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Funkadelic › Free Your Mind... And Your Ass Will Follow

cd | 6 titres | 31:03 min

  • 1 Free Your Mind and Your Ass Will Follow [10:04]
  • 2 Friday Night August 14th [5:21]
  • 3 Funky Dollar Bill [3:12]
  • 4 I Wanna Know If It’s Good To You ? [5:59]
  • 5 Some More [2:56]
  • 6 Eulogy And Light [3:31]

enregistrement

Enregistré par Ed WOLFRUM et Milan BOGDAN. Produit par Geoge CLINTON. Producteur exécutif, Armen BOLADIAN

line up

George Clinton (voix), Ray Davis (voix), Tiki Fulwood (batterie), Fuzzy Haskins (voix), Eddie Hazel (guitare lead), Billy "bass" Nelson (basse), Tawl Ross (guitare rythmique), Calvin Simon (voix), Grady Thomas (voix), Bernie Worrell (claviers)

chronique

Styles
black music
blues
funk
soul
rock
psychédélique
Styles personnels
the kingdom of heaven is within

Bien sûr qu’elle compte : la Couleur. Celle de la peau, celle de la rue, des rues autour, du voisinage. Ça n’est pas une question de race, d’ethnologie, de théories superstitieuses. C’est social, historique, génétiquement détourné. C’est humain. Comme l’étreinte, comme un coup de brique. Comme une trahison. Comme frères et sœurs. Comme l’amour, la drogue et l’ennui. Comme de crever au coin de la rue, Rejoindre la Cause ou descendre à la cave… Il y avait tous ces hippies de bonne famille, des classes moyennes, avec leur liasse au fond du sac, petit passeport précieusement gardé pour regagner en cas de coup dur le pavillon parental. Au cas où la Révolution ferait faillite une saison de trop. De fait, ça n’a pas raté. L’alternative psychédélique - acides, rock’n’roll, galetas et Amour Libre - s’est bien vite ravalée au rang de marché parallèle, réduit à ces quatre seuls éléments vidés de leur substance, de leur potentiel de renversement. En dépit - ô grand dépit - des premiers élans de liberté, des bonnes idées du départ. Et puis il y avait ces types et ces filles des taudis, parqués dans leurs réserves ; cantonnés au folklore, aux yeux des nations, dans leur propre pays. Ceux-là n’eurent guère le choix : de ce qu’ils embrassaient, il leur fallait tout prendre. En entier, et dans le détail. S’ils n’avaient, comme disait l’autre, ‘rien d’autre à perdre que leurs chaînes’, ceux-ci savaient bien aussi tout ce qu’ils avaient à y gagner. Leur propre vie, ni plus ni moins. Le son de Funkadelic, à cette époque, c'est encore le bruit que font les humains en s’emparant de leur existence, pour leur propre compte et sans demander la permission. Alors forcément, il y a excès. Le LSD s’écoule sans compter. La production est brute, énorme, sommaire. Le fuzz des guitares grésille sans pitié aux membranes des amplis, en vagues, en solo sans fin, en wha tranchantes, en grooves chargés jusqu'aux yeux. L’orgue est gorgé d’une même électricité, saturée à l’extrême, acide à faire monter les larmes. La batterie fracasse tout, enfonce ses syncopes dans les crânes et les entrailles. La basse fait sauter les clous. Et les voix… Les voix deviennent folles, déployées en chœurs sublimes et grotesques, hurlées toujours avec l’implacable justesse, pour toucher le ciel et fendre les murs. Le tout, bien sûr, dans la débauche stéréophonique, rebondissant et tournoyant d’une enceinte à l’autre le flot de rythme, de parole, de mélodie vivace. Il y a dans cette musique noyée d’échos, hantée de timbres déformés, toute une charge d’émotions, de joies, de rages trop longtemps comprimées, de frustrations qui se brisent en rires inextinguibles. Une intelligence à l’œuvre, aussi : fulgurante, instantanée, qui ne s’embarrasse pas de programmes et de motifs. À l’axiome pop : ‘un peu de chaque chose bien dosée, pour avoir une chance de plaire à tout le monde’, Clinton et son gang répliquent par la déferlante : trop de tout, afin que chacun se prenne en pleine face le prix du rêve et le poids du réel. Car au fond rien ne se perd, en ce somptueux chaos, en ce lâcher prise intégral. La lucidité qui fait mal, qui libère ou qui démange, ne s’émousse pas un seul instant. Les paroles balancent un humour féroce, le regard et la plume saisissent tous les détails d’une misère entretenue, d’une mauvaise faim de papier vert qui étouffe toute âme, toute chaleur naissante ; le désespoir de la vie mutilée est retourné contre lui-même, en éclats sardoniques, en répliques imparables ; la chair est là aussi, bien sûr, avec ses sécrétions, ses manques et ses frénésies : affirmée, jetée crue, dévorée dans le ravissement ; tous les élans vitaux, les plus nobles et les plus vils, bien mêlés pour qu'on sente à quel point ils se causent en intimes. Rien ne se délite, non plus, de cette science pragmatique, de cet art de contrebande, de ce savoir brillant du jeu, des arrangements, emmagasinés depuis des décennies, des siècles, dans les cellules où l’Amérique séquestrait ses parias, ses amuseurs. Grossis par l’amplification, dilatés par les substances, déchirés par l’ironie et par l’exultation, ce sont les riffs des vieux blues, des rythmes de danses qui sont un siècle d’histoire (souterraine et publique), les harmonies complexes et décalées, polymorphes, de ces chants d’églises qui furent signal d’évasion, vers les Cieux ou le Canada. L’expérimentation, dans un tel contexte, à tout de l’instantané, de l’acte perpétré dans l’urgence, parce que c’est ça qu’il faut faire. Bandes à l’envers, ritournelles obsédantes de clavier, mises en boucles et en panoramiques… Tout fait sens et mystère. Presque quarante ans plus tard, rien n’a moisi, rien ne s’est desséché… Et les perruques, les colifichets, queues de renards et montures improbables, ne dissimulent rien : sous leur souveraine décontraction, ces types-là ne cherchent même pas à cacher qu’ils savent encore manier la lame si la situation l’exige. S’ils prêchent la paix, ça n’est pas mus par la peur ni pour cacher une impuissance : c’est qu’ils ont mis la main sur eux-mêmes, dans cet effort violent où l'on dépasse l'ordure et l'épuisement ; après quoi tout existe encore, de part et d'autre de la peau. ‘Libère ton Esprit et ton Cul suivra’. Ça n’a rien d’un boniment. Ça n’est pas un sarcasme, même pas, ni une pauvre provocation. C’est une philosophie, vitale et directe, riche et dangereuse. Ne compte que sur toi, sans t’abstenir d’aimer. Existe sans excuse, toujours au-dessus de toi-même. Une voie directe, exigeante, physique et supérieure dans l'ordre des raisons. La seule forme du Cool qui ne soit pas une pose. C'est revenir de loin.

note       Publiée le jeudi 30 avril 2009

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Tallis › mercredi 20 novembre 2019 - 19:32  message privé !

Rhâââââ, ça faisait longtemps et ça fait toujours autant de bien. Et la chronique frappe toujours aussi juste, elle aussi.

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(N°6) › samedi 25 mars 2017 - 11:37  message privé !
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L'album est magistral (la chro aussi je dois bien dire).

Jean Pierre Moko › mardi 16 décembre 2014 - 20:31  message privé !

source de plaisir

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Seijitsu › dimanche 14 octobre 2012 - 21:26  message privé !

Je l'ai ressorti celui-ci aussi. Très différent du One Nation mais je l'aime tout autant. Psyché sans être barbant, avec un son de guitare absolument démentiel (on dirait du Big Black avant l'heure sur un truc comme "I Wanna Know If It’s Good To You"). Essentiel.

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Dioneo › dimanche 27 mars 2011 - 10:56  message privé !
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Ils posent souvent la bonne question, oui... Aussi.

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