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Amon Düül II › Vive la trance

11 titres - 47:23 min

  • 1/. A Morning Excuse — 3:19
  • 2/. Fly United — 3:33
  • 3/. Jalousie — 3:27
  • 4/. Im Krater Blühn Wieder Die Bäume — 3:08
  • 5/. Mozambique — 7:40
  • 6/. Apocalyptic Bore — 6:38
  • 7/. Dr. — 3:00
  • 8/. Trap — 3:35
  • 9/. Pig Man — 2:38
  • 10/. Manana — 3:20
  • 11/. Ladies Mimikry — 3:18

enregistrement

Enregistré aux Bavaria Studios & Union Studio, Munich - Produit par Olaf Kübler & Amon Duul II - Arrangé par Amon Duul II - Ingé-son : Peter Kramper

line up

Robby Heibl (basse, guitare acoustique, violon, chant), Chris Karrer (guitares acoustiques et electriques, violon, sax, chant), Renate Knaup-Kroetenschwanz (chant), Peter Leopold (batterie, percussions), Lothar (basse, voix), Falk U. Rogner (orgue, synthétiseurs), John Weinzierl (guitares acoustiques et électriques, chant)

Musiciens additionnels : Desmond Bonner (backing vocals), Keith Forsey (percussions), Peter Kramper (synthétiseurs), Olaf Kübler (percussions, sax)

remarques

La version cd contient une bonus track " 12. Mozambique (single version) — 3:45", portant la durée totale à 47:23 - Design & Artwork par Jürgen Rogner

chronique

Styles
krautrock
rock
Styles personnels
space rock / kosmische glam vert-de-gris

Vive la Trance... Non, rassurez-vous, ce 6ème album d'Amon Düül II (7ème si l'on compte celui sorti sous le nom Utopia) préfigure beaucoup de choses dans sa décadence glam défoncée, mais pas la Trance ! Il s'agit d'une coïncidence, le titre étant surtout un jeu de mot sur "vive la France", vu les couleurs, inhabituelles pour 73, de la pochette. En fait, vous l'avez sans doute déjà lu quelque part tant l'avis est communément répandu : Vive la Trance est censé être le début de la descente vers la médiocrité pour Amon Duul. Le dernier album sortable, et bien souvent considéré comme déjà inutile aux yeux des fans... La raison ? Une évolution du groupe, qu'on avait pourtant vu venir, du krautrock psychédélique voire space rock des débuts vers quelque chose de beaucoup plus écrit, aux format 3m30 rock typique. Est-ce encore du Krautrock, donc ? On s'en fout, c'est du glam à la Roxy Music débarrassé de ses scories rétro pour embrasser le morne futur des années 80 et prendre des accents furieusement cold wave dépressifs tout au long des 11 chansons. La tristesse est là, gluante, avilissante. On peut même parler de noirceur, avec des machins aussi névrosés que Jalousie, qui évoque une Kate Bush grippée avec, tout de même, quelques années d'avance (un leitmotiv que vous risquez d'entendre dans cette chronique). Fly United surprend un dialogue intime entre les instruments, dans un camion roulant de nuit sur l'autobahn plongée dans le noir : comme la guitare est neurasthénique et souffreteuse, c'est la basse qui prend le volant en bougonnant d'un air bourru dès les premières mesures. Un duo impromptu pour un morceau à l'image de l'album : en demie-teinte, mais dégageant un je-ne-sais quoi de fondamentalement vicié, perdu d'avance. Noirceur donc, avec cette fresque qui clôt la face A, Mozambique, évocation de l'ex-colonie allemande et des atrocités commises par les blancs sur les villageois locaux... Le texte, pointant cruellement du doigt la violence de ce monde duquel le groupe s'était mis au ban depuis le début (Amon Duul étant à la base une commune), est déclamé à la Catherine Ringer, tandis que la chanson tombe dans un space rock cauchemardesque et enfiévré... "Heart of Darkness", le roman, aura inspiré le film Aguirre à la même époque, voici son illustration musicale, avec la même progression vers l'anéantissement. "Unite, and fight" murmure une voix juste avant que saphir n'atteigne le bout du sillon. Et il y en a encore pour dire que Amon Düül avait perdu de sa radicalité ? Apocalyptic Bore ouvre la face B d'une drôle de façon, avec cette science du contre-pied et des ambiances lourdes de suspicion qu'on retrouvera chez Magazine... On croirait un inédit du Bowie poudré période Ziggy Stardust, avec solos de Mick Ronson sur des effets spatiaux. On n'est pas au bout de nos surprises, puisqu'on tombe derechef sur des titres totalement visionnaires comme Trap, un piège punk-funk avant l'heure (oui, vous avez bien lu), qui riffe comme du Wire ou du Gang of Four, tout en proposant un joli solo de cuivre tombé là par hasard; ou encore Ladies Mimikry, OVNI total où des tourments médiévaux dignes de Current 93 viennent la disputer à un post-punk incandescent à la The Fall. Tout ça en 73 !! L'intro stonienne est un leurre, puisqu'on retrouve vite le violon du Amon Duul glam européen de cette époque, puis le luth de la pochette, où ils posent en échappés de l'asile, déguisés façon "Les Visiteurs"... Une vraie BD, qui ne laisse pas augurer d'un contenu aussi sombre. Difficile de dégager une impression globale d'un album aussi foncièrement bizarre, si ce n'est que la basse est ronde comme un champignon vénéneux, tout défile très vite... A l'image des sorties pour le groupe en cette période puisque ce Vive la Trance intervient à peine deux mois après la sortie de Live In London, qui lui même suivait de très près Utopia et Wolf City. Trop de sorties, trop de changements de line-up, trop de drogues sans doutes, trop de tout... Les compos en pâtissent immanquablement : ce Vive la Trance ne contient quasiment aucune vraie mélodie, et ce n'est pas la production qui vient rattraper le tout. Mais peu importe en vérité puisque ce n'est jamais ce qu'on a demandé à un disque d'Amon Düül II. Si la furia des premiers albums est belle et bien révolue, le nouveau style du groupe a clairement du chien, entre instantanés impressionnistes peints par le guitariste John Weinzerl, qui prenait ici les rennes de l'écriture, et ambivalence des deux chants proposés ici : celui de Renate Kraup, amer et menaçant, en rupture totale avec un chant masculin parfois presque rappé, pas loin du Frank Zappa libidineux de Overnite Sensation. Je sens que vous ne respirez déjà plus sous ces multiples références, et vous laisse de ce pas découvrir ce disque inclassable, à la fois visionnaire et totalement spontané, à bout de forces, balancé sans réelle conviction dans une désinvolture déjà punk... Tout en étant l'entrée en matière idéale à leur univers pour le fan de classic rock - attachez vos ceintures pour la suite, car pour Amon Düül I, c'est une autre paire de moufles. Vive la Bundesrepublik, et vive la Trance.

note       Publiée le lundi 19 juillet 2010

Dans le même esprit, dariev stands vous recommande...

  • Roxy Music › Roxy music
    Roxy Music - Roxy music
    Surtout pregnant sur Manana, mais on pourrait également citer le 1er Eno, Mott the Hoople, Kim Fowley et autres glameux fameux..

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Aladdin_Sane › lundi 3 décembre 2018 - 09:36  message privé !

Celui-là, il laisse une drôle d'impression après avoir écouté les débuts du groupe, leur musique s'est "normalisée", mais le côté Glam/Roxy fonctionne plutôt bien ("Ladies Mimicry"). A conseiller l'édition avec les bonus qui valent le détour ("Bomb" notamment).

SEN › dimanche 2 décembre 2018 - 16:08  message privé !

Et Vive la trance !

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TribalCrow › mardi 15 juillet 2014 - 20:26  message privé !

"Kraut' vert-de-gris" tout comme Dariev'. Plutôt détesté par les fans de la première heures, Vive la Trance est moins furieux/Prog/Space Rock mais garde la folie du DÜÜL. Folie avec une grande louche de Glam (on pense à une version déjantée de ROXY MUSIC) et avec des touches pré-Post Punk pour l'ambiance froide et morne. Bien que l'esprit brumeux et direct à l'essentiel est présent tout le temps (la rythmique ne ramollit pas vraiment), l'album part dans plusieurs directions, autant de formes de folies, du funky "Trap" au folk moyen-âgeux de "Ladies Mimikry" en passant par l'espèce de cantatrice intimidante de "Jealousy".

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Seijitsu › dimanche 16 décembre 2012 - 16:01  message privé !

Celui là est très bon aussi. C'est plus classique et nettement moins alambiqué qu'auparavant mais Amon Düül II ouvre aussi de nouvelles perspectives en se rendant plus mélancolique et sombre. Dariev a raison d'insister sur l'influence qu'aura cet album sur le rock gothique. C'est vrai qu'il y a pas mal d'aspects qu'on retrouvera plus tard dans ce genre des 80s. Ce krautrock poisseux est injustement mis de côté par les amateurs du groupe et c'est dommage !

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mangetout › mardi 20 juillet 2010 - 14:04  message privé !

Je suis entièrement d'accord avec le commentaire précédant, préférant même celui-là au précédent "Wolf city" (si on lui retire "Deutsch nepal") et la chronique retranscris parfaitement le contenu, encore une fois on ne peut qu'admirer la longueur d'avance que les germains avaient sur le reste du troupeau, quand on voit la date au dos, 1973, et quand on écoute un morceau comme "Trap", entre autres, on se dit que des passerelles temporelles ont du fonctionner plus que correctement dans ces années-là (à moins que le pillage en règle ne soit devenu la discrète recette de prédilection de nos contemporains) .