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Dominique A › Remué

  • 1999 • Lithium 72438 471432 1 • 1 CD

cd • 14 titres • 54:23 min

  • 1Comment certains vivent04:25
  • 2Pères03:35
  • 3Encore05:38
  • 4Je suis une ville04:12
  • 5Tu vas voir ailleurs03:02
  • 6Avant l'enfer03:35
  • 7Exit04:57
  • 8Douanes04:33
  • 9Ma vieille tête03:17
  • 10Le détour03:24
  • 11Rien qu'à voir03:59
  • 12Retrouvailles03:29
  • 13Surestimé02:59
  • 14Le morceau caché03:18

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Rare Book Room Studios, NY (printemps 98), à l'Olympic Cinéma, Nantes et au Manoir de Coët Codu (automne 98)

line up

Dominique A (chant, guitars, sampler, orgue, claviers), Sacha Toorop (batterie), Christian Quermalet (orgue, guitare "hawaï", guitare), Luc Rambo (piano, orgue, rhodes), Fabien Béguin (basse), Stephen Ametrand (trompette), Paul Garment (clarinette, sax ténor), David Mecionis (euphonium), Fred Vidalenc (ondes martenot, cymbale), Pedro Diaz (hautbois)

remarques

chronique

Styles
chanson
indie rock
Styles personnels
nausée

"Je vis dans la crasse, je suis dégueulasse, et alors ?" Ce sont des mots de Jean-Louis Murat. Encore d'autres : "Je trouve dégueulasse tous mes souvenirs". Ils conviendraient pour définir ce ressenti. Remué, au creux du ventre qui se noue. J'ai la nausée complaisante. Je goûte presque avec satisfaction l'âcreté de cette bile qui remonte. Je ne m'aime pas beaucoup, comment les autres pourraient-ils m'aimer ? Je leur rends bien. Ceux qui se sont aventurés trop près, leur bienveillance, je leur ai fait payer. Assez de malentendus sur ma gentillesse, elle ne m'a pas apporté grand chose, sinon de vieillir prématurément. Oh, ma vieille tête, je t'ai assez vue, je ferais bien sans. Mais à moins de se suicider… Et il y a encore tellement de gens à décevoir. A trahir. Avant l'Enfer, profitons bien de toute notre médiocrité, à nous autres, pauvres hommes, fils de rien dans la file, en attendant de prendre notre tour. Un mauvais cheval comme on dit. Y a une délectation imbécile à prendre le chemin qui ne mène nul part, l'amertume de voir ceux qui réussissent n'en est que plus profonde. Pourtant j'aurais tenté. Du moins je crois. Ou je me suis trouvé trop de bonnes excuses pour ne rien faire de bien, comme d'autre en ont trouvé de mauvaises pour me quitter, moi avec qui "elle était toujours heureuse". Dans mon crâne, tout est lancinant, tout est dissonant. Il faudrait partir. Oui mais. Mais. Mais. Mais. Toujours de bonnes raisons pour ne pas bouger. "Manger dans la seule assiette qui n'était pas lavée". Et exprès encore. Se mépriser un peu trop pour être franc, s'assurer une complicité perverse avec ses velléités. Avec ça, c'est sûr que ça ne changera jamais, qu'on ne quittera jamais la ville, la grisaille, les marqueurs dont on aime à vérifier qu'ils nous blessent encore, et encore, et encore, et encore. Que quand la douceur s'installe, c'est une suavité volontairement écoeurante, exit les bons sentiments. La gentillesse disait-elle. Tout ça pourquoi ? Pour en arriver à la simple politesse. Insupportable. Quand on a joui dans la bouche d'une femme et que de celle-ci ne sortent plus que des politesses, c'est ça qui est obscène. L'amour, tout ce barda, surestimé. Nous ne nous retrouverons pas. Ni toi, ni les autres. Nous ne seront pas amis, ni de près, ni de loin. "On ne remercie pas ceux qui vous ont quitté". Je n'ai jamais trop aimé les gens et leurs noms, leurs histoires, leurs traits dont je lis toutes les irrégularités. Il fait froid dans les chambres et froid dans les rues. Inutile de faire des détours, on trimballe nos rides, au visage, au coeur, quelque soient les frontières qu'on franchit avec l'assurance illusoire d'avoir changé de vie. Être con, mais pas au point de voyager par plaisir. Avoir le mépris vite à venir. User et abuser de sa propre tristesse. C'est un peu facile, c'est un peu dégoutant aussi. Cette saveur de bile, parfois elle me revient encore au fond de la tasse de café. Mais on s'habitue très bien à tout. Même au pire. Ne me croisez pas dans la rue. Je ne vous aime pas. Je vous souris. Vous me trouvez sympa. Vous ne savez pas vraiment ce que je pense. Heureusement pour vous. Tant pis pour moi. Au revoir. Non. Adieu.

note       Publiée le jeudi 1 octobre 2015

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Rastignac › jeudi 31 janvier 2019 - 05:45  message privé !
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Je me suis fait une session de Bloodborne hier en écoutant cet album, ça allait bien ensemble, bizarrement... comme si une fantasmagorie lovecraftienne vraiment nawak s'alliait bien avec cette espèce de misanthropie, avec un semblant d'humour ou juste d'esprit de conte (vraiment les premières impressions à chaud, je sais à force que c'est ça qui va me poursuivre en le réécoutant). Je crois que c'est le premier du gars que j'écoute vraiment, et bon dieu que ça fait du bien un gars comme ça. J'ajoute que la musique est vraiment trippante derrière. Joli boulot sur les guitares et la dissonance enéfè.

(N°6) › mercredi 30 janvier 2019 - 12:18  message privé !
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Merci ! Je suis rarement content de moi, mais sur le coup j'avais à peu près réussi à vraiment parler de l'album sans parler de musique. Par contre, j'allais vraiment pas bien !!! C'est probablement la chronique la plus personnelle que j'ai jamais pondu, c'est très étrange de relire ça aujourd'hui. Avec deux quasi-citations de Cioran et Beckett pour faire plaisir. Oui l'album est éreintant, c'est le mot juste. Son auto-complaisance dans la noirceur m'a toujours dérangé, même si nombre de morceaux sont fulgurants (Comment certains vivent, Je suis une ville, Ma vieille tête, Retrouvailles, Surestimé). Et cette ambiance... Marrant que Dominique A ait cherché à faire son Imprudence quelques années plus tard, il avait déjà fait son presque Play Blessure en fait, si on tient vraiment au jeu des analogies. C'est drôle, j'aurai tout à fait pu (du ?) donner une suite à cette chronique-vie avec Sur Nos Forces Motrices quelques mois plus tard. Sans doute pour ça que je n'ai plus jamais écouté ce bon vieux Dominique A depuis des années. Ca reviendra, ça revient toujours, bon gré mal gré...

Note donnée au disque :       
mangetout › mercredi 30 janvier 2019 - 11:33  message privé !

Ouch la chronique neurasthénico-misanthropique qui, malheureusement, va très bien avec cet album, éreintant à écouter tant ses aspérités et autres angles saillants accrochent et rayent les sens. Ce qui peut choquer, surprendre ou agréablement attirer l'oreille c'est le chant doux, blanc et gracile de Dominique A posé sur cette musique triste, ondulante et souvent saturée d'électricité dysharmonique, tout en chantant, grosso modo, ce qu'exprime cette belle et douloureuse chronique.