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Gustaf Allan Pettersson (1911-1980) › Symphonie n°9

  • 1994 • CPO CPO 999 231-2 • 1 CD

cd • 1 titre • 69:52 min

  • 1Symphonie n°9 (1970)69:52

enregistrement

Enregistré à Berlin du 9 au 13 aout 1993. Ingénieur : Manfred Hock. Producteur : Wilhelm Mateyka 1994

line up

Deutches Symphonie-Orchester, Alun Francis (direction)

remarques

chronique

"Lorsque la vie fait voler la cruche en éclats, le maître peut produire une autre pièce. Si je meurs, je suis réduit à néant. Mais le maître vit toujours - le créateur est là." Oui, si je meurs... Je dois prendre tellement de médicaments pour survivre à la douleur de mon corps que mes reins sont en train de me lâcher. Ma vie s'en va. Cela fait maintenant plusieurs années que je ne suis pas sorti de mon appartement ; je ne perçois de l'extérieur que le bruit, la présence agitée de la ville de l'autre côté de la fenêtre. J'en suis là. Au bout de la souffrance et de la paralysie se tient donc la mort. C'est là tout. Comment fait on pour écrire sa dernière œuvre ?... Comment couronne-t-on une vie d'exclu, une existence de luttes, 60 ans de fierté ? Ma musique est la vie, l'agitation de ce monde qui court aux rythmes accélérés des cadences de travail, le tapage intempestif, la grisaille sur les murs. Mes symphonies sont des océans, des blocs indestructibles, longues comme une vie entière. Et si ma vie doit s'éteindre... alors cette neuvième symphonie doit vivre, plus vite, plus intensément, sans prendre le temps de souffler, de se plaindre ni de douter. Il faut aller droit au but, fini les métaphores, la lente marche des affligés est dans les faits une vie agitée, semée de discordes, de bruits et de messes basses. Ces longues plages de ténèbres auxquelles je me suis adonné ne sont pas les lieux mal famés, bruyants et grouillants où survivent mes semblables... cette superposition permanente d'événements, de paroles et de gens dans le chaos de laquelle l'enfant que j'étais se frayait son chemin... cet amas d'existences en lutte désordonnée, dont je suis au spectacle, étranger et paralysé, prisonnier derrière ma fenêtre. Il faut vivre, toujours avancer. Il faut que le rythme impose sa cadence permanente, comme le temps de ces journées qui nous échappent ; chez nous les journées sont trop courtes pour vivre et comprendre à la fois. Les mélodies doivent aller vite, des montées chromatiques qui filent comme des orvets, et la caisse claire rouler sans relâche, comme ces ordres qui nous tabassent et nous obligent à toujours avancer. Ce n'est plus la peine de prendre le temps d'exprimer les choses, les gens de toute façon ne s'écoutent pas. Les voix passent les unes aux dessus des autres dans un fatras absurde et incompréhensible : je les entends, qui se mêlent, s'insultent et s'ignorent, au travers des murs et des planchers. Puisque la vie ne me laisse pas le temps de les raconter les uns après les autres, je vais les dire en même temps. Les snobs prendront bien la peine après ma mort de décortiquer ma partition pour en isoler chacun des innombrables discours. Cela commencera par une éclosion de mélodies inquiètes jouées par des cuivres graves et étouffés, des basses clarinettes. Durant plusieurs minutes, comme des serpentins jetés vers le ciel, elles viendront agiter un arrière plan de cordes aigus, tendu comme un fil d'acier. À mesure que les paroles émergeront et que les mélodies passeront d'un instrument à l'autre comme on échange des masques, la caisse claire imposera sa cadence, les tubas et les clarinettes pulseront comme les rouages d'une machine à vapeur, les mélodies seront effrayées, fuyantes, innombrables... et avant que l'on ai pu s'en rendre compte, on se retrouvera perdu au cœur d'un labyrinthe d'informations, obligé à ne rien comprendre... condamné à être stupide. Ha, ha... je les entends encore : ce n'est pourtant pas bien compliqué d'obéir! Le rythme vous est donné : Clank! Clank! Clank! suivez la cadence, suivez la cadence... mais comment faire au milieu de toutes ces voix, de tous ces ordres, de toutes ces vies qui s'entrechoquent, se détruisent ou s'appellent à l'aide ? "Je me considère comme un témoin qui a survécu à cette époque [dans les slums de Stockholm]. Une vie dans la misère, la maladie, l'alcoolisme et les humiliations. Nous habitions à Nytorget dans une petite cave, un vrai trou, avec des grilles devant les fenêtres." Tout ce qui se bouscule dans ma tête, tout ce que les petits m'ont chargé de dire, toute cette malveillance, toute cette folie... toute cette agitation, et toute cette souffrance... deux oreilles, un cerveau et un cœur, des tripes, c'est au moins cinq musiques différentes que l'on peut écouter en même temps, et d'ailleurs peu m'importe d'être lisible ou non. "La plus grande part de l'humanité ne s'intéresse nullement à la musique et même l'éducation ne peut l'amener à s'y intéresser. On ne peut pas exiger d'un voyageur du métro qui regarde droit devant lui qu'il vienne s'asseoir dans une salle de concert, les oreilles grandes ouvertes, pour écouter de la musique". Alors puisque seuls les snobs auront accès à ce message : que leur prétendue science leur serve à percevoir distinctement les innombrables fils dont sera tissé mon monument final. Oui, on se penchera sur ma partition ; une fois de plus, on ne m'y comprendra pas, mais, une fois de plus, on ne pourra qu'être frappé par la splendeur acoustique, l'épanouissement aux frottements vénéneux et sublimes des timbres et des ombres, la maîtrise implacable des creux et des densités. Car c'est bien de beauté dont je rêve. Et parce que la musique est ma vie. Si ma vie doit finir, je veux finir cette symphonie en musicien, amoureux des instruments, des notes, des sons. Lorsque le chaos aura atteint son paroxysme, que les voix cumulées auront pris tout l'espace et que les cuivres hurleront leur dissonances aveuglantes, alors une forme de calme pourra revenir et s'installer, pour plus d'une demi heure de musique solitaire, sonore et désolée. Et tout cela doit vivre, exister, résister. Il faut que la pulsation ne cesse jamais... jamais... caisse claire militaire, bois réguliers, pizzicati, des crissements courts de violons déchirants qui se répètent encore et encore... il ne faut pas que la pulsation cesse... la vie ne doit pas s'éteindre, cette symphonie ne peut pas s'éteindre. Cela n'est pas tolérable. Je manipule l'angoisse et l'humiliation, la raison, la douleur. Même si c'est au travers des limbes qu'il nous faut avancer, je ne m'arrêterai pas... si ma vie semble s'éteindre, se réduire peu à peu, alors c'est en combattant encore, à coup flûtes vindicatives, de roulements de timbales, d'harmonies de pétrole et de cordes effarées que ma symphonie doit poursuivre la route plus silencieuse qui conduit à la fin. Mais elle ne doit pas s'éteindre. Cette symphonie ne peut pas s'éteindre... jamais... ce n'est pas tolérable. "La peur de la mort naquit lorsque l'homme commença à identifier à un inconnu incertain la cruauté de la nature et des hommes. Pleine d'effroi, la peur fut repoussée dans l'obscurité."

note       Publiée le lundi 11 novembre 2013

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