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Bob Ostertag (b. 1957) › All the rage

cd | 1 titre | 16:15 min

  • 1 All the rage [16:15]

enregistrement

Mastersound Studios, Astoria, New-York, États-Unis, avril 1993.

line up

Hank Dutt (Kronos Quartet) (alto), David Harrington (violon), Joan Jeanrenaud (Kronos Quartet) (violoncelle), John Sherba (Kronos Quartet) (violon), Eric Gupton (voix).

remarques

Les Kronos reversent leur royalties pour la vente de ce disque à l'AmFAR (American Foundation for AIDS Research : fondation américaine pour la recherche contre le SIDA).

chronique

Jaloux du succès remporté par les chroniques de The Gossip, j'ai moi aussi décidé de parler de musique gay, dont nos lecteurs semblent raffoler (on se demande pourquoi...) Mais attention, Bob Ostertag, c'est pas un truc de pédé ! (Décidément, je tiens la grande forme, moi.) Plus précisément, le poème écrit par Sara Miles à la demande du compositeur américain fait référence à l'introduction du mot "queer", insulte qui sera ensuite récupérée par les principaux intéréssés comme étendard de leur lutte contre la discrimination ; il fait aussi référence à cette même hostilité et aux violences dont ils ont été (et sont toujours) victimes aux États-Unis, et aussi aux premiers ravages du SIDA dans la communauté gay américaine, à une époque où l'on ne savait pas encore grand-chose de cette maladie. Mais commençons par le commencement. D'abord, Bob Ostertag, certains le connaissent peut-être déjà car il est de ces musiciens qui ont fait partie de la galaxie John Zorn, et qui ont également travaillé à moult reprises avec Fred Frith, ce qui suffit à cadrer le bonhomme. Électronicien et inventeur d'instruments en tous genres, le Californien d'adoption est aussi activiste politique et journaliste, spécialiste de l'Amérique latine, où il a passé dix ans de sa vie. Cette commande du quatuor Kronos l'a aidé, quelques années après son retour, à renouer avec un certain succès. En 1991, le compositeur part en "expédition commando électro-acoustique" capter des sons au coeur d'une émeute gay et lesbienne à San Francisco, où le gouverneur de l'époque refuse de promulguer une loi anti-discrimination, contrairement à ce qu'il avait promis. Les sons que l'on entend sur ce disque sont donc dominés par des hurlements, cris de foule, bris de vitrines, slogans, et sifflets. Le rendu "musical" de tout ça (fixé sur bande) est assez étonnant : Ostertag parvient réellement à modeler cette matière brute pour lui donner un mouvement, une conduite propre, avec toute la violence sonore requise, violence amplifiée par l'aigu des sifflets (les Kronos en rajoutent en sifflant eux-mêmes pendant qu'ils jouent !), sifflets utilisés par les gays de San Francisco pour se prévenir mutuellement en cas de danger quelconque ; et amplifiée par les cordes du quatuor, tout en stridences et dissonances, dont les notes sont en "harmonie" avec les échantillons sonores, procédé qui rappelle bien évidemment l'idée de Steve Reich pour "Different trains", d'autant plus que les cordes "accompagnent" également la diction d'un texte (notes, accents et syncopes étant construits en fonction de la manière dont il est prononcé), comme chez le New-Yorkais. Ici, il y a simplement alternance entre la folie bruitiste de l'émeute (Charlemagne Palestine promènera lui un drone à travers un festival jamaïcain à New-York, dans un disque plus récent dont il faudra que je vous parle) et la récitation de ce texte en lui-même assez violent : "The first time someone said queer and I knew they meant me... The first time someone I know was killed for it... a fist a fist a fist a foot and a fist...", texte lu par Eric Gupton, lui-même membre des "Postmodern African-American Homosexuals". Bref, comme l'écrira Ostertag, trois queers en un texte : une femme blanche (Sara Miles, l'auteure), un homme blanc (le compositeur) et un homme noir. Dominent effectivement cette musique de l'émeute, cette violence sonore à peine canalisée par des cordes elles-mêmes hurlantes - qui s'accordent bien avec l'engagement rageur et jusqu'au boutiste du texte, dénonçant également le comportement des autorités. Et pourtant, pourtant, je n'ai pas eu de déclic aux écoutes répétées de ce disque... peut-être est-ce dû aux artifices-mêmes du procédé, l'émotion ne gagne pas. Contrairement au narrateur, je n'ai pas senti mon coeur "beating breaking and beating and breaking and beaten and beating and breaking and beating and beating."

note       Publiée le lundi 7 décembre 2009

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Dioneo › mercredi 22 mai 2013 - 14:00  message privé !
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Ah tiens, j'étais persuadé qu'il n'était pas encore chroniqué ici, le Bob... Son projet Say No More etc. envoie pas mal aussi : original dans sa conception, réussi dans ce qu'il en fait/Ce qu'ils en font... Ce mec a vraiment une approche pas commune de la musique, et ne se contente pas d'en faire des théories.

Alfred le Pingouin › mercredi 22 mai 2013 - 12:25  message privé !

je connais pas celui-là, mais sooner or later du même Ostertag est très fort, d'une puissance d'évocation assez incroyable.