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Bob Ostertag (b. 1957) › Say No More (Say No More Project, 1/4)

cd | 2 titres | 38:29 min

  • 1 Say No More [21:07]
  • 2 Tongue-Tied [17:22]

extraits audio

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enregistrement

Improvisations enregistrées individuellement par chacun des musiciens. Compositions créées à partir de ce matériau par Bob Ostertag, sur un sampler Ensoniq EPS16 et un système Protools Digidesign.

line up

Joey Baron (percussion sur 1), Mark Dresser (basse), Gerry Hemingway (percussion sur 2), Phil Minton (voix), Bob Ostertag (b. 1957) (sampling)

remarques

Ce disque est le premier d’une série de quatre – le projet Say No More – basée sur un concept particulier - détaillé dans les chroniques - de transformations et d'interprétations, réinterprétations successives de la musique, ainsi jamais fixée, jamais destinée à devenir "version définitive". Il est suivi, dans ce cycle, des albums Say No More In Person (live), Verbatim (studio) et Verbatim Flesh And Blood (live). L'ensemble des quatre volets du projet est téléchargeable (piste par piste) sur le site de l'artiste (se reporter au lien ci-contre).
L'édition double-CD Seeland de 2002 regroupe les deux premiers volets du projet : l'album "studio" Say No More et son interprétation en concert, tous deux sortis à l'origine en 1993.

chronique

"Cette batterie est inhumaine" ? Eh bien. Pas vraiment. Certain accents ne trompent pas, des variations, des particularités de timbres, les durées de certaines résonances. Cependant… L’expression, pour une fois, n’est pas simple cliché, commodité, métaphore. Ce débit, oui, cette fréquence des coups, cette densité, ont quelque chose d’impossible, pour un simple corps – littéralement injouables tels quels. Et certaines césures, certaines soudures, transitions, continuités, ont quelque chose de presque… Impensable. J’entends : que le geste, le souffle musicien – ceux de CES musiciens, même – n’iraient pas forcément chercher en temps normal. En résumé : quelque chose cloche, même avisée l’identité de ces singuliers joueurs, même reconnues leurs techniques parfois incroyables, leurs caractères irréductibles. Pourtant la chose – la pièce musicale – s’écoule, déferle avec sa propre fluidité ; prend corps avec une cohérence certaine, une densité palpable qui ne sont pas de collage, certainement pas seulement d’accumulation, d’empilage, de compost ou de concrétion de débris ; qui ne font pas "pauvre et seule et mécanique articulation", en somme. Il faut dire que ceux qui œuvrent, ici, ne voient pas la fin – même : entre eux, au moment de jouer, ne s’aperçoivent pas ; et que la main qui les lie, pourtant, l’esprit qui leur crée un espace commun, ne peut s’excepter d’entendre – seraient-elles accidents, coïncidences, reliefs décidés par l’oreille qui les saisit – leurs synchronies trouvées, les parts saillantes ou creuses ou s’accrochent leur matières… Explication : Say No More est un très curieux objet, une composition à l’étrange histoire, un point de départ sans pareil. Le premier volet d’un drôle de cycle. Au moment d’initier ce projet – en 1993 – Bob Ostertag en a déjà décidé le plan général, défini les étapes. Sans en connaître, pourtant, ce qui en sera la substance, la vitesse des courants, sans doute même sans avoir défini de durées. Parce qu’une partie de l’idée est aussi l’imprévisible – l’accident, disais-je, l’épiphanie des accointances de hasard. Pour commencer Ostertag demande à quatre musiciens – dont il connaît bien les traits particuliers, les manières inimitables – d’improviser, chacun en solo sur son instrument, sans avoir connaissance de, sans prendre en compte ce qu’ailleurs chacun des autres pourra livrer. Sans autre contrainte ni précision. Puis les bandes livrées, il les écoute, inlassablement ; convertit lesdites improvisations en fichiers numériques, en nourrit son sampler, les transfert sur le disque dur de son ordinateur – les rend ainsi plus malléables, modifiables, paramètres immédiatement accessibles (de durées, de hauteurs, de volumes… toute la physique et la physiologie du son), chacun de leurs instant plus directement accessible aux découpages, au montage. Et de fait, à partir de ces disparités, l’homme aux machines crée… Un groupe. Deux plages qu’il nomme – avec malice, sans doute, humour, puisqu’en eux il invente, en même temps, le dialogue – Say No More (N’En Dis Pas Plus) et Tongue-Tied (La Langue Liée). Humour parce que ces titres, aussi, décrivent le processus à l’œuvre, les formes et les limites et les ouvertures qu’il induit, un rapport aux matériaux dont le compositeur s’empare. Le risque – celui qu’on prend quand on ne se targue pas de prouver que tout est égal – nous dit Ostertag, était, d’une part : que se perdent les voix de chacun, dans ce composite choral, qu’elles se dissolvent et se défigurent dans une forme nouvelle mais arbitraire, une architecture oublieuse des natures sur quoi elle construirait ; d’autre part : que chacune desdites natures trace ses lignes sans répondre aux autres, sans que se crée un dessein commun, même une tension qui en tiendrait les courses, en camperait le mouvement. Et ce qui est beau, ici, c’est que de ces périlleuses prémisses – tant il adviendrait facilement que du Concept ne découle qu’un art étroitement... conceptuel, "illustrant" le concept – naît un ouvrage réellement, pleinement musical. Say No More – le morceau – immédiatement intense, touffu, qui va s’épaississant, s’accélérant encore à mesure que progressent ses vingt et une minutes – certaines parties de batterie dans sa seconde moitié, semble-t-il, résultent d’un montage de dix fragments ou plus par laps d’une seconde. Tongue-Tied qui avance plus lentement, s'aère, permet la relâche d’une écoute réellement éprouvée par le grain serré, dur, impénétrable, du premier index. Son flot varie, pulse longuement, sa respiration se dilate et se ramasse, son cœur fait balancier. Et partout – dans ce travail extraordinairement détaillé, minutieux ; dans ces fortes déferlantes et cheminements croisés – on continue d’entendre l’unique des musiciens, de leurs contributions parallèles, isolées, premières. Les heurts roulés, cyclés, de Joey Baron sur Say No More ; la dynamique plus fracturée, plus éparses mais pas moins puissante de Gerry Hemingway sur Tongue-Tied ; partout, l’abrasion de timbres poignante et presque jubilée aux frottements d’archets, aux sauts de cordes claquées de Mark Dresser ; et l’expressivité bizarre, exultée, grotesque, extrême de Phil Minton avec ses grognements, glapissements, cris de cartoons expulsés avec un sens exact des longueurs et des consistances, de la modulation. Tous se tiennent dans cet espace nouveau, inédit. Et l’on a beau discerner l’assemblage – encore une fois, se dire avec certitude que, réunis dans une même enceinte, en présence les uns des autres, ces musiciens ne saurait reproduire à l’identique ce qui s’entend ici – il tout aussi indéniable que ce qui se joue là, à cette place virtuelle, décidée par un tiers, n’est pas errance, pas stérile trafic. C’est une autre créature, indépendante et infusée encore des âmes – avec où sans guillemets, chacun le comprendra comme il veut – de ses créateurs aux gestes distincts, aux azimuts par l’un deux finalement tracés. Finalement ou pas, d’ailleurs : peut-être seulement comme un autre, comme l’un des moments de la chose. Restait à rendre concrète – réelle, simultanée, incarnée – la rencontre. Ce serait l’étape, le disque, la phase d’après de ce projet décidément peu banal.

note       Publiée le mercredi 13 août 2014

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Klarinetthor › samedi 27 septembre 2014 - 08:50  message privé !

Ok, je vois le genre de superposage que ca peut etre, j'avais mal lu, pour la contrebasse.

Note donnée au disque :       
Dioneo › vendredi 26 septembre 2014 - 14:31  message privé !
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Ben sur celui-là vraiment pas facile de dire (ce) qui produit quoi, encore plus que sur les autres de la série (notamment les deux volets live). Et oui : déjà qu'il est pas mauvais en timbres râpeux et drôle-d'ambiance, à la base, le gars Dresser...

(Ce que je eux dire c'est que ça peut aussi bien être Ostertag qui a "concentré" en les montant les moments les plus grinçants de l'impro du contrebassiste que lui-même qui à la base se soit tapé une session spéciale de kkrrr-ssssshhh-Plkronk prélevée ensuite telle quelle dans la compo. (Me rappelle plus précisément la partie à quoi tu fais allusion, j'avoue... C'est pas non plus le genre de pièce dont tut gardes aisément le "séquençage" en tête, hein !)).

Klarinetthor › vendredi 26 septembre 2014 - 14:24  message privé !

Mais ce sont quoi ces sons de cordes frottées sur la fin de Say no more? C'est epileptique sur la durée.

Note donnée au disque :       
Dioneo › mercredi 13 août 2014 - 17:02  message privé !
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Ah oui tiens, j'avais pas percuté... J'ajoute ça en liens, du coup (ainsi que son site en général... Il y a mis un paquet de ses disques dispo comme ça, en fait, il semble). Merci pour le tuyau.

nicola › mercredi 13 août 2014 - 14:00  message privé !

Les quatre CD sont disponibles en téléchargement gratuit sur son site (c’est hébergé sur Soundcloud ou sur archive.org, selon) ; All the rage aussi.