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Gustaf Allan Pettersson (1911-1980) › Symphonie n°6

  • 1993 • CPO CPO 999 124-2 • 1 CD

cd • 1 titre • 60:38 min

  • 1Symphonie n°6 (1966)60:38

enregistrement

Enregistré en mai 1993 à Berlin. Ingénieur Erdmann Müller. Producteur : Wilhelm Mateyka.

line up

Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Manfred Trojahn (direction).

remarques

chronique

"ce n'est pas que je pense que ma propre musique soit géniale..., les autres analyseront peut-être les choses de cette manière..., mais elle me procure quelques brèves minutes de repos." La maladie s'acharne. Je ne pouvais plus jouer, je ne peux désormais même plus écrire. Lorsque je regarde le manuscrit de ma dernière symphonie en date, avec mon écriture si nette, si propre, et que je sens la douleur dans mes mains au point de devoir finalement lâcher la page, cela me fait presque sourire. Je me déplace avec douleurs, et je mets de plus en plus de temps, et d'efforts, à pouvoir continuer de composer. Trois ans... trois ans que je travaille sur ma nouvelle symphonie, et la douleur augmente. À 55 ans, celui qui s'était extrait de la fange en jouant du violon a maintenant les mains difformes, et s'il ne peut même pas écrire... Ce n'est pas le début de reconnaissance microcosmique dont je jouis qui calmera mes articulations, ce n'est pas la pension d'encouragement de l'État qui éloignera mon destin de celui des opprimés ; tout cela n'est que l'embryon de la moindre des choses, après la splendeur glacée de ma cinquième. Ce ne sont pas quelques amateurs suédois bien placés qui doivent porter attention à mon message, mais le monde entier, car il est universel. "Je veux être le porte parole des faibles, de ceux qui ont le plus de problèmes. Cela est valable pour des gens en Suède ou bien au Chili et en Afrique du Sud." Car la vie ne lâche jamais les exclus et les humbles, je suis né dans la boue et je m'en suis extrait par la foi et la lutte... mais la maladie veut me ramener dans la misère. Composer est mon seul réconfort. Peu importe la difficulté et la lutte : j'ai toujours su lutter. Mes symphonies sont des océans... de longues traversées, sur une embarcation fragile. Car ma musique est la vie, et la vie est un tourment. Une sixième symphonie, une nouvelle épreuve de silence et de nuages ; une nouvelle heure à craindre l'ondulation reptile des contrebasses et des bassons, tapis dans les ténèbres. Je veux montrer l'errance d'une vie désolée qui mène au ciel sans joie, sans couleur ni chaleur. La procession des miséreux se fait sans bruits et sans heurt, loin des regards, personne ne les entend. Mais mon corps se déforme et mes mains m'ont abandonné. Alors je veux que des vols de violons stationnent sur un aigu durant de longues minutes, transperçant de leur cri linéaire les vagissements d'un orchestre qui se décompose en une éruption noire de dissonance liquide et de coups de timbales. Ce n'est pas du cinéma. Je vis désormais la malveillance du destin jusque dans ma chair, ce n'est pas du spectacle. Ce ne sont pas les portes de l'enfer que je vous ouvre, avec leur lot d'excès sonores et de violence gratuite : ce sont les entrailles de la terre, ce sont les portes de ma vie. Ce n'est pas de la douleur qui défoule, de la puissance qui galvanise. C'est de la douleur qui dérange, qui malmène, qui frustre... ce sont des apothéoses avortées. Car l'horreur n'est pas dans la puissance des événements, mais dans leur nature même. L'horreur n'a pas besoin de violence pour frapper un destin, pour disloquer un corps. L'horreur, c'est un espoir qui s'éteint, une force qui abandonne, un corps qui vous déteste ; c'est une lente progression harmonique de cordes d'outre tombe et de cuivres abyssaux, dont la force progressive, la marche volontaire et l'ampleur qu'elle déploie finissent transfigurées et réduites à l'impuissance dans l'immondice impitoyable et laide de la dissonance la plus écartelée. Mais je n'ai pas de haine. "Les esclaves noirs chantent au travail, les soldats chantent à la guerre. Cela les fait avancer, ça leur donne le courage de continuer. Lorsque l'on a dominé sa propre peur et qu'on l'a transformée en art, cet art devient message.". Et si je veux montrer l'horreur, je dois aussi chanter la souffrance de l'exclu, et la beauté du pauvre. Car la vie est d'abord la marche lente vers la mort, au travers de la nuit permanente, du silence de la solitude, de la cendre du quotidien. La vie est d'abord ce statut d'invisible, cet isolement sordide dans le néant duquel le petit attend patiemment que la mort le libère. Mes symphonies sont comme la vie, des océans de désolation, une errance dans le noir de tensions souterraines, de tristesses interdites, une heure de ténèbres tendues à l'extrême où les cordes les plus profondes tapissent le vide durant de longues minutes, avant que ne s'agitent le destin et les cuivres, la misère et la douleur atroce des aigus les plus dures. Je n'ai pas de haine. Je montre la noblesse de leurs visages, la douceur de leur foi qui luit dans le noir alentour. Je ne suis pas dans la haine, mais dans la compassion. Les infinies plages de silence de cette symphonie sont marquées de la beauté irradiante d'une tristesse mélodique profondément humaine, à la retenue sévère et aux épanouissements interdits. "Quelqu'un dit un jour que je composais parce-que je m'apitoyais sur mon sort. Je ne l'ai jamais fait, je n'ai jamais pu pleurer. Je suis capable de m'apitoyer sur les autres mais pas sur moi. J'ai du mal à haïr les hommes, mais ceux qui s'apitoient sur eux-mêmes, ceux-là je les hais.".

note       Publiée le lundi 11 novembre 2013

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MaxwellsDemon › vendredi 15 avril 2016 - 13:59  message privé !

a dans 2 ans les choux !

Khyber › vendredi 15 avril 2016 - 10:40  message privé !

A noter que Christian Lindberg est en train de doucement boucler son cycle de relectures de l'intégrale des symphonies d'Allan Pettersson avec le Norrköping SO. Tout ça en SACD chez BIS, c'est du caviar: http://www.norrkopingssymfoniorkester.se/orkestern/aktuellt/allan-pettersson/inspelningsplan-foer-allan-pettersson-projektet