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Swervedriver › Raise

cd 1 • 13 titres • 44:56 min

  • 1Sci-Flyer
  • 2Pile-Up
  • 3Son Of Mustang Ford
  • 4Deep Seat
  • 5Rave Down
  • 6Sunset
  • 7Feel So Real
  • 8Sandblasted
  • 9Lead Me Where You Dare...
  • Bonus*
  • 10Hands
  • 11Andalucia
  • 12Kill The Superheroes
  • 13Over

line up

Adam Franklin (guitare, chant), Jimmy Hartridge (guitare, voix), Adi Vines (basse), Graham Bonnar (batterie)

remarques

* bonus des rééditions 2008 et 2017

chronique

Styles
rock
rock alternatif
shoegaze
Styles personnels
wheelgaze

Bla-bla car je me parle à moi même dans ma tête quand je m'ennuie pendant un long voyage. Rien que de très banal. Et quand j'ai dans le walkman un album va bien, comme ce Raise, je peux à loisir fixer la glissière de sécurité défilant à toute vitesse. M'adonner au plaisir de fixer cette bande métallique déroulée sans fin... Les yeux rivés à tout ce gris terne/brillant en fuite perpétuelle, ses lignes qui ondulent, courbes distendues, un mouvement irrépressible, un film abstrait, laissant échapper des reflets, fuser dans son flux métallique des illusions confortables, et fuser des pensées véloces. C'est l'avantage de ne pas conduire, la monotonie du trajet peut être exploitée. Et on en fabrique des images avec une simple glissière, ou avec un simple disque de rock énergique comme ce Raise, album idéal pour l'ivresse des glissières, s'il en est. Un premier album qu'il serait facile de qualifier, avec dédain, de banal gloubi-boulga alt-rock, méli-mélo gentiment noisy, de tohu-bohu poppy-rugueux jaillissant d'une prod de radio K7. Aussi facile que de prendre Swervedriver pour un énième Sonic Youth du pauvre... Un groupe qui dans un esprit ravi-radieux bien pop anglaise ébouriffe, stridule, distord, cache-crache ses compositions aux airs de jams sous des gerbes d'arcs électriques à faire du gringue au Loner d'alors. Un pur album-type du début des années 90 alternatives, sympa, et même cool, mais sans rien de bien mémorable... Raise déborde d'énergie, mais ne laisse pas de trace ? Cela tient peut-être au chant d'Adam Franklin, sans épaisseur ni charisme (mais vraiment aucun, sinon une vague sensation de Costello archi-blanchi) cette voix délavée de jeune branleur désabusé, dont la transparence a pour fonction principale de mettre en valeur la merveilleuse parade des instruments.

Parce que si le chant n'est pas, loin s'en faut, l'élément le plus saillant et mémorable dans Swervedriver... Les guitares et la batterie, mazette, c'est un vrai feu d'artifice, à vous griser un Johnny ! Raise si on s'en tient aux cordes et aux baguettes ne fait que pétiller, scintiller, électriser, porteur d'une cinétique qui laisse dans le fossé la majorité des affiliés "shoegaze", si souvent prostrés dans leurs songes. Car Swervedriver ne regarde pas le bout de ses godasses mais loin à l'horizon, au bout du bout de la ligne blanche. Car il ne joue pas pour les plumards mais pour les gamos. Car sa shoegaze, si c'en est vraiment (on s'en fout un peu au fond), n'est pas faite pour être écoutée dans la chambre mais sur l'asphalte. Swervedriver fonce comme le ferait un bolide motorisé par la firme Hüsker-Dinosaur, lancé à toute berzingue sur la quatre-voies, frottant régulièrement contre ces damnées glissières de sécurité, gerbes d'étincelles dans les lunettes de soleil du conducteur, tandis que les percussions giboulent en beauté (le batteur est un peu comme celui de Ride : il n'y va pas de main morte le petit salopiaud). Raise est à la fois ce disque aussi aguicheur de la saturation qu'un Jesus and the Mary Chain(saw), et en même temps ce gribouillis parfaitement insipide si on l'écoute en fond sonore, ces grattes qui en deviennent gratounettes... Mais... Est-ce que je peux résister aux méloriffs en bulles de lave rose de "Son of Mustang Ford", "Deep Seat", "Sunset", à tous ces éclairs en jachère magique dispatchés tout au long de l'album ? Non. Au contact répété, ce qui apparaissait d'abord comme un fatras aussi brouillé que l'écran de Canal+ en crypté, est en fait une succession bien nette de tubes, mués par une urgence communicative ! Chaque titre de cet album ou presque m'est devenu au fil des années aussi familier qu'une route déjà arpentée mille fois. Mais son écoute ne sera jamais plus agréable qu'en passager pour un long trajet, guitares en torrent de miel d'acier dans l'entonnoir du ciboulot, jusqu'à son terminus au parfum californien et psyché-soft, puis ce rembobinage de bandes, magnétique, qui appelle à refaire le voyage. Et s'il en est autrement dans la chambrée, cela ne tient qu'à ma capacité à m'évader mentalement - et surtout à monter le volume avec délice, comme le conducteur jouant du commodo. L'autoroute c'est l'ennui, mais les glissières de sécurité sont des toboggans vers l'infini. Des toboggans sur lesquels glissent une guitare, une basse, et une batterie.

note       Publiée le vendredi 16 avril 2021

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Note moyenne        6 votes

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GrahamBondSwing › jeudi 29 avril 2021 - 17:36  message privé !

29 ans qu’il était dans ma TLTL (To Listen To List) ! Et un de moins ! RAF : 392 576… La pochette m’avait tapé dans l’œil, la chronique de Ducayron dans le numéro de Janvier 92 de R&F était alléchante… Oui mais – Juste pour expliquer, aux plus jeunes – dans le même mois, tu avais un Michael Jackson (d’avant les ennuis judiciaires), le double Live de Slayer (ouch ! j’ai avalé une dent), le premier 2Pac (carrément incognito), The Dubrovniks (étoile filante ! enfin "filante" c'est sûr, "étoile" je sais pas) et un certain « Loveless » entre autres… alors mon argent de poche m’obligeait assez rapidement à établir certaines priorités (bonnes ou mauvaises… c’est une autre histoire).
Et Raise, au fait ? Tout bien écrit comme ci-dessus : du bonheur !

Note donnée au disque :       
Rikkit › samedi 17 avril 2021 - 18:59  message privé !

Jolie chro, qui ressemble, dans le fond, et si mes souvenirs sont bons, à celle que l’on pouvait trouver sur Slow End.

Très bel album aussi. Le shoegaze (je cherche tjrs la filiation cependant) qui rock pour l’asphalte, dans la famille des Ride et Catherine Wheel.

Note donnée au disque :