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Wire › A Bell Is A Cup (Until It Is Struck)

cd • 14 titres • 44:11 min

  • 1Silk Skin Paws
  • 2The Finest Drops
  • 3The Queen Of Ur And The King Of Um
  • 4Free Falling Divisions
  • 5It's A Boy
  • 6Boiling Boy
  • 7Kidney Bingos
  • 8Come Back In Two Halves
  • 9Follow The Locust
  • 10A Public Place
  • Bonus version CD
  • 11The Queen Of Ur And The King Of Um (Alternative Version)
  • 12Pieta
  • 13Over Theirs (Live)
  • 14Drill (Live)

line up

Colin Newman, Graham Lewis, Bruce Gilbert, Robert Gotobed

remarques

chronique

Styles
new wave
cold wave
pop
Styles personnels
'y a quelque chose qui cloche

Cas épineux que celui de Wire. Il faut que je me triture les méninges pour décrire leur musique, alors qu'elle semble évidente. Sans mentionner que j'ai dû passer outre leur aura, guère excitante, de groupe post-punk sibyllin préféré des critiques de la presse spécialisée. Ce côté "groupe intéressant", qui du coup neutralise l'envie de s'y intéresser, subsistant éventuellement après confrontation avec leurs pochettes abstraites/minimalistes... Ou juste avec leur nom, propice à tous les sous-textes et ramifications. Quoiqu'il en soit, pour commencer avec Wire, on peut très bien éluder leur trilogie "post-punk art contemporain" initiale, et choisir de les aborder par leur versant le plus bigarré et pop, incarné par la mutation "romantique" The Ideal Copy / A Bell is A Cup... Ce dernier passant comme l'un des Wire les plus consensuels, mais étant, derrière ses airs "New Wire" partant à l'assaut des clubs, l'un des plus atypiques, cultivant les ambiances équivoques et les mystères glacés ("Everybody loves the mystery...") Toujours avec cette rigueur clinique, signature, et des paroles insolites/non-sensiques (ou alors juste débiles, mais je doute qu'ils le soient)... Une approche à la fois directe et biaisée. Bizarre, pour faire simple. N'oublions pas que c'est l'intriguant Colin Newman qui a contribué à l'étrangeté d'un certain If I Die I Die, et à la singulière ambiance de l'album recommandé sous cette chro... et que c'est une chanson de ce type qu'un certain Buffalo Bill (d'un film culte qui n'est pas un western), écoute et fredonne - avant "Au-Revoir Chevaux" - en faisant de la couture tout nu sans réagir aux cris qui émanent de son sous-sol... Bref pour être propice au loufoque et à l'interlope, c'est pas le dernier de la classe, le Colin. Et A Bell is a Cup est, malgré sa clarté pop, une de ses plus étranges bestioles, album-frère presque siamois de son album solo It Seems, sorti au même moment. Singulièrement ordinaire... Ordinaire par ses rythmiques accrocheuses et ses guitares cristallines qui cavalent gaiement, singulier par les collages de sons greffés dessus, puisant autant dans l'expé que la muzak. Et puis capable de vriller sans prévenir, comme sur le final noise d'un "It's a Boy", puis d'enchaîner comme si de rien n'était juste après dans une ambiance sautillante et pastorale ("Boiling Boy") un peu comme si on passait de Big Black à Étienne Daho ("Kidney Bingos" n'aurait pas dépareillé chez les Jeunes Gens Mödernes) ! Le chant a toujours ce quelque chose de résigné, mielleux-détaché, avec même des envies de crooner à la Scott Walker sur "Follow the Locust" (même si on est pas au niveau d'extravagance de "Ambitious" sur la Copie Idéale). Et puis il y a toujours cette absolue Précision. Wire restent ces musiciens mécaniques et maniaques, et ici font dans le laboratoire poético-intello pour tubes louches. Ou semblant de tubes, parce que Wire est trop raide et cérébral, et toujours dans l'ambivalence calculée évoquée plus haut. Même déguisée en naïveté, même quand la musique fait taper du pied, la pop de Wire a le poids des cerveaux qui l'ont pensée. Elle semble encapsulée dans une angoisse sourde, latente. Son mélange d'absurde et de mélancolie finement nimbée de paranoïa a un goût de reviens-y assez coriace, qui fait que je me suis très souvent repassé cet album, sans jamais m'y accrocher totalement... Même si A Bell is a Cup a tous les airs de ces albums 80's cajoleurs, ceux dont la mystique madeleine réveille en moi des nostalgies enfouies (comme tout album new wave digne de ce nom se doit de le faire, j'imagine), je sais, je sens, que c'est un leurre, une manipulation... Jusqu'au final, dont l'ambiance sordide n'aurait pas fait tâche sur un Tétines Noires de l'époque... Wire a, on le sait depuis 154, ce côté "sub-gothique". Leur longue pause durant la première moitié des années 80 a comme qui dirait laissé le temps à Colin Newman de fleurir en solo... pour mieux ré-infuser dans son groupe. Entre-temps sont arrivés New Order, les Smiths, Depeche Mode, a-ha, mais aussi Virgin Prunes, And Also The Trees, The Legendary Pink Dots... Wire ont à coup sûr écouté plusieurs de ces gens - qui les avaient eux-mêmes écoutés avant - et semblent les recracher froidement, comme les psychopathes tièdes et guindés qu'ils sont. Un album - un groupe - d'une extrême ambiguïté.

note       Publiée le mercredi 16 janvier 2019

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Dioneo › mardi 29 janvier 2019 - 20:53  message privé !
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@mangetout : oui, ton message étend le truc mais c'était bien l'idée des miens aussi - je trouve que c'est plus "aigu" dans les périodes/secteurs new wave/post punk etc. mais c'est un angle qui "marche" bien avant, avec diverses modalités dans ce que ça entraîne question mise en scène, moyens etc. (Magma ça compte pas... Ils sont d'ailleurs - comme Howard Philip, du coup on sait pas s'ils sont au naturel ou en pleine théorie post-zorgoïde).

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(N°6) › mardi 29 janvier 2019 - 13:41  message privé !
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Et encore, Creedence c'était quand même un californien qui s'est dit, "Hey, je vais inventer le swamp-rock en me faisant passer pour un redneck de Louisiane.", donc là aussi, c'est de la réinterprétation.

mangetout › mardi 29 janvier 2019 - 12:47  message privé !

Sur la viande dans le rock selon ce que dit Dioneo et pour surenchérir, à moins de n'écouter que Robert Johnson ou Creedence, tout le rock et la pop depuis quasiment ses débuts n'est qu'une distanciation/interprétation de la réalité (fuyante et imprécise qui plus est). Avec le temps et le recul des ages, pour ne prendre que la new-wave (terme générique vaste et forcément réducteur), il n'est pas déconnant d'y voir, du moins pour ses éléments les plus noirs et anguleux, l'expression d'un contexte, peut-être indirect et inconscient, d'une certaine froideur et angoisse de ce début des années 80 où l'on pouvait sentir, entre autres, une réactivation de la guerre froide flotter dans l'air du temps. Je prends Wire comme une tentative, souvent réussie, de s'approprier les idées de Kraftwerk en milieu "guitare vaguement rock", donc de jouer avec le froid et le chaud, les différences et les répétitions, le rythme et l'atmosphère... le tout en utilisant habilement leurs évidentes limitations techniques (harmoniques, mélodiques, rythmiques...). L'aspect conceptuel/cérébral est une donnée mais qu'ils n'ont pas inventé, le rock progressif et avant lui (dont il est issu) le rock psychédélique sont allés beaucoup plus loin dans le style (si Magma n'est pas conceptuel je veux bien qu'on me pende sur la place principale de Kobaïa) et souvent avec moins de rigueur et de ténacité.

Raven › jeudi 24 janvier 2019 - 19:56  message privé !
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Mmmmh... Parlant, ce deuxième pavé - surtout le passage sur le robot et la viande (pour arrondir les angles ?) Je vais méditer à tout ça en réécoutant Send. "To be continued..."

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Dioneo › jeudi 24 janvier 2019 - 19:08  message privé !
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(Et pavé 3 et momentanément final) : Ou sinon "fallacieux", disons un peu facile, un peu facilement "moi ce que j'aime c'est les trucs à l'estomac et sans cravates" (ce qui tient moyen mis en regard par exemple de ton amour pour Tin Drum ou... Yello, par exmple ?).

M'enfin encore une fois, hein : je me retrouve ceci-dit pas mal dans le reste de ta chro ! C'est plus cette intro - ajoutée à celle justement jadis de Dada sur Chairs Missing ; à force ça fait un peu "club des vengeurs masqués du rock à tripes vs l'élite des costards-critiques" - qui m'a fait me récrier que "mouais bon" (et non que ô scandale hein, quand-même pas). Et comme je disais "à l'époque" : aussi parce que j'ai bien plus souvent lu "Wire, c'est pas aussi bien que ce qu'en disent les intellos arty" que "Wire c'est génial, foi d'intello arty", finalement. (Même truc avec Talking Heads, en passant, ce syndrome du "on vous a menti"... dont même à bien chercher j'arrive pas à retrouver le supposé mensonge/surcôtage invoqué, plutôt dès le temps où c'était sorti, tout ça, quelques éloges certes mais déjà, dès le départ, cet espèce de "ah, fi, ils n'ont pas de crêtes fluos et pi ça manque de rognons").

Note donnée au disque :