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Red › 33

11 titres - 53:45 min

  • 1/ Talkin’ Williams Lee Song
  • 2/ Daily Misery
  • 3/ I’m A Liar
  • 4/ Life Is Great
  • 5/ Drunk Train
  • 6/ Brother
  • 7/ Cockroaches For Our Supper
  • 8/ A Fear
  • 9/ A Good Job
  • 10/ Empire Of Quiet
  • 11/ The Beast In Me

enregistrement

Auditorium de Saint-Ouen ; Main d’Œuvre (Saint Ouen) ; Studio 8PM, Lyon ; « à la maison », 2002

line up

Noël Akchoté (guitares acoustiques, guitares électriques, ampli, basse, claviers), Jérôme Excoffier (guitare slide, choeurs), Martine Lanciot (chœurs), Anthony Mowat (banjo), Neman (batterie), Jean-françois Pauvros (guitare à l’archet), Red (voix, guitares électriques et acoustiques, claviers, banjo, basse, électronique), Akosh Szelevényi (parole, saxophone ténor), Philippe Tessier (sax ténor), Thomas Belhom (batterie), André Hermann Düne (guitare électrique, chœurs), David-Ivar Hermann Düne (guitare électrique, chœurs), Charlie O. (orgue Hammond), Christian Rollet (batterie, percussion), ZZZeb (batterie)

chronique

Styles
blues
country
folk
Styles personnels
misérable miracle

Il est venu le temps du lâcher prise. On l’entend dès les premières notes. Il y a même une batterie, c’est dire s’il y a changement. Une espèce de groove s’empare de nos ossements, rampant et vicieux, trop poisseux pour espérer s’en défaire d’une secousse. Pour la première fois Red s’entoure d’un vrai groupe. De toute évidence sa musique n’est plus cette créature attachante et un peu blême, mains crispées sur le manche et mâchoire verrouillée, qui ruminait l’espace clos de ses deux premiers disques. Elle a grandi, pris corps, souplesse et fermeté. On ne l’a pas vu venir… Maintenant elle nous regarde en face. Elle ose. Les arrangements, les arpèges au banjo, l’amplification. Les frottements d’un sax free sur le velours d’un orgue Hammond (Good Job). Le swing des Appalaches même, avec balais sur la caisse claire, glissement sur les cordes et chœurs traînants (Drunk Train, foutredieux, ce truc est complètement addictif !). La voix s’est dénouée, dégrippée. Elle articule chaque mot, parcourt l’étendue de son registre, se risque même à tenter la séduction (A Fear). Bien sûr on se méfie. On commence à connaître le bonhomme. On n’est pas si rassuré de saisir enfin sa parole. Elles ne sont pas que plaisantes, ses histoires. Ça parle encore de misère quotidienne. De peur au ventre et de mensonge endémique. D’un tueur de cafards aussi. De s’envoyer les mêmes bestioles en guise de dîner. Ce type voudrait nous entraîner dans l’Interzone, on n’en serait pas autrement surpris. De fait, une fois encore, ça bascule à la deuxième plage (la montée de clavier rongée jusqu’à la trame qui fait pivot avec le premier titre). Une ligne est passée, sans retour possible. On ne s’en retrouve pas pour autant en terrain neutre ou en mains propres. Il apparaît soudain que tout, ici, s’accomplit avec le même flegme un peu alarmant. Le Cool, en ce lieu, n’est pas une pose. C’est le détachement souverain -métaphysique et terre-à-terre- de ces très vieux blues d’avant les dieux, les guerres de nos aïeux et la bande magnétique. La tranquille détermination de tous les Stagger Lee. La suprême lucidité des états-limite… Le silence habité qui suit les catastrophes. Un vide s’est ouvert, où s’engouffrent et se tressent humour et désespoir, blasphème et pleine acceptation. Sans morale, en toutes conséquences. La vie est géniale, j’ai trente-trois ans et ça me rappelle une certaine histoire. La musique, avec tout le reste, s’affranchit du prétexte. La panique n’a plus de prise. L'angoisse n'a plus d'importance. On boira encore, mais plus pour fuir ou pour guérir. On fêtera et l’on s’endeuillera. On aimera toujours mais plus pour être sauvé. On dansera pour danser. Nous voilà plongés sous l’Empire du Calme, là où rien n’est échappée. Ni douleur ni plaisirs, et pas même le sommeil. On n’a même plus l’excuse de n’avoir plus le choix. Pour nous rendre à nos vies, Red emprunte à Nick Lowe un chant grave, lucide et détendu, seule reprise de tout l’album. (God Help) The Beast in Me... Selon toute vraisemblance ni l’auteur ni l’interprète ne croient en Dieu ni à la Bête. On serait bien en peine, à l'un et à l'autre, de leur trouver des gueules de Martyrs ou de Messies. Mais une bonne chanson, c'est toujours plus qu’une métaphore. C'est toujours littéral. C’est une part d’immanence, cruelle et magnifique. Celle-ci est une grande chanson. Et "33" est un très grand disque.

note       Publiée le lundi 14 juillet 2008

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Dioneo › mardi 7 janvier 2014 - 16:36  message privé !
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Hum... En vrai... Je vois pas grand chose - rien ? là oui, même, allez, comme ça - que je pourrais foutre dans la même catégorie.

Pas une question de "niveau de qualité", classement etc. mais je sais pas... Je trouve le gars vraiment à part. (Et ce disque à part des siens d'avant, aussi, et d'après ; moins bizarre que ses premiers ; pas apaisés comme ses suivants ; ça fait... plus qu'un peu la diff', je dirais).

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Klarinetthor › vendredi 3 janvier 2014 - 01:04  message privé !

enregistré à Main d'Oeuvre, déjà il y a plus de 10 ans, j'apprends ça. Le disque de blues français? Il y a des concurrents, mais Red semble bien placé

Dioneo › dimanche 8 septembre 2013 - 15:29  message privé !
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(Eh eh... D'rien donc).

Et oui, c'est un truc que j'aime bien chez Red, aussi : ses reprises choppent complètement au cœur les chansons choisies mais le rendu est souvent assez (jusqu'à très, très) différent des version originales (sur l'exercice bien casse-gueule mais à mon avis réussi de Songs From A Room mais déjà quand il attrapait Road To Nowhere des Talking Heads ou - moins étonnant pour ce qui est du choix - Baby Please Don't Go, les deux sur Felk, son premier... "Bidouillé", tu disais ! C'était bien le mot, autrement, sur ces deux là précédent celui-ci).

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azfazz › dimanche 8 septembre 2013 - 15:24  message privé !

Tiens, j'ignorais que c'était une reprise. C'est réussi, Red s'est bien approprié la chanson, mais j'apprécie aussi originale (pas encore allé écouter la version de Johnny Cash). Merci pour cette (encore une !) découverte.

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Dioneo › dimanche 8 septembre 2013 - 15:10  message privé !
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Ouaip, sacrée conclusion, cette chanson. (Empruntée à Nick Lowe, en passant. Un certain Cash s'y est attaqué, aussi, apparemment...).

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