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Killah Priest › Heavy Mental

  • 1998 • Geffen GEFD-24971 • 1 CD

cd • 20 titres • 74:13 min

  • 1Intro
  • 2One Step
  • 3Blessed Are Those
  • 4From Then Till Now
  • 5Cross My Heart
  • 6Fake MC's
  • 7It's Over
  • 8Crusaids
  • 9Tai Chi
  • 10Heavy Mental
  • 11If You Don't Know
  • 12Atoms To Adam
  • 13High Explosives
  • 14Wisdom
  • 15B.I.B.L.E.
  • 16Mystic City
  • 17Information
  • 18Science Project
  • 19Almost There
  • 20The Professional

enregistrement

1997-1998 (1995 > "B.I.B.L.E.")

line up

Killah Priest (MC)

Musiciens additionnels : Gza/genius, Inspectah Deck, Killah Priest, Ol' Dirty Bastard, Shanghai the Messenger, 60 Second Assassin (MC's), 4th Disciple, Y-Kim the Illfigure, True Master, Father Lord, Arabian Knight, John The Baptist (productions), Tekitha (chant sur "One Step")

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
wu-tangien ésotérique

Pardonnez-moi, mon père, car j’ai péché. "Que le Seigneur vous inspire les paroles justes et les senti­ments vrais pour confesser vos péchés, mon fils". Mon père, il m'est arrivé de douter de l'utilité des chroniques de hip-hop dans les pages de Guts Of Darkness. Il y a de cela quelques mois, en proie au doute, perdant la foi - que Progmonster me pardonne - je me suis même demandé si ce choix était le bon. Je dois vous avouer que ma propre existence elle-même me semblait caduque, et que j'ai été hanté par les pensées les plus noires ; alors la musique... Ce n'était plus qu'un détail sans aucune saveur ni importance. Et puis savez-vous ce qui s'est passé, mon père ? Dans un de ces moments de silence total, éloigné du chemin de la vie, un sifflement a commencé à résonner dans ma tête, comme une lumière me guidant dans la nuit... J'ai siffloté, comme l'homme à l'harmonica, et... qu'est-ce que je sifflotais ? Oui, ça m'est revenu lentement... "From then till now"... l'obscure Marion... ce morceau qui résonnait dans la plus belle scène de Ghost Dog et qui n'a pourtant pas fini sur la bande originale compilée... Un signe, mon père ! Une lanterne dans le brouillard, guidant les bretteurs égarés, et le plus mystérieux passage d'un disque au moins à sa hauteur, signé Killah Priest, ce rappeur israélite des Sunz Of Man dont on a pu constater la lente ascension au fil de ses apparitions sur des albums qui... eh bien des albums qui sont pas trop de la merde quand même - pardonnez mon langage mon père mais c'est ainsi - notez donc : Six Feet Deep de Gravediggaz, Return to the 36th Chamber de Ol' Dirty Bastard, et puis enfin Liquid Swords de GZA, et son titre final, l'étrange "B.I.B.L.E.", qui n'était pas bien à sa place dans ce disque froid et sec comme un cou de trique, tellement il embaumait d'une toute autre mystique... Et qui est nettement plus dans son élément sur Heavy Mental. Car tout le monde sait que GZA ne pose strictement aucun vers dessus, même les pauvres agneaux perdus dans les religions orientales et les pugilismes de bridés ! Pur placement de prophète du mic, mon père, magique et magnétique, comme "One Step" et ce chorus r'n'b qui ne minaude pourtant pas des bagatelles : "tes bras sont trops courts pour boxer avec Dieu". "Basic Instructions Before Leaving Earth" est bien un des titres auxquels je pense en premier quand je pense aux années 90, mon père. Ce rire d'enfant, quelle glu mentale, Dieu m'en soit témoin : ça m'a collé au cortex comme le refrain alien de ce tube de Babyloon Zoo... mais le rap qui opère dessus est d'un autre musc évidemment. Killah Priest n'est pas un MC très commun, il ne cite pas les capuchards du quartier, ni Rakim, mais Le Seigneur lui-même, et ça sera ma façon la plus évocatrice de résumer la mentalité de ce rappeur, mon père. Esotérique-théologique et totalement dévoué aux saintes écritures qu'il confronte à l'univers immoral du gangsta rap. Mais s'il est sombre et austère à souhait, Heavy Mental est un album d'une incroyable fraîcheur enrobée d'une étrangeté certaine. Ce boom bap parle à mon âme, mon cœur et mes cervicales, comme la ligne de basse onctueuse de "Atoms to Adam". Frais, et mystique, autant que crépusculaire, noir même, et d'une densité rare qui en fait un album se redécouvrant au fil des années. Placé à la suite des prestigieux premiers solos du Wu-Tang auxquels il n'a rien à envier, tout en déployant un son tout à fait singulier : 4th Disciple et Y-Kim étirent des boucles différentes du style sec et revêche de RZA mais savent aussi être de parfaits substituts à son style - à la fois radicalement boom bap, et amples, parfois évanescentes... Rampantes ou en lévitation. Killah Priest même s'il ne rechigne pas à se laisser aller à la violence la plus primaire en duo avec le crasseux drogué ODB, est très axé spiritualisme hébreu ; assez cocasse mon père, mais c'était très atypique chez les rappeurs, comme une frange parallèle aux MC's musulmans en supériorité numérique logique. Heavy Mental embaume de cette aura religieuse, l'ambiance est nettement plus Pentateuque que Shaolin ou Black Power malgré les beats art-martial souvent en combat rapproché et des invités massifs dont on ne présente plus les faits d'armes : le son envoûtant d'une puissance compactée en statue d'ébène au sommet d'un temple érigé sous les étoiles, le flow d'un dixième membre du Wu-Tang qui aurait pu y avoir toute sa place au lieu de Cappadona... Heavy Mental égale au moins Liquid Swords, même s'il se situe à un autre niveau que le dojo et que son but est différent, malgré son dernier tiers plus générique (excepté le ténébreux "Science Project"), malgré sa longueur... Et certains de ces titres le transcendent même, sans hésitation, et en toute subjectivité bien sûr... Heavy Mental est, comme Soul On Ice de Ras Kass, un de ces albums cultes dont (par définition) on se chuchote le nom à l'oreille entre initiés. Comme un goût de prophécie murmurée dans les coussinets des gros casques audio... Alors mon père, pardonnez-moi : car j'ai péché d'attendre si longtemps pour archiver dûment Heavy Mental dans les pages sombres et expérimentales de mes maîtres, alors que le titre éponyme placé en son milieu est un des trucs les plus gutsiens jamais enregistrés dans le sillage du Wu. Et pardonnez-moi, enfin, car je sous-note cet album, le châtiant de son embonpoint de roi repu, qui rend son écoute intégrale un peu laborieuse... Je ne suis que disciple, je m'agenouille respectueusement à l'écoute de "Tai Chi", guerrier en recueillement... "Mon fils, que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde et vous accorde la paix."

note       Publiée le mercredi 22 avril 2015

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Note moyenne        2 votes

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nowyouknow › mercredi 22 avril 2015 - 17:29  message privé !

faut que je me le fasse celui là!

dimegoat › mercredi 22 avril 2015 - 08:47  message privé !

Bizarrement, ce Heavy Mental ne m'a jamais trop accroché l'oreille mais cette fournée de Killah Priest me redonnera envie de tenter l'expérience. Par contre, je suis totalement fan de son (double!) album de 2013, The Psychic World of Walter Reed. 2h de bonheur qui glisse tout seul