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Gustaf Allan Pettersson (1911-1980) › Symphonies n°10 et 11

  • 1997 • CPO CPO 999 285-2 • 1 CD

cd • 2 titres • 52:45 min

  • Symphonie n°10 (1970-72)
  • 11-5 27:10
  • Symphonie n°11 (1973)
  • 26-10 25:30

enregistrement

Enregistré en novembre 1993 (n°11) et septembre 1994 (n°10). Ingénieur : Manfred Kietze. Producteurs executifs : Burkhard Schmilgun, Hansjoachim Reise

line up

Radio-Philharmonie Hannover des NDR, Alun Francis (direction)

remarques

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
near death experience

"Dans le tunnel de la mort où je vis à présent, il n'y a pas d'hommes, pas de divinité, rien de vivant sinon moi, solitaire et abandonné de Dieu." Je ne suis qu'un corps qui meurt en poussant des cris de souffrance. Empoisonné par ses propres médicaments, sans réel espoir de survivre... des mois de dialyse et d'hôpital qui ne mènent à rien. Ce n'est donc pas fini... la vie résiste, et la douleur avec elle. La musique n'est pas morte. Dans le tunnel de la mort, oui, j'entends encore... j'entends les cuivres qui dissonent, les cordes qui s'effarouchent en tout sens, les flûtes qui hurlent, l'orchestre qui s'entrechoque et la caisse claire qui roule. Je vois que la souffrance refuse de lâcher prise, qu'à terre on te piétine encore ; et j'entends ma dixième symphonie. Je l'entends lutter contre la mort, avec hargne et violence. J'entends l'épouvantable fracas de la forge de mon père, les hurlements des femmes, je sens les vapeurs dégueulasses qui collaient à nos rues, à nos murs, à notre peau. Je revois les difformités industrielles qui étaient notre paysage, notre nature... et je ressens la vie, qui continuait de battre malgré tout, dans les cœurs, dans les yeux, dans les âmes, et qui m'habite encore. "L'intention première était la vie, et non la mort. Quand elle arrive, elle surgit comme un arrêté gouvernemental. Je ne peux l'accepter comme mienne, car elle ne s'accorde pas avec ma volonté de vivre." On va faire court, "un coup de poing dans la figure". Tu croyais tout savoir de moi... tu croyais que tu en avais fini avec moi... mais comment peux-tu prétendre savoir ce que je suis, puisque tu es la mort, et que je suis en vie ? Et que ma musique EST la vie. "Vous pouvez garder votre crainte et votre angoisse de la mort, protégés par l'église, la société, et vos prochains, sans aucune miséricorde désintéressée. Ma mort m'appartient, m'appartient à moi seul." Moi mon message est pour les petits, les faibles et les sans droits : mais toi, Dieu de merde!, quel était ton message ? Qu'as-tu voulu me montrer en me clouant là, sur ce lit médical, à quoi sert cet antichambre où j'attends depuis des mois ? La vie est courte, violente, difficile ? Telle est ma symphonie, et je te l'envoie à la gueule, toi l'imposteur céleste, le refuge des aveugles. Ma musique est la vie, elle est ta négation. Mes symphonies sont des océans. Elles sont criblées d'orages, de creux et de ressacs, de fracas indomptables et de violence déraisonnée. Et pour le voyageur, il n'est de repos qu'angoissé et maladif, au hasard d'une "île lyrique", tout au bout du voyage selon mon bon vouloir. Voilà. C'est fait. Je t'ai vaincu. Et en 25 minutes. Depuis mon lit et mon corps agonisant je t'adresse ma dixième symphonie comme le signe de celui qui ne t'obéira pas plus qu'il ne l'a jamais fait. Père, prof, patron, maladie et la mort : personne, jamais, ne me fera obéir. "Dans le milieu hospitalier où je vis à présent, je prends conscience d'une force singulière en moi. Je suis assis sur le lit, je compose de la musique qui n'a rien à voir avec le monde de l'ultime station : une musique empreinte d'une vie qui lui est propre. Que quelque chose en moi garde son intégrité, sans se laisser détruire, me remplit d'étonnement, comme le ferait un miracle." Et je veux que ma onzième démarre sur cette paix, cet espoir. Je me remets peu à peu sur mon lit d'hôpital, les médecins sont confiants. Que mes pieds ne puissent plus me porter et que mes mains ressemblent à deux vieux fagots n'émeut plus personne depuis longtemps. On a juste évité de crever, quoi... mes os, eux, s'en foutent bien de la vie... et ils continueront encore, jusqu'au bout, de se déformer, de se disloquer, et me faire souffrir à en perdre la raison. Je n'ai donc plus à combattre la mort, Alleluia! je peux désormais jouir en pleine conscience et sans inquiétude de toutes mes douleurs articulaires, rester immobile sur mon lit pendant des heures, et tout le temps nécessaire à me souvenir des miens, les cafards, les parias, qui continuent d'être le flot de vie qui remplit, anonyme, nos rues de ses soupirs. Oui, la musique est un miracle. Trop précieuse pour être souillée, trop importante pour servir de plaisir, trop puissante pour ne pas être une arme. Ma onzième portera la cicatrice de la mort, constamment sous la menace. Je la veux belle et obscure. Un voyage dans les limbes au déroulement difficile, où les voix de chacun à nouveau se mêleront et deviendront incompréhensibles : car c'est ainsi que nous sommes emmurés, nous les faibles, les sales et les pauvres, dont les cris, les chants et les espoirs sont voués à disparaître dans le vacarme des gourbis où l'on s'entasse. Un voyage dans les limbes avec ceux qui y vivent. ceux qui y pleurent, y chantent, y prient. On entendra leur plainte le long des murs noircis, on entendra la pluie qui épuise les corps, l'orage qui change nos rues en boue, les coups de poings dans la gueule et les brûlures au fer, les longs moments d'angoisse... terré dans les ténèbres. Ce que j'ai appris là-bas, dans le noir, tout au bord de la fin, c'est qu'il n'y a pas de temps à perdre, pas d'explications à donner, pas de complaisance, et que si il y a bien un espoir, oui, je l'ai éprouvé, c'est celui d'un dieu qui n'existe pas, c'est celui d'une vie plus forte que tout, car c'est dans l'horreur et l'angoisse, la souffrance et la peine qu'elle puise son énergie. Et ma musique est la vie. "L'ange de la mort est une image poétique pleine d'hypocrisie. La mort n'a rien à voir avec la miséricorde. [...] On doit construire sa propre église dans son cœur, c'est alors plus simple, et l'innocence, la bonne volonté, sont le manteau protecteur."

note       Publiée le lundi 11 novembre 2013

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