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Wire › 154

  • 1979 - Harvest, 1A 062-07097 (1 vinyle)

cd | 13 titres | 44:27 min

  • 1 I Should Have Known Better 3:50
  • 2 Two People In A Room 2:08
  • 3 The 15th 3:02
  • 4 The Other Window 2:06
  • 5 Single K.O. 2:19
  • 6 A Touching Display 6:25
  • 7 On Returning 2:05
  • face B
  • 8 A Mutual Friend 4:25
  • 9 Blessed State 3:26
  • 10 Once Is Enough 3:20
  • 11 Map Ref. 41ºN 93ºW 3:35
  • 12 Indirect Enquiries 3:33
  • 13 40 Versions

enregistrement

Produit et arrangé par Mike Thorne et Wire

line up

B. C. Gilbert (guitare, chant), Robert Gotobed (batterie), Graham Lewis (chant, basse), Colin Newman (chant, guitare)

Musiciens additionnels : Hilly Kristal (chant basse sur "A Mutual Friend" , Kate Lukas (flute alto), Tim Souster (violon alto électrique sur "A Touching Display"), Mike Thorne (claviers, synthétiseurs), Joan Whiting (cor anglais sur "A Mutual Friend")

remarques

Les rééditions cd comportent toutes en bonus le EP "154 Ep" offert avec l'album vinyle original, et qui sera chroniqué séparément.

chronique

Styles
new wave
post punk
rock alternatif
Styles personnels
post-punk expérimental

154, quel titre à la con. Il s’agit de l’exact nombre de concerts joués par le groupe quand sort cet album. Un album aujourd’hui devenu aussi culte que Pink Flag, longtemps retenu dans les encyclopédies diverses pour son côté plus accessible. C’est qu’on tient là l’une des pièces les plus étranges de tout le genre post-punk. En fait, ce n’est que dans les années 2000 que la modernité hallucinante de Wire a sauté à la figure de tout le monde, et c’est en grande partie du à ce 154. Wire continue d'expérimenter sur un canevas pop, mais avec une froideur et un détachement qui le place d’emblée à des lieux de, au hasard, Be-Bop Deluxe ou 10cc. Tortueux est le mot qui va comme un gant à ce disque, à ce son de guitare malsain, ni agressif ni lancinant, d’ailleurs complètement avant-gardiste pour son époque. Déjà, en ces temps pré-shoegaze, Wire venait de créer un précédent en enfouissant le moindre de ses "riffs" sous des effets et une reverb nauséeuse. Tout est tellement noyé dans la production brumeuse comme un après-midi pluvieux dans le larzac qu’on en oublie totalement que sur plusieurs titres, c’est Graham Lewis qui est passé au chant. Moins robotique que Newman, il n’en cultive pas moins la distance et la déshumanisation jusqu’à en être parfois inquiétant. Quand arrive la pièce centrale, A Touching Display, et son long développement sournois, on est perdu dans une crypte aux murs gélatineux… Que fout une guitare doom – doom ! - sur un album de post-punk de 79, sérieux ? La volonté de contrôle du groupe est ici à son comble… à l’image des principaux groupes de post-punk cette année-là, ils livrent une création entièrement bidouillée en studio, aux basses gonflées comme dans le disco, mais jouées de façon évidemment oblique… En bon esthètes, ils tirent les ficelles de nos synapses sans encombre, capables de cumuler riffs anguleux jusqu’à ce que l’angoisse monte (Two People in A Room, stressé et sans but) ou d’accoucher de mélodies imparables. The 15th, par exemple, est un tube du niveau de Outdoor Miner – c'est-à-dire inoubliable – mais avec une énorme couche de synthés lynchiens enveloppant le tout comme du film plastique autour d’une livre de coke. C’est tout aussi chimique et destiné à tromper la vigilance. Et c’est la chanson que tous les groupes de revival post-punk ou d’indie rock essayent de pondre depuis 10 ans, sans en avoir l’once du mystère. Qui, par contre, a déjà essayé de se lancer sur les traces, à peine visibles dans cette neige carbonique, de A Mutual Friend, détestable petite compo qui tourne autour de sa victime pour mieux lui administrer une dose de curare (sont-ce des cris,en fond ?). Et que dire The Other Window ? Un cauchemar absolu, ni plus ni moins. Mais le plus troublant est que tout cela passe sans aucun encombre en fond sonore, sans jamais heurter l’oreille (la faute à ce son traître en diable). On parle d’un groupe qui a embarrassé la presse pendant au moins 20 ans, avant de devenir des marottes ‘respectables’ conséquence de leur incroyable popularité dans le monde entier, jamais démentie depuis cette première trilogie d’albums. Car les punks et indie kids américains ne sont pas les seuls à s’être abreuvés ici. Un petit coup d’œil aux lyrics ou aux tourments calculés de I Should Have Known Better indique que les goths ont eu la même idée. Et ce n’est pas tout… Il est frappant de voir à quel point le feeling qui se dégage de ce 154 est celui d’un album d’électro, du genre cérébrale, anglaise. C’est donc à écouter au casque sous peine de passer à côté du truc. Ces drones qui font mal au crâne sur vos enceintes s’y révèleront curieusement enveloppants, tout au long de ce qui s’avère être le disque à la production la plus dense et éloignée des standards 70’s de cette fin de décennie. Rien n’est naturel, tout est puissamment cybernétique, soigneusement aseptisé et lobotomisant ; jusque dans les paroles, le plus souvent déclamées en mode spoken word impassible, avant d’imprévisibles accents théâtraux. Ce que Newman semble décrire dans le dérangeant et génial 40 versions, c’est l’aliénation de notre monde actuel, la confusion devant les trop grandes possibilités de la technologie (‘I never know which version I’m going to be’) et l’information fracturée qui entrave notre vision (‘When you miss the beginning and you miss the end’). C’est sur cette note embarrassante que Wire allaient laisser le punk alors agonisant, pour ne revenir que 8 ans plus tard. En attendant, ceux qui veulent connaître la suite de la lutte fratricide homme/machine, commencée avec Kraftwerk, peuvent se tourner vers les méfaits de Tubeway Army cette année-là.

note       Publiée le vendredi 12 octobre 2012

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Aladdin_Sane › mercredi 30 janvier 2019 - 14:17  message privé !

Je ne suis pas un spécialiste de Wire mais j'aime beaucoup certains de leur morceaux sur cet album (The 15th) ou le précédent (Outdoor Miner). J'ai vu qu'ils avaient d'ailleurs ressortis leurs premiers albums dans de belles éditions deluxe (beau livre, plusieurs CD). Je me laisserais bien tenté...

Note donnée au disque :       
SEN › vendredi 1 juillet 2016 - 21:42  message privé !

Putain mais quel groupe ! je viens de chopper le vinyle de "Document and Eyewitness" qui regroupe des enregistrements live de 1979-1980 et c'est du bonheur brute et authentique !

Note donnée au disque :       
Hazincourt › mercredi 1 juin 2016 - 18:32  message privé !

mon péféré ! il déboite sec !

SEN › mercredi 1 juin 2016 - 18:28  message privé !

Coup de tonnerre !

Note donnée au disque :       
TribalCrow › jeudi 17 janvier 2013 - 14:35  message privé !

154 c'est le numéro de ce bloc de glace, froid et imposant, qui filtre la lumière en jolies nuances mais étend aussi son ombre menaçante. Déjà dit, WIRE arrive ici à avoir le "son" et l'expérimentation Pop. Et ne pas oublier l'EP assorti (en bonus dans certaines éditions), encore plus détaché, aérien et difficile.

Note donnée au disque :