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Dmitri Chostakovitch (1906-1975) › Intégrale des quatuors à cordes / Quintette avec piano

  • 1997 • Melodiya 74321 40711 2 • 6 CD

67 titres - 431:10 min

  • CD 1 - QUATUOR A CORDES N° 1 (14:24) - 1/ I. Moderato (4:46) - 2/ II. Moderato (4:46) - 3/ III. Allegro molto (1:55) - 4/ IV. Allegro (2:57) - QUATUOR A CORDES N° 2 (38:15) - 5/ I. Ouverture (Moderato con moto) (8:19) - 6/ II. Récitatif et Romance (Adagio) (12:53) - 7/ III. Valse (Allegro) (5:38) - 8/ IV. Thème et Variations (Adagio) (11:25) - QUATUOR A CORDES N° 4 (25:14) - 9/ I. Allegretto (4:03) - 10/ II. Andantino (6:58) - 11/ III. Allegretto (4:00) - 12/ IV. Allegretto (10:12) - CD 2 - QUATUOR A CORDES N° 3 (33:48) - 1/ I. Allegretto (6:33) - 2/ II. Moderato con moto (5:25) - 3/ III. Allegro non troppo (4:06) - 4/ IV. Adagio (6:28) - 5/ V. Moderato (11:16) - DEUX PIECES POUR OCTUOR A CORDES (10:34) - 6/ I. Prélude en ré mineur (Adagio) (6:32) - 7/ II. Scherzo en sol mineur (Allegro molto) (4:02) - QUINTETTE AVEC PIANO (35:20) - 8/ I. Prélude (Lento) (4:37) - 9/ II. Fugue (Adagio) (11:57) - 10/ III. Scherzo (Allegretto) (4:01) - 11/ IV. Intermezzo (Lento) (7:25) - 12/ V. Finale (Allegretto) (7:20) - CD 3 - QUATUOR A CORDES N° 5 (31:40) - 1/ I. Allegro non troppo (11:21) - 2/ II. Andante (9:06) - 3/ III. Moderato (11:13) - QUATUOR A CORDES N° 6 (24:12) - 4/ I. Allegretto (6:36) - 5/ II. Moderato con moto (4:49) - 6/ III. Lento (5:27) - 7/ IV. Lento-Allegretto (7:20) - QUATUOR A CORDES N° 7 (12:30) - 8/ I. Allegretto (3:19) - 9/ II. Lento (3:35) - 10/ III. Allegro (5:36) - CD 4 - QUATUOR A CORDES N° 8 (21:57) - 1/ I. Largo (5:05) - 2/ II. Allegro molto (2:50) - 3/ III. Allegretto (4:24) - 4/ IV. Largo (5:49) - 5/ V. Largo (3:48) - QUATUOR A CORDES N° 9 (26:38) - 6/ I. Moderato con moto (4:21) - 7/ II. Adagio (5:06) - 8/ III. Allegretto (3:45) - 9/ IV. Adagio (4:08) - 10/ V. Allegro (9:18) - QUATUOR A CORDES N° 10 (24:20) - 11/ I. Andante (4:42) - 12/ II. Allegretto furioso (4:00) - 13/ III. Adagio (6:06) - 14/ IV. Allegretto (9:32) - CD 5 - QUATUOR A CORDES N° 11 (18:08) - 1/ I. Introduction (Andantino) (2:48) - 2/ II. Scherzo (Allegretto) (2:59) - 3/ III. Récitatif (Adagio) (1:19) - 4/ IV. Etude (Allegro) (1:13) - 5/ V. Humoresque (Allegro) (1:06) - 6/ VI. Elégie (Adagio) (4:33) - 7/ VII. Conclusion (Moderato) (4:10) - QUATUOR A CORDES N° 12 (27:30) - 8/ I. Moderato (7:15) - 9/ II. Allegretto (20:15) - QUATUOR A CORDES N° 13 (19:56) - 10/ Adagio (19:56) - CD 6 - QUATUOR A CORDES N° 14 (28:25) - 1/ I. Allegretto (8:55) - 2/ II. Adagio (10:09) - 3/ III. Allegretto (9:21) - QUATUOR A CORDES N° 15 (36:27) - 4/ I. Elégie (Adagio) (12:04) - 5/ II. Sérénade (Adagio) (5:52) - 6/ III. Intermezzo (Adagio) (2:02) - 7/ IV. Nocturne (Adagio) (4:35) - 8/ V. Marche funèbre (Adagio molto) (5:07) - 9/ VI. Epilogue (Adagio) (6:47)

enregistrement

Moscou, URSS, 1964 (octuor), 1978 (quatuors n° 1, 8, 15), 1981 (quatuors n° 6, 7, 9, 10, 11, 12, 13, 14), 1982 (quatuors n° 2 et 4), et 1983 (quintette, quatuors n° 3 et 5).

line up

Quatuor Borodine : Mikhaïl Kopelman (premier violon), Andréï Abramenkov (second violon), Dmitri Shebalin (alto), Valentin Berlinsky (violoncelle). Quintette : les Borodine avec Sviatoslav Richter (piano). Octuor : les Borodine avec Rotislav Dubinsky et Yaroslav Alexandrov aux premier et second violons, accompagnés par le quatuor Prokoviev : Ella Brakker (premier violon), Nadezhda Baikova (second violon), Galina Odinets (alto), Kira Tsvetkova (violoncelle).

remarques

Le quatuor Borodine est à mon avis pour longtemps indépassable dans ce répertoire. Mais il a gravé plusieurs versions de ces oeuvres de Chostakovitch... Personnellement, je penche vers cette intégrale gravée pour l'essentiel dans les années 1980.
Chacun des disques de ce coffret est disponible séparément. Cependant, pourquoi se priver du plaisir de l'intégrale ?

chronique

Styles
musique classique
contemporain
moderne
Styles personnels
xxème siècle/musique de chambre

Il est arrivé, alors qu’il était chez lui, que Chostakovitch appelle son ami le violoncelliste Mstislav Rostropovitch pour lui demander de venir de toute urgence. Celui-ci se précipitait, arrivait chez Chostakovitch. Le compositeur ne disait rien ; Rostropovitch restait assis à côté de lui plusieurs heures, en silence. Puis Chostakovitch finissait par le remercier : il avait eu besoin d’une présence humaine pendant un moment. Et le violoncelliste repartait. Cette anecdote illustre bien, s’il en était besoin, la tristesse, la douleur immense qui préside à quelques-unes des plus grandes œuvres du Russe, notamment dans ses quinze dernières années, lorsque celui-ci se savait atteint d’une maladie incurable. Certes le cycle des 15 symphonies est plus connu, mais c’est dans la forme plus intime du quatuor à cordes (il y en a 15 également, composés entre 1935 et 1974) que le compositeur a mis le côté le plus sombre de son âme. Ces 15 numéros d'opus constituent le legs le plus important dans ce domaine au XXème siècle, en compagnie des six quatuors de Bartok. Les sommets du cycle sont les quatuors n° 3, 5, 7, 8, 10, 12 et 15, ainsi que le quintette avec piano qui complète cette somme. Mais tous sont intéressants, ne serait-ce que dans la mesure où ils permettent de constater l'évolution, depuis les deux premiers quatuors, oeuvres de jeunesse assez primesautières, jusqu'aux cinq derniers, qui sont d'austères et effrayants dialogues avec la mort qui s'approche. Dans ses symphonies, Chostakovitch livrait des oeuvres de grande envergure, destinées à être tout de suite connues du monde entier, et donc très surveillées par le pouvoir soviétique et ses censeurs, prompts à relever des allusions historiques, des expérimentations parfois jugées trop hardies, des hymnes pas assez nationalistes... Il se devait d'être prudent (ainsi, après le tollé soulevé par son opéra « Lady Macbeth » en 1936, qui faillit l'envoyer au goulag, il laissa au placard la très avant-gardiste symphonie n° 4, pour livrer une n° 5 flamboyante certes, mais aux accents beaucoup plus « patriotiques », et beaucoup plus facile d'accès, histoire de plaire à Staline). Mais dans sa musique de chambre, Chosta peut se laisser aller sans contrainte, se livrer dans tous ses tourments ; il est libre, et il aura jusqu'au bout de sa vie la rage de composer (« si on me coupait les mains, je continuerais à écrire de la musique en tenant mon stylo entre les dents »). Ce coffret, où cette oeuvre connaît sans aucun doute son interprétation de référence, sera je l'espère pour quelques-uns d'entre vous l'occasion de connaître réellement la force de la musique du compositeur russe, l'émotion intense et vibrante qu'elle dégage, mais aussi, plus simplement encore, l'occasion de se frotter à un cycle complet de quatuors à cordes, lequel, à mon sens, reste le plus accessible et le plus immédiatement touchant de toute l'histoire de la musique (Beethoven ou Bartok vous demanderont plus de temps). Quant à l'interprétation du quatuor Borodine... c'est bien simple, je vous interdis d'en écouter une autre (du moins dans un premier temps) : les Russes sont des sauvages, ils ignorent la joliesse mozartienne ou le romantisme viennois de Schubert lorsqu'ils jouent la musique de leur compatriote. Non, là, ils lacèrent leurs cordes, ils les déchirent, ils brûlent leur instrument... Leur manière de jouer est une drogue, tous les autres quatuors vous paraîtront d'une fadeur extrême en comparaison. La violence dont ils font preuve est sans égale. Leurs archets sont des lames, tranchantes comme le couperet bien aiguisé d'une guillotine. Je ne me livrerai pas à l'analyse détaillée des 15 quatuors, rassurez-vous. J'ai simplement envie de parler de quelques moments forts. Si le quatuor n°1 n'est qu'une amusette, dès le n°2 (composé 10 ans plus tard), la donne change : les dimensions de l'oeuvre sont tout autre, et le côté populaire et folklorique est habilement mêlé à des aspects plus épiques et dramatiques. Le n° 3 est le premier authentique chef-d'oeuvre, composé juste après la seconde guerre mondiale, il débute de manière presque gaie, puis plonge progressivement, mouvement après mouvement, dans des gouffres d'effroi (II et III) et de tristesse (l'adagio). La clarté des lignes mélodiques rend cette oeuvre immédiatement bouleversante. Le dernier mouvement, comme presque toujours chez Chosta, est le plus complexe ; il reprend des passages des mouvements antérieurs en les faisant muter, tout en introduisant de nouveaux éléments. C'est ici d'une remarquable efficacité. Et puis il y a le sublime quatuor n° 5, le plus subtil, le plus sinueux, le plus changeant, mais dont les ritournelles du premier mouvement ou la mélopée transcendante du second n'auront pourtant jamais fini de vous trotter dans la tête ; il y a la fugue dantesque du bref mais fulgurant quatuor n° 7. Le quatuor n° 8 (à juste titre le plus célèbre du cycle) est ni plus ni moins qu’un requiem, intense et douloureux. Officiellement dédié à la mémoire des victimes de la seconde guerre mondiale, il pourrait tout aussi bien être dédié à celle des victimes de la terreur stalinienne ou à tous ceux qui souffrent à travers le monde. Tout commentaire sur cette œuvre semblerait superflu, voire indécent. Seul « La jeune fille et la mort » de Schubert, me semble-t-il, se situe à ce niveau d’émotion. Le quatuor n° 10 est un autre chef d’œuvre : il débute sur un thème paisible, empreint de nostalgie, exposé au cours du premier mouvement. Le contraste avec le deuxième n’en est que plus fort : jamais on n’avait entendu pareille explosion de violence dans la musique de chambre de Chostakovitch. Et puis, alors que l’auditeur est à genoux, il est achevé par la sublime passacaille du troisième mouvement : un thème tournant sur lui-même répété sans cesse par les basses, mais qui s’envole ici progressivement dans l’aigu. La beauté douloureuse de ce thème est là encore si intense qu’on en frissonne. Le dernier mouvement est bien entendu plus complexe, faisant fusionner de manière confuse tout ce qui précède mais s’achevant non pas dans la joie ou la majesté – mais débouchant au contraire sur le néant, « moriendo » (en mourant : les cordes s’éteignent progressivement, un procédé que le compositeur russe affectionne particulièrement). A partir du n° 11, c'est le voyage sans retour dans les limbes ténébreuses de la mort : plus dépouillés, plus arides et dissonants, les derniers quatuors de Chosta n'en finissent pas de peser, de torturer la conscience. Prêtez attention au sérialisme singulier du n° 12, ou encore du n° 15 : une effrayante et bouleversante succession de 6 mouvements adagios. La manière d'exposer la série de douze sons dans l'étrangement nommée « sérénade » semble signer à elle seule l'abolition définitive de la joie. Plus sombre l'on meurt... et le compositeur mourra d'ailleurs peu après l'achèvement de cet opus. Comme si cela n'était pas suffisant, sont jointes à cette intégrale deux pièces supplémentaires : le quintette avec piano, d'un classicisme magistral, absolu, avec Richter qui accompagne le quatuor Borodine ; et, moins connues que ce chef-d'oeuvre, les deux pièces pour octuor n'en sont pas moins électrisantes, débordantes d'énergie : une tempête, un torrent déversé par les huit instrumentistes, avec ce caractère excessif et débordant, dans l'expression des sentiments, qui caractérise si bien, parfois, la musique slave. Voilà, je sais que j'en ai trop dit, ou bien pas assez. Ruez-vous sur ce coffret si vous pensez qu'un quatuor à cordes ne pourra jamais avoir la puissance expressive d'un orchestre symphonique, vous changerez d'avis. Un très grand moment de musique moderne (et classique, déjà) ; et l'occasion unique d'explorer l'une des âmes les plus tourmentées du siècle passé.

note       Publiée le vendredi 1 juillet 2005

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salida › mardi 23 juillet 2013 - 18:21  message privé !

Je suis bien incapable de reconnaître les nuances, la technicité de tous ces mouvements. Mais peu importe, je m'assoie et j'écoute les complaintes de ces instruments violentés. Et je me dis que la douleur peut aussi être belle.

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beetlejuice › samedi 15 mars 2008 - 01:12  message privé !
Je reviens du concert du Borodin quartet a Southampton... Pfiouuu ! J'ai eu le droit entre autres au quartet n.13. Il est ma foi assez difficile a s'enfiler sur CD (un seul adagio glauquissime de 20min...), mais prend un ampleur insoupçonnée en live. Un monstre de dissonances et tension, morbide a souhait. Faut dire aussi que niveau performance, ils ont vraiment la grande classe !
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beetlejuice › mardi 18 décembre 2007 - 14:17  message privé !
Les n°3, 8 et 15 sont monstrueux !! Une fois encore, un grand merci à vous de m'avoir donné envie d'acheter ce coffret d'anthologie. Sinon, pour ceux que ça intéresse, ya les deux concertos pour violon qui valent vraiment leur pesant de cacahouètes (Lydia Mordkovitch impeccable et très inspirée aux soli)
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Coltranophile › jeudi 19 juillet 2007 - 23:21  message privé !
On peut appeler cela de la putasserie dans un sens. C'est vrai que ses oeuvres orchestrales debordent d'un pathos, bien slave en un sens, qui peut paraitre vulgaire pour ceux qui ont un gout pour plus de retenue (les français chérissent le "bon goût" par exemple). Je trouve qu'il y a bien pire dans le domaine du pathos dégoulinant. Quant au death, je t'avoue que je n'y connais que peu de choses; le dernier disque du genre que j'ai du acheter doit être le fameux album de Cynic. Ca ne date pas d'hier.
Note donnée au disque :       
Arno › jeudi 19 juillet 2007 - 20:10  message privé !
Je suis désolé, mais y a aussi un côté putassier dans la musique de Chostakovitch... Exposer les malheurs d'un peuple, même si on en fait partie, c'est aussi un peu dégoûlinant... Peut-être pas dans ses quatuors à corde... mais j'ai toujours une gêne à écouter les grandes complaintes de ses symphonies ou les scherzos furieux... et d'en retirer un plaisir immense... J'ai l'impression que c'est parfois du "docu-fiction-droit-de-savoiresque"... Pour ce qui est du death-metal, tu dois confondre avec un autre genre, grand connaisseur abyssal du tout musical...