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Mohammad › Som Sakrifis

  • 2013 - Pan (1 cd)

cd | 3 titres | 32:04 min

  • 1 Sakrifis
  • 2 Lapli
  • 3 Liberig Min

line up

Coti K. (contrebassiste), Nikos Veliotis (violoncelle) et Ilios (oscillateurs)

chronique

Styles
ambient
drone
musique de film
musique électronique
musique électro-acoustique
Styles personnels
drone mélodique mélancolique

Vous aussi vous devez connaître ça, chers lecteurs. Cet espèce de syndrome un peu dégueulasse qu'on appelle l'expérience. Cette chose infâme qui vous ruine naïveté et fraîcheur, découverte et enthousiasme. Plus le temps passe, et plus rare sont les coups d'éclats. Si vous êtes des habitués du site, je parie qu'au début de votre errance virtuelle dans ces lieux simultanément accueillant et repoussant, vous aviez, comme tout un chacun, des coups de cœur mensuels. Vous lisiez (et écoutiez) au moins un disque par mois qui allait vous ouvrir inexorablement vers des horizons pour vous aussi vierge que votre première petite amie (qui n'était pas si jolie, avec le recul). Vous étiez, peut être pas un défricheur, mais en tout cas un fouineur. Un chercheur (au sens CNRS du terme). Un creuseur. Vous saviez ce que vous vouliez, et vous mettiez tout en œuvre pour trouver pépites et perles. Vous étiez assoiffés. Vous l'êtes toujours. Car cette soif, cher lecteur, si tu traînes dans les parages, c'est que nous la partageons. Et que nous savons qu'elle ne se tarit jamais. Ô grand jamais, fort heureusement. Et puis le peer-to-peer est arrivé. Très tard, chez moi. J'étais déjà ruiné, de toute façon. Mais ça a été le pic de jouissance. Je buvais jusqu'à plus soif ! J'étais abreuvé à l'infini. C'était pas un coup de cœur par mois, c'était par semaine ! Par jour ! Je téléchargeais comme un malade, j'empilais, j'achetais même un baladeur mp3 pour écouter tout ces disques dont le temps me privait de la découverte. Petit à petit, l’excitation s'est mêlée de lassitude. J'avais écouté les nouveautés, les vieux classiques – du moins le pensais-je. Mes artistes préférés passaient à la moulinette, eux aussi, de la demi-écoute torchée au volant de ma voiture, dans le métro, en fond sonore pendant que je faisais la vaisselle. Fallait bien se rentre à l’évidence : j'étais blasé. Je me prenais pour un champion du bon goût, du jugement, de la vérité. Ce que l'expérience fait passer pour de la valeur, ce n'est rien d'autre qu'une fuite de la répétition. Et puis, une fois compris que la répétition, dans un monde à bout de souffle, n'est pas à montrer du doigt, mais bien à ériger comme un modèle de création, on est prêt à s'ouvrir comme une fleur. Mohammad, derrière ce nom qui fait penser à nos amis persans, se cache un trio amateur des films de Belà Tarr. La comparaison a été soulignée par la quasi totalité des chroniques de ce disque, et pour une bonne raison. Ce disque, c'est le Cheval de Turin, et sa bande originale cyclique, obsessionnelle, répétitive. Des drones de cordes (contrebasse, violoncelle), taillées dans d'infimes mélodies, délicates et fragiles. Des nappes électroniques, discrètes. Comme un rayon de soleil réfléchi sur une mer de plomb. Ou, pour rester dans le thème, comme la démarche claudicante et pachydermique d'un cheval de trait à l'agonie. Mohammad esquisse un amour des travellings, des plans fixes. Du noir et blanc propre. D'une narration qui tient plus de l'évocation. « Som Sakrifis » est envoûtant, d'autant plus qu'il est bref. Loin du marathon, l'album s'écoute comme on lit une nouvelle. Une nouvelle de Yirminadingrad, surtout. Une nouvelle de Volodine, Lutz Bassman. « Som Sakrifis » n'a pas eu besoin de nombreuses écoutes pour devenir instantanément un coup de cœur. De par sa courte durée, il passe plusieurs fois par jour. Il devient peu à peu un compagnon, un souvenir, une photo vieillissante qu'on garde dans la poche. Avec lui, on s'évade vers un monde d'où l'on souhaite revenir. Tant qu'on peut encore faire l'aller-retour, je vous conseille de prendre votre billet.

note       Publiée le mardi 16 avril 2013

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dimegoat › jeudi 15 juin 2017 - 16:16  message privé !

Toujours aussi bon mais je ne l'écoute que lorsqu'il fait chaud, je ne sais pas pourquoi.

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yog sothoth › lundi 15 février 2016 - 10:09  message privé !
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Je vais me créer une étagère "violoncelle" comme ça je pourrai ranger ce disque aux cotés de "plays Metallica by 4 cellos", d'Apocalyptica.

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microbe666 › mardi 2 février 2016 - 11:51  message privé !

Existe en version CD depuis novembre, apparemment en 300 ex. et avec une piste inédite de 6 minutes intercalée avant Liberig Min.

jb29 › dimanche 1 février 2015 - 12:11  message privé !

Liberig Min, clairement LE chef d'oeuvre de cet LP. Impressionnant par sa grandeur, son déchirement, sa puissance ses émotions, pfiouu ... Et on ne s'en lasse pas de l’écouter en boucle. Du génie !

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Melas_Khole › vendredi 5 décembre 2014 - 01:09  message privé !

Très très bon disque. Je trouve qu'il a plusieurs forces : une durée courte, un rythme propre et bien autre chose qu'un empilement sans âme de vibrations de basse. Des petites choses, des petits coups de génie.

J'hésite entre le 5 et le 6/6 personnellement.

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