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Cypress Hill › III : Temples Of Boom

cd | 15 titres | 55:56 min

  • 1 Spark Another Owl
  • 2 Throw Your Set In The Air
  • 3 Stoned Raiders
  • 4 Illusions
  • 5 Killa Hill Niggas
  • 6 Boom Biddy Bye Bye
  • 7 No Rest For The Wicked
  • 8 Make A Move
  • 9 Killafornia
  • 10 Funk Freakers
  • 11 Locotes
  • 12 Red Light Visions
  • 13 Strictly Hip Hop
  • 14 Let It Rain
  • 15 Everybody Must Get Stoned (Bonus Track)

enregistrement

1994-1995.

line up

B-real (MC), Eric Bobo (percussions), Dj Muggs (production), Sen Dog (MC), Shag (MC)

Musiciens additionnels : Rza (MC), U-god (MC), Red Dog (basse, orgue)

remarques

Sorti le jour de Halloween.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
ghosta rap

Trois mots : I. Marijuana. II. Latino. III. Satan. Le meilleur Cypress, peut être de justesse comparé aux deux qui l’entourent, mais le meilleur, assurément. Echos de cantatrice au loin, haillons de mélodies, jazz d'outre-tombe, ambiance de vieux polar, chants bouddhistes, sitar, conga, orgue… une chènevière infestée de zombis dans une dimension parallèle entre Los Angeles, Cuba, l’Orient et l’Au-delà. Et au milieu, un homme-canard déchiré qui balance son flow haché menu avec la précision d’un chef japonais débitant son sushi en rondelles. Des corbeaux avec des ailes en cannabis volent dans un ciel gris, et sous cette voûte céleste pourrissante un ex-gangster/dealer nasillard crache son fiel, sur des beats assassins, un Death Daffy Duck pété nommé B-Real, rappant jusqu’à l’épuisement avec ce timbre de crevard identifiable entre mille (le David Thomas du hip-hop ? On est sur Guts et je me sens d'humeur expérimentale). B-Real... cette fois-ci seul dans son monde, même si Sen Dog fait acte de présence on a peine à vraiment le remarquer tout comme le petit Shag qui est plus ou moins manipulé dans le cadre de leur diss d’alors avec Ice Cube. Le background vocal est rachitique et il n’est ici question que du travail de deux hommes : Muggs et B-Real, si on fait exception de l’unique prod/feat. assuré par RZA, autre pied-de-nez à l’encontre de ceux qui opposent stupidement l’East Coast et la West Coast. La Coast dont il est question ici n’est ni de l’Est ni de l’Ouest, mais du centre de la Terre : Hell Coast. Ça ne se passe même plus sur Terre, en fait… mais… ailleurs (pour parler pudiquement). Daffy mène le combat en solo… seul avec les démons formés par les volutes qu’il recrache, ou ceux qui se créent dans ses poumons après chaque bouffée généreuse, ou ceux qui étaient là avant que le dealer vienne approvisionner tonton Muggie, he’s… alone… dans le décor insalubre que le Créateur Muggs dans sa grande maîtrise du beat à dressé avant de l’y jeter, défoncé, mais prêt à se battre… Daffy provoque les clans adverses (c’est qu’il faut aussi faire son boulot) mais personne ne l’entendra car il est passé de l’autre côté, il doit se battre contre les ectoplasmes, perdu dans une brume de beuh brouillant tout repère, les lyrics se perdent dans cette fumée, dans ces ténèbres, et Bibi rappe tant qu’il peut, avec son débit de stroboscope humain, hôte dégénéré de ces ruines dans lesquelles la présence du Malin rôde derrière chaque pilier, entre chaque tas de gravats… L’ennemi n’est pas au-dehors mon Bibi, mais deep inside, et les prises de bec (coin-coin) avec ce gros baltringue d’Ice Cube semblent bien dérisoires comparées au vrai combat que tu devras mener… celui qui se joue à l’intérieur, au plus profond de la psyché, le clash de ton âme avec Celui Qui Porte La Lumière – au plus profond du smog cannabique que tu connais si bien. Aucun skit plombant ne vient casser ce trip enfumé, aucun sample qui ne fasse superflu ou incongru (Muggs arrive même à faire sonner evil l’extrait le plus célèbre de Pulp Fiction), rien qui ne nous sorte de ce terrain vague même quand les sirènes de flic, échos du début des nineties, retentissent... même à cet instant, on se sent de l'autre côté du miroir, prisonnier... rien qui ne nous en sorte, ni de ses limbes sativesques, ni des volutes et des échos mortifères sur lesquels Bibi se donne à fond. Les douilles tombent (celles des balles… et les autres) jusqu’au souffle final. Les punchlines sarcastiques, les lignes un peu plus légères, les passages plus jazzy/funky plus proches de l’ambiance décontractée du premier, ne rassurent pas le moins du monde – une présence rôde oui, on croyait pouvoir s’allonger peinard et s’endormir comme un bienheureux avec un grand sourire aux lèvres, sous la belle tapisserie indienne et au milieu des djembés, mais on se les pèle grave, en fait, et les regards paniqués derrière soi confirment : s’agirait pas de traîner ici, ça sent le sapin... Les deux albums qui entourent Temples Of Boom peuvent en effet paraître plus flippés à première vue, parce qu’il sont plus sans doute plus agressifs et directs, mais celui-ci est à mon sens le plus ténébreux, le plus trouble, le plus insaisissable, et le plus homogène, il n’a pas recours à la violence pour poser un climat des plus noirs, tout se joue grâce à cette atmosphère funéraire, ces prods presque gazeuses (je pense à "Funk Freakers") qui passent entre les doigts, qui ensorcellent mais empestent la mort. Vulnéraires - Funéraires. Moins accrocheur et lisible que ses frères les premières fois il se révèle petit à petit comme la tuerie qu’il est et la menace qu’on ne faisait que subodorer au début se précise au fur et à mesure qu’on s’y plonge : …they’re coming to get you, Bibi Real. Un véritable trip du début à la fin, un des trous noirs du hip-hop, écouté de nombreuses fois en soirée mais bien plus terrible en solitaire, on y prend alors toute la mesure de cette paranoïa qui hante chaque piste, de cette enivrante lueur morbide qui jaillit des samples, de tout ce qui se trame dans ses quasi-silences... le but n’est pas de chercher une issue, mais de se perdre dans ce vaste champ de chanvre noir, se laisser bercer, hypnotiser par les hululements des poltergeists qui hantent ses sillons. Et tomber. Quand le gangsta rap latino devient ether & vapeurs. Oui: un album vaporeux, mais le genre de vapeur qui s'insinue au plus profond... Inspirez... Faites de beaux rêves.

note       Publiée le mardi 17 février 2009

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Rastignac › mardi 22 septembre 2015 - 16:54  message privé !
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Un standard, l'album de hip hop que j'ai le plus écouté avec le premier wu tang et le six feet deep. Prend toujours pas une ride.

boumbastik › samedi 8 décembre 2012 - 21:34  message privé !

J'aurais pu commencer mon initiation au hip hop par une bouse. Mais j'ai commencé par cet album. Voix de canard. Groove d'ectoplasme. Je kiffe. Et super kro au passage.

Richter › dimanche 1 avril 2012 - 17:27  message privé !

Ca serait cool de chroniquer d'autres Cypress Hill...

Note donnée au disque :       
Fryer › vendredi 27 janvier 2012 - 23:19  message privé !

J'y pensais sans trop y avoir fait gaffe à la liaison évidente avec 6 Feet Deep. Frères jumeaux.

Note donnée au disque :       
(N°6) › dimanche 11 décembre 2011 - 20:27  message privé !
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Comme disait ma copine hier soir en buvant du vin latino (passable), "Ah, ça, c'est pas du lounge." Un album de hip-hop qui tient sur la distance comme celui-là, c'est assez rare.