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Julee Cruise › Floating Into The Night

cd • 10 titres • 47:46 min

  • 1Floating
  • 2Falling
  • 3I Remember
  • 4Rockin' Back Inside My Heart
  • 5Mysteries Of Love
  • 6Into The Night
  • 7I Float Alone
  • 8The Nightingale
  • 9The Swan
  • 10The World Spins

line up

Angelo Badalamenti (synthétiseurs, production, piano, orchestration), David Lynch (production), Julee Cruise (chant)

Musiciens additionnels : Eddie Dixon (guitare), Vinnie Bell (guitare), Kinny Landrum (synthétiseur)

remarques

chronique

Styles
heavenly
pop
ambient
jazz
Styles personnels
lynch dream pop

On m'a mis dans mon bocal, comme le petit poisson. Et on m'a dit de rester sage, comme quand j'étais petit garçon. Tant qu'il y a du liquide dans lequel baigner, pourquoi s'inquiéter ? Tant qu'il y a ce paradis blanc de M. Berger dans lequel m'envelopper, immunisé contre la peur des grands. Le coton imprégné d'éther à sentir, pour sombrer... Tant que je baigne dans les synthétiseurs amniotiques d'Angelo, ou que ce soyeux saxophone fait veilleuse pour me rassurer. Comme quand j'étais petit et que je rêvais au présent, en vivant mes rêves les yeux écarquillés. En sachant que je rêvais et que je pouvais rester dans le rêve, avant que ne sonne l'appel de l'école. Retour au cocon matriciel. Je peux rêver tranquille, même si maintenant j'oublie presque tout de mes rêves. Je le connais, de toute façon, déjà très bien, ce bocal... Et dedans, depuis deux-trois nuits à ne pas dormir, je commence à entendre cette voix de femme. Un p'tit boutchou, d'une innocence trop pure pour être vraie. Angélique. Indissociable du sublime Badalamenti, l'homme aux claviers des Limbes, et donc des films du grand, de l'incontournable, de l'unique David Cronenberg. Oui, j'en parle de mémoire, j'ai plus accès à internet. Paraît que ça angoisse la poiscaille, comme des mains d'humains qui s'agitent devant l'aquarium. Faut le laisser tranquille dans son bocal, ce petit garçon, et il dormira. Le laisser s'échapper avec ce qu'il a sous la nageoire. De la musique à l'infini... Un écho infini. Les sonorités smooth-jazzy, à la fois doucereuses et morbides, le club désert... Et cette voix trop douce, trop diaphane pour être vraie. Pas besoin de bouger pour s'évader, avec c'qu'elle peut fabriquer. Se laisse dériver. Baigner dans le Velours Bleu, comme dans un songe cotonneux. Penser, peut-être, à des mélodies de jadis, qu'entendaient les grands-parents. Chou-wap chou-wap chooou-wap... Un p'tit slow et puis s'en va. Le velours m'enveloppe, me recouvre, par couches successives. Je grelote. On est où ? Et cette Julee, existe-t-elle ? Reste calme et suis les ondes molles des ritournelles, petit poisson, elles qui t'enfonceront, dans les douces ténèbres... "Into the Night", n'est-ce pas la réincarnation musicale de la veilleuse qui te permettait de faire ta nuit ? C'est du passé, mais c'est encore là, comme le croquemitaine déguisé en petite souris. Tes sanglots n'y changeront rien, petite Sandy : l'innocence est morte. Une photo jaunie, froissée, oubliée... Déchirée, comme ton cœur de fifille à papa. Pourquoi "Mysteries of Love" est si déchirante ? "I Float Alone" d'une beauté aussi cruelle, troublante, comme un sourire apaisé par la dissociation post-traumatique ? Quelles sont ces mélopées, sinon des souvenirs flous ? Est-ce bien un disque, ou le juste souvenir d'un disque ? Au fur et à mesure que cette musique me plonge dans une solitude absolue, je m'éloigne de moi-même. Et Julee m'accompagne, tendre fée, dans la plus moelleuse et profonde des nuits blanches. De velours noir. Oui... Je flotte dans cette nuit sans fond. Je pleure sans larmes et je plonge dans des draps sans fin. Je ne suis pas sur le dos comme cette poupée, mais je flotte. Seul.

note       Publiée le jeudi 19 mars 2020

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notes

Note moyenne        6 votes

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bubble › dimanche 22 mars 2020 - 20:52  message privé !

Le final d’into the night est encore plus savoureux sur industrial symphony #1 le show de j Cruise orchestré par Lynch.. j’ai encore la vhs ..

Raven › dimanche 22 mars 2020 - 20:25  message privé !
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Cimer (et désolé d'te l'avoir soufflée). Ici il colle à la platine depuis... J'essaie d'écouter d'autres trucs complètement différents, mais ça veut pas, à minuit ça revient ; je savais pourtant qu'en temps normal il est déjà du genre à s'avancer tout mignon et à te bouffer façon abîme/amibe (c'pour ça que je l'écoute même pas une fois par an depuis toutes ces années). Alors attention, au cas où j'aie été trop tiède au-dessus : c'est de l'isolant vorace, ce machin, pochette = musique. On y rentre sans savoir quand on va en sortir, comme... enfin vous avez compris.

Note donnée au disque :       
dariev stands › dimanche 22 mars 2020 - 19:30  message privé !
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Très belle chro. Une des définitions du sombrex pour moi, ce disque. Oui , y'a quelques secondes de break qui sont le comble du malaise en musique, pour moi, ça ne fait que mettre en valeur le côté lovey-dovey congelé du reste...

Note donnée au disque :       
Wotzenknecht › jeudi 19 mars 2020 - 22:16  message privé !
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Sopor Aeternus a repris Into The Night sur Mitternacht dans une version glucose mais sympa.

nowyouknow › jeudi 19 mars 2020 - 19:01  message privé !

Into the Night y'a 3 secondes qui percent san sménagement la bulle incroyable dans lequel le morceau arrive à m'envelopper : horrible, affreux. Je me retiens depuis des années d'éditer purement et simplement le morceau en remplaçant ce très court HS par du silence.