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Red › Songs From A Room

10 titres - 44:31 min

  • 1/ Bird on a Wire
  • 2/ Story of Isaac
  • 3/ A bunch of Lonesome Heroes
  • 4/ The Partisan
  • 5/ Seems So Long Ago, Nancy
  • 6/ The Old Revolution
  • 7/ The Butcher
  • 8/ You Know Who I Am
  • 9/ Lady Midnight
  • 10/ Tonight Will Be Fine

enregistrement

Enregistré à la maison en 2001.

line up

Martine Lanciot (voix sur 7), Anthony Mowat (électronique sur 8, banjo sur 10), Red (voix, guitare, électronique), Cyril Darmedru (saxophone sur 1, 3, 4)

remarques

chronique

Styles
folk
ovni inclassable
Styles personnels
séquestration de poète

Drôle de parti pris : rendre inaudible Leonard Cohen. Le grogner, le râler. Bousiller sa délicate mécanique de poète élisabéthain, tranchante et ciselée, à coup d’effets indélicats, d’arrangements claudicants et craquelés. Flouter ses mots. Pourquoi ? Pour n’en garder que la noirceur peut-être, l’amertume tapie sous les manières affables. Bird on a Wire… Mais tout sera fait pour le mettre en sourdine, l’oiseau. Et puis curieuse idée d’abord : tout un disque de reprises d'un seul auteur– qui plus est lorsqu'il s'agit de s'attaquer plage par plage à l'une de ses œuvres les plus fameuses, en allant jusqu’à en décalquer la célèbre pochette. N’est-ce pas trop tôt pour ça, un deuxième album ? C’est comme si Red, après un premier essai tout en malaise, en collages, en fausses pistes et en rugosité, voulait se dissimuler un peu plus. Felk était une concrétion de Home Studio, au sens extrême du terme : enregistré sans doute dans une pièce unique, sans chercher à en polir la misère technique. En l’accentuant, même. Un disque clos aux finitions salies, délibérément. Un indice à la fin de la dernière piste, innocemment lancé par une fraîche voix d’enfant, nous prévenait, nous alarmait un peu : le prochain se ferait à la cave. Elle n’avait pas menti, la gosse. Cette fois-ci la vie du dehors ne filtre plus. Pas de fenêtre ouverte, pas de tuyauterie pour trahir la proximité d’un quelconque voisin. Le son est toujours rudimentaire, fauché, mais maintenant il est mat, plein comme le béton. Amis, épouse, progéniture, plus rien ne sourd de leur présence. Seulement voilà : avec ce diable d’homme, on ne peut jamais savoir. Et bien vite l’ambiance bascule. En planquant son idole au sous-sol, en se cachant derrière un autre poète, l’homme décide en fait de se révéler. Ce qu’il ne veut pas lâcher, vous ne l’aurez pas, c’est entendu. Ils m’ont dit résigne-toi, mais je n’ai pas pu. Ce qu’il vous offre, vous ne pourrez le refuser. Ce sont d’abord d’autres voix, jusqu’ici insoupçonnables. Une raucité surprenante, étonnement chaude sur Story of Isaac, avec ses accents à la Tom Waits (les arrangements y font beaucoup aussi : ces cymbales aux allures de gongs…). Un chant encore fragile parfois, voilé (The Old Revolution) mais enfin un chant, le dépassement du murmure. Et puis ce type sait jouer, au fait ! Du contraste et de son instrument. En virtuose de l’un, en conteur de l’autre. Il ne pose plus systématiquement en impulsif aux doigts raides. De plus, à bien y regarder, il n’est pas si seul. Plus d’intrusions, certes, plus d’échos domestiques, mais de rares invités. Oh certes, on ne les identifie pas si aisément ! La lumière est mauvaise et la mise au point pas toujours parfaite. On a d’abord du mal à croire qu’ils sortent bien d’un saxophone, ces gémissements. On ne sait pas trop si c’est une scie qui hante l’histoire d’Isaac, ou une autre machine. On ne saurait toujours trier le joué du samplé (est-ce un accordéon sur The Old Revolution ?). Les bizarreries électroniques, les sifflantes et le bourdon de l’unité centrale, les attaques brutales sur les cordes n’ont pas cédé la place. Pas d’un pouce. Mais lorsqu’une autre voix survient, ça n’est plus en intruse, en gêne sournoisement intégrée. C’est pour livrer son chœur et c’est de toute beauté. De fait, ce disque est l’aboutissement d’une démarche. La dissymétrie assumée de Felk atteint ici à une singulière perfection. L’attraction en creux qu’exerçait la musique de Red s’est inversée en un relief non moins fascinant mais enfin palpable, saillant. La tension est toujours là mais elle ne nous tient plus à distance. Drôle d’achèvement mais achèvement tout de même. Reste qu’on se demande ce qui pourrait bien suivre une réussite aussi particulière. S’il est possible, sans sombrer dans le ridicule ou l’irrecevable, d’aller plus loin. S’il est imaginable qu’un tel musicien puisse, sans se perdre, explorer d’autres voies. Comment il pourrait éviter d’en venir à se singer, à jouer du Red pour la galerie... Cette fois encore le dernier morceau, en ses ultimes instant, nous met sur la piste. Pour la première fois, en conclusion de ce Tonight Will Be Fine à l’apaisant banjo, une certaine légèreté se libère. Inspiration ou préméditation, le Rouquin de Villeurbanne se met soudain à rouler curieusement ses "r", comme le ferait en personne l’Ermite Canadien. Un Français imite un Québécois qui infléchirait sa propre langue. Le procédé, en toute logique, devrait tourner à la farce, au désastre. À la caricature. "Mais je sais d’après tes yeux" … Ô miracle ! c’est l’inverse qui advient. Un relâchement inespéré. Soudain le monde respire entre ces quatre murs. Épiphanie : cet homme à de l’humour ! Comme son modèle, il en produit la preuve au moment le plus inattendu. Et tout l’hommage et tout l’aveu s’éclairent d’un jour nouveau. "Mais je sais d’après ton sourire. Que ce soir, ça ira bien"… Pour un moment .

note       Publiée le dimanche 13 juillet 2008

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Dioneo › dimanche 12 septembre 2010 - 22:18  message privé !
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Eh... Faut dire qu'il l'a spécialement décharnée, déchiquetée, delirium-tremensée, celle-ci ! Rongée aussi, tiens, ruminée. D'abord pas mal méconnaissables les versions, c'est sur, de manière générale.

Par contre j'avais trouvé que la cohérence du disque devenait de plus en plus évidente au fil des écoutes (un peu comme pour Felk, en fait), à mesure qu'on pénètre les couches clouées-rouillées.

Vraiment à part décidément, ces deux premiers albums.

microbe666 › dimanche 12 septembre 2010 - 22:03  message privé !

Il me faudra un peu de temps, j'ai écouté la première moitié seulement, c'est beaucoup plus déconstruit que ce que j'imaginais. Je pousserai le son la prochaine fois. J'en étais à ne pas reconnaître story of isaac alors que je l'ai rongé, le songs from a room.

Dioneo › dimanche 12 septembre 2010 - 12:17  message privé !
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Et qu'est ce qu'il te dit, du coup ? (Euh... "Baptême de Criss de Tabarnak"...).

microbe666 › dimanche 12 septembre 2010 - 10:59  message privé !

Enfin je peux l'écouter. Bordel.