secrète : y a quelques chansons d'eux- certes rares- qui te sapent l'humeur, comme celle-là. Le passage de la chro sur le "on a glissé" dans les draps pas changés (l'autre version c'est "on fera pas de bêtises promis", c'est ça ?) lui colle à la peau.

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Dioneo › mardi 1 septembre 2015 - 18:26  message privé !
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Et... Je crois que tu as parfaitement raison. J'm'en va corriger ça.

(J'allais dire "où avais-je la tête au moment de vérifier ça" mais.... outre que ça appellerait facile des plaisanterie graveleuses, je connais en fait parfaitement la réponse : dans des breuvages qui convenaient bien à la poisseur de l'air et de la musique (avec des titrages assez belges). Hmmm. Passionnant, ouais, je sais).

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