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Arvo Pärt (1935) › Alina

  • 1999 • Ecm 449 958-2 • 1 CD

5 titres - 51:26 min

  • 1/ Spiegel im Spiegel (10:36)
  • 2/ Für Alina (10:47)
  • 3/ Spiegel im Spiegel (9:12)
  • 4/ Für Alina (10:53)
  • 5/ Spiegel im Spiegel (9:48)

enregistrement

Festeburgkirche, Frankfurt-am-Main, Allemagne, juillet 1995.

line up

Vladimir Spivakov (violon), Sergej Bezrodny, Alexander Malter (piano), Dietmar Schwalke (violoncelle).

remarques

chronique

Styles
musique classique
contemporain
Styles personnels
contemporain/minimaliste/mystique

"J'ai découvert que lorsqu'une seule note est jouée à la perfection, elle suffit. Cette note unique... ou un moment de silence me réconfortent. Je travaile avec très peu d'éléments, une ou deux voix. Je bâtis avec des matériaux primitifs - un accord parfait, une tonalité spécifique. Les trois notes de l'accord parfait ressemblent à des cloches, et c'est pourquoi j'appelle ce style Tintinnabulation." Mon disquaire me le répétait il y a encore peu de temps, avec un petit sourire condescendant : Arvo Pärt, c'est comme Philip Glass ou Pierre Henry, c'est de la musique contemporaine de djeunz, du easy-listening qui force un peu sur les effets en vue d'obtenir un impact émotionnel immédiat. C'est trop pathétique, quoi, trop direct, trop impudique. Quand on est adulte, quand on est un "vrai" mélomane, on n'écoute plus des trucs pareils - on passe à des choses plus "sérieuses". C'est triste à dire, mais il n'est pas impossible que dans 10 ou 15 ans je sois d'accord avec lui. En attendant, Arvo Pärt, dans son esthétique de la contemplation et de la béatitude, sa recherche de l'épure la plus parfaite, a réussi son coup. Depuis la révélation en Occident de sa musique, par le biais de l'enregistement historique de "Tabula rasa" chez ECM, prolongé par des livraisons régulières parues sur ce même label, il est devenu l'un des plus célèbres compositeurs vivants. La simplicité apparente (et réelle ! même si recherchée) de son oeuvre qui veut provoquer l'émotion la plus intense possible (c'est la définition du minimalisme, non ?) - il est difficile d'y rester insensible. J'y ai souvent succombé moi-même, malgré quelques réticences dont je n'ai jamais pu me débarrasser totalement. En fait d'épure, de moyens minimaux, de recherche de la ligne instrumentale parfaite et unidimensionnelle, "Alina" atteint en vérité des sommets. Là où Riley et Glass partent en direction d'une hypertonalité répétitive tournoyante et hypnotique qui crée un effet de transe, Pärt, refusant également la dissonance et la complexité formelle, réduit l'octave à sa plus simple et bouleversante expression : un ou deux instruments criants de solitude, des arpèges et des accords parfaits déroulés sur un tempo d'une lenteur vertigineuse (car la lenteur peut elle aussi faire perdre la tête), des structures limpides qui se répétent à l'infini dans une alternance de spectres lumineux, de clair et d'obscur, de rigueur et de liberté, dans une symétrie interne et externe, dont les échos nous renvoient au face-à-face des miroirs ("Spiegel") - le miroir de la forme musicale étant aussi le miroir de l'âme. Un langage binaire aux possibilités infinies dans lequel l'auditeur peut se projeter tout entier. A vrai dire, je n'aurais sans doute pas accordé beaucoup d'importance à ce disque, si la révélation ne m'en avait pas été faite par le biais d'une expérience cinématographique renversante : "Gerry", de Gus Van Sant : l'errance mystérieuse de deux hommes qui laisse place à la contemplation et à un déchirant cheminement métaphysique, dans une mise en scène digne de Tarkovski, où s'épanouit totalement cette musique, dès le premier plan d'un film d'une heure et demi qui n'en comporte que cent (des plans) et qui semble avoir été dicté par des préoccupations esthétiques proches de celles du compositeur estonien. Navré du caractère outrageusement subjectif de cette chronique - mais il était en quelque sorte appelé par la musique elle-même, qui vous renverra, en dernier ressort et inéluctablement, à vous-même : décidez-donc si cela est souhaitable ou terrifiant.

note       Publiée le mercredi 22 février 2006

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Note moyenne        9 votes

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varg Envoyez un message privé àvarg
et elle l'obtient.
Note donnée au disque :       
daï Envoyez un message privé àdaï
cette musique réclame silence
petitCalimero Envoyez un message privé àpetitCalimero
Je l'écoute en ce moment, essuyant péniblement mes lunettes toutes humides. Ce disque est très fort, simple et délicat en apparence, mais d'une extreme violence émotionnelle et d'une cohérence frisant l'ultime. En fait, cet album me fait le meme effet que le film de Gus Van Sant, qui est selon moi l'équivalent cinématographique de cette oeuvre (je me demande d'ailleurs s'il n'a pas été conçu dans ce but).
Note donnée au disque :       
merci pour le fusil... Envoyez un message privé àmerci pour le fusil...
tout simplement un chef d'oeuvre,Arvo Part toujours à la recherche de la "note juste" à composé ici un disque mystique,gracieux et intemporel !!!Hemingway appliquait "l'economie de mot",Part applique "l'economie de note" avec le meme succès et la meme profondeur !
Note donnée au disque :       
CeluiDuDehors Envoyez un message privé àCeluiDuDehors
Oui "relaxante" c est peut etre pas le bon mot, je trouve pas que ça soit une musique tendue en tout cas...contrairement à Scelsi. Puis une musique peu être apaisante et poser des questions je vois pas où est le problème, c'est le cas de ce Alina et aussi de la plupart de ces oeuvres sacrées (surtout vocales). Personnellement je vois la musique de Part comme une "métaphysique du divin" si on peut dire, beau, simple et léger mais d'une grande profondeur. C'est mon sentiment et je comprend que tu puisses ne pas le partager ;-).