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Dmitri Chostakovitch (1906-1975) › Symphonie n° 8

5 titres - 56:33 min

  • 1/ 1. Adagio. Allegro ma non troppo. Allegro. Adagio. (23:57)
  • 2/ 2. Allegretto. (05:44)
  • 3/ 3. Allegro non troppo. (06:04)
  • 4/ 4. Largo. (08:28)
  • 5/ 5. Allegretto. Allegro. Adagio. Allegretto. Andante. (12:13)

enregistrement

1961

line up

Orchestre philharmonique de Moscou, Kirill Kondrachine (direction).

remarques

Il s'agit d'un volume de l'intégrale des symphonies de Chostakovitch, gravée par Kondrachine avec le Philharmonique de Moscou. Cette interprétation "soviétique" assez ancienne est hallucinante de tension : les cordes y sont rèches et rugueuses, les cuivres criards y transpercent les oreilles, rien à voir avec les orchestres philharmoniques de Berlin ou de Vienne, le son ici est presque "sale" - et cela donne encore plus de force à cette musique. C'est l'idéal pour découvrir ce répertoire. Rojdestvenski, dans son intégrale des années 1980, avec une meilleure prise de son, parvient presque au même résultat (sans parler des anciennes gravures de Mravinski, hallucinantes malgré un son souvent calamiteux). A mon avis, les chefs "occidentaux", à quelques exceptions près, ne sont pas tout à fait à la hauteur, même si Chosta lui-même disait qu'il aimait également beaucoup leurs interprétations.

chronique

Styles
musique classique
moderne
Styles personnels
moderne/symphonie

Cette huitième symphonie de Chostakovitch fut composée durant l'été 1943 et créée par son dédicataire, le grand Evgueni Mravinski, en novembre de la même année, dans la tourmente de la Deuxième Guerre Mondiale. Plus que la célèbre septième, autre "symphonie de guerre" davantage tournée vers la "narration" et un optimisme imposé par le régime, cette huitième retranscrit les sentiments du compositeur devant la ruine de son pays et l'effroyable hécatombe, dans cette Russie décidément maudite, qui doit se sortir des griffes de Hitler après être tombée dans celles de Staline. Oeuvre tragique au possible, angoissante et douloureuse, la huitième ne laisse presque jamais place à la quiétude et à l'apaisement : c'est une gigantesque arche de souffrance, tendue et déployée durant près d'une heure. Les premiers accords qui sourdent des contrebasses annoncent déjà la couleur, immédiatement repris par des violons qui commencent à poser le décor. Des paysages tristes et ravagés s'étalent sous nos yeux ; la fumée, les ruines, les charniers... Le compositeur, qui a servi dans la brigade des pompiers durant la guerre, connaît tout cela, et serre les dents. Le premier mouvement tout entier plonge l'auditeur dans ces ténèbres, cette atmosphère lugubre, d'où jaillissent parfois des tensions ravageuses et insoutenables, comme un long cri d'agonie. La suite est plus éprouvante encore. L'inspiration de Chosta, outre l'influence évidente de Mahler, s'y nourrit d'une sensibilité à fleur de peau typiquement russe, se servant de thèmes folkloriques de son pays pour dire ce qui tourmente son âme et parvient sans mal à s'adresser au monde entier. Le deuxième mouvement, rapide, martial, est d'un volontarisme guerrier qui fait froid dans le dos - on y sent toutefois poindre l'ironie mordante du compositeur, annonciatrice des désastres à venir. Le bref épisode central (3ème mouvement) parvient de manière extraordinaire à concentrer en lui la plus grande partie de la tension et de l'effroi qui se dégagent de l'oeuvre : il s'agit d'une toccata, d'un mouvement rythmique pendulaire, régulier, extrêmement rapide, qui passe successivement par tous les pupitres sans jamais s'interrompre durant plus de six minutes de terreur, à peine coupées en leur milieu par un motif cinglant et sarcastique, bien saignant. Dans le quatrième mouvement règne ce calme qui succède aux cataclysmes : c'est une passacaille funèbre, un thème tournoyant qui se répète sans arrêt dans les basses, et sur lequel flottent les violons, déchirants, ainsi que de lugubres appels de cuivres, de flûtes ou de bois - une musique d'enterrement de première classe. Comme d'habitude chez Chosta, le mouvement conclusif est le plus énigmatique, et laisse l'auditeur sur un sentiment de mystère et d'insatisfaction : il débute pourtant par un thème bucolique, doux, presque pastoral, qui pourrait laisser croire à un avenir plus radieux et à une rapide guérison des blessures passées ; mais tout n'est pas aussi simple, et ce thème s'égare bientôt dans un labyrinthe de contrepoints et de variations qui ne laissent rien augurer de bon... En 1948, sous le ministère de Jdanov, relais culturel du nouveau régime de terreur de Staline, cette symphonie, jugée trop pessimiste, se verra un temps interdire - ce qui, rétrospectivement, n'a rien d'étonnant : cette oeuvre tragique n'était-elle pas en totale opposition avec le bonheur qui régnait enfin en URSS ?

note       Publiée le jeudi 25 août 2005

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Hutz › jeudi 11 octobre 2012 - 19:29  message privé !

Totalement d'accord avec toi !

Note donnée au disque :       
Arno › jeudi 11 octobre 2012 - 09:16  message privé !

En "voyant" cette symphonie hier sur Mezzo, je me rends compte à quel point c'est le dernier mouvement qui fait de cette symphonie un des plus grand chefs-d'œuvre du vingtième... Intrinsèquement, ce mouvement est beaucoup moins "beau" ou attrayant que les quatre autres. Mais cette manière de terminer ou plutôt de ne pas terminer est terriblement angoissante. Ces interrogations sous forme d'accords aux bois mettent mal à l'aise jusqu'à la nausée.

Note donnée au disque :       
ellington › mardi 22 mai 2012 - 21:53  message privé !

Au risque de faire hurler les puristes , ma référence est Haitink , un occidental faisant de Shostakovich un classique . Les russes sont idoines dans ce répertoire , mais un peu trop . Je vois de la surenchère dans la violence , dans l" évocation " de l'ame russe ( me demandez pas ce que c'est ) et de la pleurnicherie post-mahlerienne . Jamais trop aimé les musiques à programme . Haitink dé-programme et tend à faire de Shosta un musicien pur . Ca me va , d'autant que j'ai déja prétendu sur ce site que Haitink est un Chef fabuleux et subtil , le plus grand chef vivant sans doute . Je récidive . Cerise , ce coffret a des promos bas prix assez fréquemment ( genre 40 euros ).

edit : sans vouloir manquer de respect à Quiconque , comment fait-on 70 ans après pour comprendre la signification de l'oeuvre , si on ne lit pas les ouvrages référents ? On entend les coups de boutoir de l'orchestre , la musique distille l'angoisse , bien , mais c'est une critique de l'oppression hitlérienne , de l'oppression stalinienne , ou Shostakovich nous décrit-il la douleur que lui causait ses hémoroides ? ou sa femme le trompait ?

Moonloop › mardi 22 mai 2012 - 21:35  message privé !

Merci pour la réponse, hélas, l'intégrale de Rojdestvenski appartient elle aussi à l'antiquité discographique! (250€ sur amazon... aouch!) Je vais donc opter pour Barshaï.

Trimalcion › mardi 22 mai 2012 - 20:34  message privé !
avatar

Barshaï pour une intégrale économique, oui, c'est bien. Sinon Rojdestvenski (chez Melodiya) comme dit dans les remarques, un peu plus cher sans doute. Sanderling au cas par cas. Mais je ne les connais pas toutes, bien évidemment.

Note donnée au disque :