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Bob Ostertag (b. 1957) › Verbatim (Say No More Project, 3/4)

cd • 9 titres • 42:13 min

  • 1Periwinkle9:05
  • 2Oxblood1:48
  • 3Smoke4:28
  • 4Ink8:35
  • 5Cornflower3:12
  • 6Paris Green5:26
  • 7Middle Stone3:28
  • 8Lavender3:25
  • 9Ash2:44

extraits audio

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line up

Mark Dresser (basse), Gerry Hemingway (percussion), Phil Minton (voix), Bob Ostertag (b. 1957) (sampling)

remarques

Ce disque est le troisième d’une série de quatre – le projet Say No More – basée sur un concept particulier - détaillé dans les chroniques - de transformations et d'interprétations, réinterprétations successives de la musique, ainsi jamais fixée, jamais destinée à devenir "version définitive". Il est suivi, dans ce cycle, des albums Say No More In Person (live), Verbatim (studio) et Verbatim Flesh And Blood (live). L'ensemble des quatre volets du projet est téléchargeable (piste par piste) sur le site de l'artiste (se reporter au lien ci-contre).
L'édition double-CD Seeland de 2002 regroupe les deux derniers volets du projet : l'album "studio" Verbatim (1999) et son interprétation en concert – Verbatim, Flesh and Blood (2000).

chronique

Simple retour, renvoi aux bases du projet, repli ? Pas tout à fait… Ce disque – troisième et avant dernier volet du cycle Say No More – est plus qu’une inversion de procédé, mieux qu’un autre passage – à l’envers identique pourrait-on dire – dans une boucle inchangée. L’album Say No More, en 1993, avait initié le cycle : Ostertag, ayant "commandé" à quatre musiciens – Joey Baron, Gerry Hemingway, mark Dresser et Phil Minton – des improvisations libres en solo, sans aucune connaissance de ce que livraient les autres ; puis à partir de ces matières prises brutes et singulières, créé deux compositions nouvelles, inventé des questions et réponses entre ces voix distinctes, élaboré des jeux de dynamique… Formé de toutes pièces une manière d’œuvre collective dans un espace pour l’instant tout électronique (précisément : via un sampler et une station ProTools). Say No More In Person – plus tard la même année – donnait à entendre, sur scène, l'interprétation par les mêmes musiciens (moins Joey Baron) de ces deux morceaux… Avec charge et liberté aux joueurs de donner leurs versions, de trouver des "solutions" aux passages délibérément injouables – impossibles à restituer tels quels sans user de mêmes machines – assemblés plus tôt par Ostertag. Le présent album – sorti trois ans plus tard – continue bien, dans cette logique, le balancement l'alternance du travail solitaire – compositeur découpant en studio (ou plus probablement chez lui) le matériau fourni par les autres… ; et jeu d’ensemble, en direct, en public, sans possibilité de refaire, remonter, déformer les secondes, les fragments, reprendre et modifier formes et écoulement. Ostertag, donc, tranche encore, et monte, certes, modèle, étend, duplique, compresse. Avec toutefois cette différence capitale : que la matière ici travaillée est déjà celle d’un groupe, attentif, chaque membre à l’écoute – d’autres volumes, d’autres allures trouvées dans la présence mutuelle. Et c’est à l’homme seul, cette fois, d’interpréter et déjouer. Moins que jamais les césures ne peuvent se faire au hasard. Les articulations ne peuvent n’importe où se briser et se nouer. Les cohérences des textures impliquent d’autres échos, d’autres modules peuvent s’isoler et se répondre mais ce sont d’autres pièges qu’il faut contourner pour que ce ne soit pas plat exercice, qu’il n'y ait pas redite, usure de procédé. Et il faut bien l’admettre : le résultat est confondant ! Ce n’est pas pour rien – et non sans finesse, non sans humour – qu’Ostertag nomme ce disque, cette "étape" : Verbatim. Une locution latine – nom commun ou adverbe – qui évoque l’idée de transcription fidèle de mots dits, prononcés : discours, discussions, itérations ; la recension complète, exhaustive, aussi et parfois, d’une phraséologie, d’une langue, vocabulaires et expressions de métier, de situations, de populations… Titre en un sens exact, en tout cas pertinent : puisque tous les sons ici assemblés avaient été émis lors du concert qui avait précédé, leur enregistrement, de plus, mis en circulation sous forme non retouchée. Mais pertinence à quoi l’objet imprime une torsion – et pas des moindres ! Car ce sont des pièces réellement nouvelles – d’ailleurs plus courtes, plus nombreuses que les deux plages qui constituaient l’un et l’autre des disques précédents. Littéralement : un travail alors inouï. La réussite, cette fois, est aussi que cette musique s’amuse – bien au-delà de la question "pourrait-on peu ou prou superposer les des passage de l’une et l’autre version ?" – avec nos mémoire ; nous renvoie – lors qu’on connaît les deux disques, les deux "phases" d'avant – à des bribes entendues déjà mais rendues là… Méconnaissables, nouvellement porteuses, chargées, mobiles. La surprise – son plaisir – sont d’autant plus vif que ces nouvelles durées, ces autres hauteurs, ces complexes de timbres autrement combinés, doivent forcément composer avec des empreintes rythmiques, des volumes et des teintes auparavant connues, au fil des écoutes reconnues, intégrées ; même pour les musiciens – que cette nouvelle proposition, pour ce qu’elle a de dissemblable à ce qu’ils avaient donné, qui en est pourtant la substance, a peut-être étonnés autant que nous autres auditeurs non impliqués dans le processus – une première fois appris, tissés par un tiers depuis leurs solitaires spontanéités, puis réinterprétés… Et là rendues toujours plus altérés, étrangers, neufs. La beauté de la chose tient aussi, cette fois encore, en ce que cette musique existe hors du concept, pour elle-même, pleinement musique. Cette fois très foisonnante, les traits et morphologies de jeux de chacun accentués "naturellement" vers leur plus grande expressivité. Les manières sans pareil de Phil Minton, ici, saillent particulièrement : ses cris et jeux de gorges, ses embardées aux confins du grotesque, du cartoon, de l’impossible. D’un index à l’autre, ce sont souvent l’une ou l’autre de ses trouvailles – réitérée comme un thème, un motif choisi alors qu’au départ elle n’était que le bond d'un seul instant – qui font rappel, tracent pour nous – pour eux, aussi, pour l’étape d’après… – cette continuité, ces mouvements qui se répondent en une forme propre, autre que celle, d’abord, qui en liait et espaçait les masses des particules. Encore, l’ouvrage échappe à toute morne application. Une fois de plus, le son est plastique – saisi comme infini, approprié comme un espace avec ses angles et courbes propres, pourtant ; ses densités modulables, fissibles, fongibles, extensibles… Mais indéniables caractères... Les morceaux de Verbatim sont encore de la vie sonore, l'un de ses possibles réalisé ; contrastés, accidentés – leur articulation, suite cohérente. Il restait, pour ce cour, à prendre corps, une dernière fois, dans l’enceinte commune.

note       Publiée le lundi 25 août 2014

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