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Joe Hisaishi › A Scene at the Sea

  • 2003 • Milan 301 647-2 • 1 CD

cd • 14 titres • 41:55 min

  • 1Silent Love (Main Theme)06:51
  • 2Clifside Waltz I03:59
  • 3Island Song03:39
  • 4Silent Love (In Search of Something)01:09
  • 5Bus Stop05:09
  • 6While at Work01:23
  • 7Clifside Waltz II03:44
  • 8Solitude01:12
  • 9Melody of Love01:41
  • 10Silent Love (Forever)03:30
  • 11Alone01:04
  • 12Next Is My Turn00:45
  • 13Wave Cruising04:03
  • 14Clifside Watlz III03:41

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Wonder Station, produit et arrangé par Joe Hisaishi.

line up

Junko Hirotani (chant), Joe Hisaishi (piano & programmation Fairlight), Hiroki Miyano (guitare), Makoto Saito (basse), Masatsugu Shinozaki (violon), Masami Horisawa (violoncelle)

remarques

La piste 13 n'est à ma connaissance pas inclue dans le film.

chronique

Styles
musique de film
contemporain
musique répétitive
Styles personnels
ritournelles de bord de plage

Les plages de la baie de Tokyo sont moches. Le sable y est noir. Les eaux grises. Même à Kamakura, ville balnéaire réputée à quelques stations de train de là, je peux vous garantir que ce n'est pas exactement Paros. En débarquant sur ces rivages là on comprend pourquoi Haruomi Hosono faisait de l'exotica rêveuse dans les années soixante-dix. Mais je m'égare. Sans doute intimidé à l'idée d'aborder tout un pan musical qui me ramène à un de mes plus grands amours, qui me bouleverse encore chaque fois que je remets le couvert, comme on dit, le cinéma de Takeshi Kitano, et notamment sa fabuleuse période des années quatre-vingt dix. Ce n'est pas au bord de cette plage là que j'ai connu le coup de foudre mais d'une autre, celle de Hana-Bi où une petite fille à cerf-volant était témoin du double suicide d'un couple d'amoureux condamnés. Par la suite, je me suis assis sur d'autres plages aux côté du petit homme au visage brisé, pour y voir des yakuzas faire du sumo ou s'adonner à des jeux d'enfants en attendant la mort, mais jamais aussi longtemps que pendant A Scene at the Sea, son troisième film, celui qui marque une première rupture dans son cinéma. Oh, bien sûr il avait déjà emmené ses touchants losers du côté de la tropicale Okinawa dans Jugatsu, mais cette fois-ci il pose sa caméra-pinceau face à l'océan pendant pratiquement tout le film. Pinceau car coloriste, avec la première apparition du "bleu Kitano", des camions poubelles aux reflets métalliques des vagues jusqu'à la couleur changeante du ciel, l'ancien rénovateur/destructeur du manzai (comique en duo strictement Nippon) se fait peintre, le chevalet dans le sable, et filme à petites touches délicates, sans la violence qui le caractérisait jusque là. Une mélancolie douce mais poignante traverse son récit minimaliste d'une histoire d'amour simple entre un éboueur sourd-muet passionné de surf et une jeune fille taiseuse. Les fulgurances comiques sont toujours là, dignes d'une autre plage, celle de Monsieur Hulot à St Marc-sur-Mer, mais à côté des gags en slow-burn émergent des sentiments doux-amers, cruauté de la vie et consolation de l'amour, en mode mineur, en creux, des petites choses, par petits coups de pinceaux, qui laissent entrevoir une histoire plus grande, et plus triste. Pas de pathos, jamais, juste la mort qui frappe comme elle se doit d'être, par une absence d'un coup d'un seul. Envie de pleurer, droit de pleurer, mais rien qui ne l'impose. Une mise en scène contemplative bien à l'image du nom du film en Japonais : Cet été-là, la plus calme des mers. Quasiment un haïku. Alors oui, je n'ai pas parlé musique jusque-là, mais parce qu'elle évoque tout celà, même privée des images de Kitano et sans pourtant jamais verser dans le démonstratif ni l'emphatique. La musique, c'est Joe Hisaishi qui la signe. Jusqu'à lors connu pour ses magnifiques partitions opératiques pour les films d'animation d'Hayao Miyazaki, il collabore ici avec Kitano pour la première fois, apportant à son cinéma ce qui lui manquait peut-être, des motifs musicaux dont la pureté puissent accompagner sans jamais faire redondance les plans au découpage de moine zen du comique-cinéaste. Grand admirateur d'Erik Satie (dont la première Gnossienne réinterprétée de façon quelque peu cavalière servait déjà de thème au terrifiant Violent Cop, premier film de Kitano), Hisaishi s'inspire fortement de sa première Gymnopédie pour la magnifique Clifside Waltz qui revient à trois occasions, dont une version au violoncelle belle à en chialer. Le thème principal se déplie progressivement autour d'une petite ritournelle de synthétiseur lumineuse sur laquelle s'écoule une mélodie vocale à la simplicité presque enfantine avant qu'un violon ne viennent tisser une toile plus dramatique et que la houle n'emporte le morceau vers toujours plus d'ampleur. Un très pointilliste et solaire "Island Theme" vient accompagner les scènes de surf, tout en brise rêveuse. Quelques motifs plus sombres mais toujours basés sur une répétition incessante viennent renforcer les touches les plus inquiètes du film, entre le béton des digues et la grisaille de ces eaux d'où le jeune sourd-muet ne semble sortir qu'à regret malgré sa dévouée petite amoureuse restée sur la plage, à la même place que Kitano qui ne s'aventure jamais dans les flots. Car la mer finit par tout engloutir, les surfeurs et les amours. Alors les ritournelles de Hisaishi serrent le coeur plus que jamais et n'évoquent plus que le souvenir… Les vagues ou les amours, c'est pareil, vous sentez bien que c'est un étrange bonheur.

note       Publiée le jeudi 11 juillet 2013

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saïmone Envoyez un message privé àsaïmone
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La plage d'Isshiiki est pas si mal que ça, quand même...

NevrOp4th Envoyez un message privé àNevrOp4th

Excellente critique n°6. J'adore ce disque et Hisaishi, un des artistes que j'apprécies le plus , tout style confondus.

Note donnée au disque :       
Raven Envoyez un message privé àRaven
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Bravo... Je frémis d'avance pour la suite. Hisaishi c'est beau.