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Wire › Chairs missing

  • 1978 • Harvest SHSP 4093 • 1 LP 33 tours

cd • 19 titres • 56:10 min

  • Side 1
  • 1Practice Makes Perfect
  • 2French Film Blurred
  • 3Another The letter
  • 4Men 2nd
  • 5Marooned
  • 6Sand In My Joints
  • 7Being Sucked In Again
  • 8Heartbeat
  • Side 2
  • 9Mercy
  • 10Outdoor Miner
  • 11I Am The Fly
  • 12I Feel Mysterious Today
  • 13From The Nursery
  • 14Used To
  • 15Too Late
  • Bonus tracks
  • 16Go Ahead
  • 17Outdoor Miner (extend)
  • 18Former Airline
  • 19A Question of Degree

extraits vidéo

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enregistrement

Produit et arrangé par Mike Thorne - Edité par Chris Blair - Ingé-son : Paul Hardiman - Remasterisé par Denis Blackham

line up

Colin Newman (chant, guitares), B.C. Gilbert (guitares), Graham Lewis (basse, chant), Robert Gotobed (batterie)

Musiciens additionnels : Kate Lukas (flûte sur Heartbeat), Mike Thorne (claviers, synthétiseurs)

remarques

La durée de l'album original sans les bonus tracks, tel que le groupe souhaite qu'on l'écoute, est de 42:45 pour 15 pistes

chronique

N'écoutez pas ceux qui parlent de Wire comme d'un groupe dansant et acerbe, à la musique dissonnante ayant inspiré Sonic Youth ou encore le "dance-punk" actuel.

Aujourd'hui, Chairs Missing, autant se l'avouer, ne serait qu'un disque indie-rock comme les autres. Particulièrement concis et bien écrit certes, mais comme les

autres. Au risque d'aller à l'encontre du culte, Wire est un groupe certes audacieux en studio, expérimentant des techniques de production, des accordages et des effets

de guitare que tout le monde allait utiliser pour être à la mode des décennies plus tard (et ceci est valable pour les années 80,90 et 2000), mais ça s'arrête là. Il

n'y a pas ici la profondeur d'un Modern Lovers ou même d'un Magazine, sans forcément demander l'âme tourmentée de Joy Division où la richesse inégalable du Bowie de

l'époque. Chairs Missing, qui est pourtant l'équivalent anglais de l'expression "une araignée au plafond", est un album moins radical et plus confortable que Pink

Flag, le manifeste sorti l'année précédente, au titre en hommage à Pink Floyd (le groupe étant signé sur Harvest, gros sous-label d'EMI surtout connu pour héberger la

bande à Roger Waters). Il est placé sous le signe d'une pop atmosphérique, encore une fois totalement avant-gardiste et invendable à l'époque, mais aujourd'hui bien

sage. La nouveauté, qui n'était alors qu'un sacrilège de plus à leur compte, ce sont ces synthés joués par le producteur Mike Thorne, instrument souffrant encore à

l'époque d'une réputation de frigidité et d'artificialité, de tueur de la musique. Wire fait cohabiter cette distance froide et cette artificialité toute revendiquée

(pensez beaux-arts, plasticiens, sculptures de bittes en cellophane, questionnement, mon cul sur ta commode) avec une ardeur et une chaleur dans le son que bien peu

arriveront à communiquer dans un canevas punk. Couplets et refrains ne se comptent jamais en nombre pair (puisque souvent il n'y a qu'un de chaque), quand ce n'est pas

toute la structure d'un morceau rock qui est remise en question, et ce sans perdre une once d'accessibilité. Chairs Missing reste aujourd'hui l'un des disques les plus

abordables du punk 77, mais pas sur qu'il vous donne envie de découvrir les autres groupes, tant Wire se tenait à part. Seul Joy Division est vraiment évoqué, sur une

chanson comme Heartbeat. Les chansons d'ailleurs, parlons-en. On peut grossièrement les classer en quatre catégories : les pièces plus longues, ciselées avec amour,

comme les Kinks 10 ans avant mais dans une optique résolument art contemporain et à l'absence de fond totale, toute vouée à la forme : Practise Makes Perfect, Being Sucked

in Again, Mercy. Elles sont la marque de fabrique du groupe et sa principale originalité. Puis viennent les chansons douces et rêveuses, comme sous anésthésie locale

au niveau de la voix, ingénieusement mixée en retrait : Marooned, French Film Blurred, Used to, Outdoor Miner, et le très bien amené Heartbeat et sa montée évidente,

mais à laquelle i il fallait penser (pas un single, étonnamment). Enfin, les derniers restes de punk binaire, noisy avant l'heure (sand in my joints, too late) et les

petits ersatz de folie aux airs faussement improvisés, proches du punk DIY, que sont Men2nd, From the Nursery et Another the Letter. Et le groupe switche entre tout ça

de manière totalement aléatoire, dans cette tracklist qui donne l'impression d'un double album alors que les morceaux sont juste ultra-courts. Tout ceci dégage une

impression d'inconstance, de consommation rapide, d'ennui urbain profond recouvert d'une fine couche de faux-semblants et de poses d'enfant gâté (I feel Mysterious

Today, "Is it too late to change my mind?"). En bon produit des Art-Schools britanniques, Wire cultivait le rien à dire comme pose arty enrobant des compos qui

dispersent tous les repères jusqu'ici bien tranquilles car simplistes du Punk. De rares exceptions sont les lyrics de l'inquiétant Marooned, déjà préoccupé par la

fonte des glaces bien avant Radiohead, et From the nursery, qui semble faire parler une poupée gonflable de sa voix de call-girl mécanique et saccadée.
La réussite la plus insolente de ce disque pensé dans les moindre détails (jusqu'à en devenir énervant, à côté de ça il faut reconnaître que même Yes sonne spontané)
, c'est Outdoor Miner, un tube s'approchant du niveau de Making Plans for Nigel de XTC, à tel point que la maison de disques avait exprès demandé à Wire d'en

ré-enregistrer une version au format radio... Généralement, quand on dit ça, c'est pour raccourcir le morceau, couper un indélicat solo de batterie, un pont

instrumental. Non, ici, c'était pour le rallonger : 1 min 44 à la base. Encore une fois, les bonus tracks, à la durée plus calibrée, sont a écouter à part. On y

trouve un Former Airline à la modernité frappante, entre Tuxedomoon et incursions noise jamais gratuites, toujours calculées, judicieuses. On y trouve aussi un

Question of Degree assez tiède, annonçant hélas les horribles chœurs de footballeurs écossais qui font tant fureur dans les groupes indie-pouet actuels. Alors tout

ceci, mis bout à bout, nous fait-il un album si cohérent "conceptuellement" que le groupe veut nous le faire croire ? Non. Pour faire une phrase bien dans le style

sybillin des adorateurs du groupe : Wire, avec Chairs Missing, s'affirmait moins comme un égal des géants de l'époque (Television, PiL, Talking Heads, Joy Div),

que comme des seconds couteaux de luxe, aux trouvailles sonores dissimulant mal un manque de sève frustrant pour les auditeurs acharnés. De quoi faire mentir la

croyance tenace que les inventeurs sont forcément les meilleurs.

note       Publiée le jeudi 27 mai 2010

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notes

Note moyenne        18 votes

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SEN › mercredi 1 juin 2016 - 09:42  message privé !

Coup de foudre !

Note donnée au disque :       
dale nixon › mardi 8 avril 2014 - 02:14  message privé !

un album fantastique dans tous les sens du terme dont le charme réside en grande partie dans son contenu pour le moins hétérogène

suis-je le seul à y voir planer par moment l'ombre du Floyd et plus particulièrement celle de Barrett ?

Note donnée au disque :       
TribalCrow › lundi 4 juillet 2011 - 17:16  message privé !

D’accord avec la dernière phrase de la chro, mais sinon Chairs Missing est un très bon disque, c'est vrai coincé entre 2 chaises (!) et partant un peu dans tous les sens, mais cela en fait tout son charme, sans compter qu'il n'y a pas de déchets. "Marooned" et "Pratice makes perfect" sont bien angoissés, "Sand in my joint" et "Too Late" sont de bons délires Punk, et comment ne pas rester indifférent à la grâce de "Heartbreat" ? WIRE commence à incorporer des synthés à bon escient et continue à développer des ambiances Cold qui trouveront leur summum sur l'album "154".

Note donnée au disque :       
ericbaisons › lundi 16 mai 2011 - 23:35  message privé !

courez les voir en concert aujoursd'hui, ça tue meme sans Gilbert. En plus c'est généralement pas cher pour un groupe de cette envergure

Jean Rhume › lundi 16 mai 2011 - 19:31  message privé !

Je comprends un peu Dariev car parfois, on a envie de dézinguer un truc admis, voire sacralisé. Mais s'il y a bien un truc qui me chiffonne, c'est le côté "arty" ou pas "arty". Sonic Youth, Liars, Talking Heads, c'est arty, mais où est vraiment le problème ? On préfère le punk prolo bas du front, ce qui par définition est sans doute légitime mais qu'est-ce qu'on en a à foutre, du moment que l'album est pertinent ? Et à l'évidence, il l'était en son temps. Et encore aujourd'hui, je suis tout à fait d'accord pour découvrir des albums de cette trempe en 2011. Bref, c'est juste un excellent album, et l'argument du tracklisting mal fagoté est assez limite. Ce qui est marrant, c'est que la chro regorge de compliments, sans pour autant adhérer. Amour/haine ? J'adore ce disque en ce qui me concerne et aucune chro n'y changera rien.