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Mercury Rev › Yerself Is Steam

cd • 8 titres • 49:24 min

  • Rocket
  • 1Chasing a Bee7:13
  • 2Synringe Mouth4:05
  • 3Coney Island Cyclone2:38
  • 4Blue and Black6:00
  • 5Sweet odyssee of a Cancer Cell t’ th’ Center of Yer Heart7:41
  • Harmony
  • 6Frittering8:48
  • 7Continuous Trucks and Thunder Under a Mother’s Smile0:44
  • 8Very Sleepy Rivers12:20

extraits vidéo

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enregistrement

« Entire Amplified Johnson Noise produced by Mercury Rev. Two-Inch band limited signals arrived at by Dave Fridmann. Coalfed by Keith Cleversley. Broad Band emulsions left zeroed in on by Kristin Petersen. Grabber hand by Mooneyham. »

line up

David Baker (vocals), Jimmy Chambers (drumming, blue-line), Jonathan Donahue (silver pickup guitar, vocals when left to himself), Dave Fridmann (bass explore, majestic bellowphone), Grasshopper (unafon guitar reels), Suzanne Thorpe (point red flute)

remarques

Il existe de nombreuses éditions de cet album, avec des variations quant aux plages présentes, aux bonus proposés, sur 1 ou 2 disques (CD ou LP). La version ici chroniquée est l’édition Beggars Banquet de 1992, présentant un deuxième CD – Lego My Ego – qui fera l’objet d’une chronique dédiée.

chronique

Déraison ! Chassez l’abeille (dans un pot), elle revient au gallon – ça fait quatre litres et demi, environ, ce qui est beaucoup comme quantité de miel, surtout de celui-là, qui sent son Haut Himalaya, là où les hyménoptères géants le suintent psychédélique, mortel à trop grosse dose, trippant si l’on s’y risque d’une cuillerée, il semble… "So you come drippin’ from the Hive…". Incidemment ce riff – sur Synringe Mouth – me donne toujours envie de chanter que non non, non non non non, non non non non, non non y’a pas d’limite. Hasard peut-être. Mais aussi : bizarre, quand on la scrute, cette image de pochette. Les balcons sont accortes mais… Ce visage, là, au-dessus : c’est bel et bien une mioche ! "Your soul’s obscene but I don’t mind"… Bon. Des dérives, ce disque en est plein. Des variées, au point même que ça paraît tout court le bordel total, au début. Et ensuite encore d’ailleurs mais on s’y fait. Voire, on y prend goût. Les premiers Mercury Rev – celui-ci, la compilation Lego My Ego parfois glissée dans le même boîtier, Boces le suivant ; tous avec David Baker comme chanteur principal, avant que Jonathan Donahue ne prenne les rennes – sont à part, bien différents de l’art raffiné qu’ils déploieront plus tard, des demies-teintes, de tout souci de cohérence apparente, aussi. Tout y est affaire de débordement, de couleurs qui flashent ou de trous noirs qui les avalent, de sons vrillés, voix déformées qui parviennent à travers les torsions de la perception. Tout ça, pourtant – sous l’excès ostensible, les giclées – n’est pas simple guignolade, ni simple bœuf de musiciens trop défoncés pour pondre de vraies chansons. À bien les réécouter, la folie déchirée de Chasing a Bee – avec son clip cramé –, le concassage de Synringe Mouth, sont parfaitement réglés, justement déréglés, plutôt, pour qu’on se pique d’en absorber à grandes goulées les flots saturés de fréquences et d’informations, qu’on monte le son pour en reprendre une dose. Et même, autre piège à réminiscences, à affects cachés, au chaud dans les plis prêts à mieux ressurgir : un truc comme Frittering, avec son intro acoustique, son feedback de guitare qui surgit à point pour noyer ça, sa voix détachée mais douce, s’avère à l’usage curieusement touchant, émotion fragile exposée soudain par allusion, transparences, matière vivante, pensante, sensible. Et les longues plages à priori sans plan, sans fin visible – Sweet Odyssee… ou (surtout) Very Sleepy Rivers – sont des coulées aux idoines vitesses, viscosités, teintées dans la masse pour saisir, afin qu’on monte avec. Bientôt on soupçonne, au fil des écoutes que les à-priori-pochades du début du disque sont là pour endormir la méfiance, écarter peut-être les trop sérieux mélomanes, ceux qui ont l’amour rigide, cassant, le goût du bien rangé, le dégoût de l’hirsute. Et que lesdites plages étirées – une fois qu’on en a gagné l’accès – sont celles où, en vérité, ils l’ont infusé le mieux, le fameux miel intoxicant. On n’en doute plus, assez vite. On retombe dans Very Sleepy Rivers… on se dit que c’est finalement bien court, qu’on en prendrait encore. Un truc déconne encore, pourtant, même des années après la découverte, empêche qu’on en finisse tranquille – peut-être bien cette espèce de sirène de pompiers ou d’ambulance, en fond, par dessus les voix grotesques et les grattes qui s’élèvent en murs dilués, enflent en se dissolvant. La stase grossit, on s’y sent pris, on perçoit l’interminable glissement des plans, normalement insensible. Le corps est engourdi, les mouvements alanguis – mais tous les capteurs, les bouts de tous les nerfs stimulés, exfoliés, extralucides. On en sort imprégné, trempé, car ce disque dégouline. Il s’aspire, il se lèche, on le laisse pénétrer par les pores. Pour l’heure, on ne voit pas trop pourquoi on cesserait de flotter avec lui et dedans, dilatés.

note       Publiée le lundi 15 mai 2017

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Note moyenne        6 votes

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(N°6) › jeudi 19 juillet 2018 - 19:16  message privé !
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C'est vraiment drôle à quel point David Baker chante comme Howe Gelb sur la première piste, qui du coup fait vraiment penser à du Giant Sand version acid-rock. Et comme sur "Frittering", malgré la différence notable entre les deux périodes du groupes (avant/après See You on the Other Side), on ne peut pas se tromper, c'est bien dans le fond le même Mercury Rev que celui de la fin des 90's, le lyrisme est simplement planquée dans la disto, avec les mélodies jolies. Y a ce lien lointain avec Sparklehorse et son américana lo-fi-noisy, ce lien plus proche avec les Flaming Lips de la même époque (doh ! Donahue y faisait le même vacarme). C'est beaurdélique.

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dariev stands › jeudi 18 mai 2017 - 18:52  message privé !
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Es tu certain que tu dirais ça si la "honeypop" en question était signée Bashung ou Scott Walker ? Deserter's Song a la profondeur de ces deux-là, et plus encore... C'est juste que la pose dark n'est pas la même, et que Donahue est un éternel ahuri (ça , ça n'a jamais changé). Pour moi, même si il existe clairement deux Mercury Rev inconciliables, le miel de Donahue est bon qu'on le mette dans du yaourt psychédélique ou sur une tartine de violons. Et je les ai vus sur la tournée Snowflake Midnight, et des frontmen comme lui, j'en ai pas vu des masses (sans aller jusqu'à dire "on en fait plus"). Sur scène la sincérité du truc passe bien mieux que sur disque...

Klarinetthor › mardi 16 mai 2017 - 19:00  message privé !

C'est honteux quand on a fait yerself is steam. A part ça, j'honnis la honeypop, et encore plus sous sa forme symphonique.

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dariev stands › mardi 16 mai 2017 - 14:06  message privé !
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Oui, je ne vois pas ce qu'il y a de si honteux dans ces albums, Mercury Rev prend des risques, ce qui est toujours mieux que de faire du revivalisme professionnel. Idem pour Flaming Lips, je veux bien le noms de leurs albums "de daube", même si forcément sur 20 albums, il y a du déchet, surtout qu'à moment donné ils ont sorti pléthore de collabs et projets bizarres en mode n'imp'. Et ce premier album est touché par la grâce de la vase fluorescente.

(N°6) › mardi 16 mai 2017 - 13:18  message privé !
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Je sens qu'il va falloir que je m'attèle aux Mercury Rev tardifs, très loin d'être honteux (sauf la pochette de Secret Migration).

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