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Pascal Comelade & Richard Pinhas › Oblique Sessions II

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Dioneo      jeudi 1 octobre 2020 - 17:50

cd • 7 titres • 46:08 min

  • 1Wings on Rock7:20
  • 2« K »5:11
  • 3Saint-Augustin Tombant Vers le Haut8:48
  • 4Kraftt-Ebbing et les Coupeurs de Nattes3:36
  • 5Here Come the Warm Jets4:44 [Brian Eno]
  • 6Le Piètre Tableau d’un Monde Riant4:02
  • 7De la Neurologie au Zig-Zag12:27

enregistrement

Enregistré par Jérôme Wahart à l’Octave Studio en 1999. Les pistes « de base » de Wing on Rock proviennent de la bande-son du spectacle du même titre, monté par Bob Wilson en 1998. Celles de Saint-Augustin Tombant vers le Haut proviennent du « Musique par Correspondance » de Pascal Comelade et David Cunningham (Londres, 1988). Produit par Gérard Nguyen (Stratégies Obliques).

line up

Pascal Comelade (guitares en plastique, pianos-jouets, orgues électriques, piano à queue), Richard Pinhas (guitares électriques)

Musiciens additionnels : David Cunningham (électronique sur Saint-Augustin Tombant Vers le Haut)

remarques

Lutherie et guitares : M Petitbon, Paris. Effets de guitare : Arboretum Hyperprism, San Francisco, USA. Pochette : Jacques Monory, Énigme n°14, peinture sur toile et objet (1995).

chronique

On me l’avait offert à noël, tiens, celui-ci… Choix surprenant ? Voir… La famille aussi, écoute des trucs. La famille sait que j’écoute « de ces trucs, là ». La frangine et son gars d’alors aimaient bien Comelade – un Catalan, du coin vers où ils vivaient déjà. Alors voilà ces Sessions, sous le sapin. Comelade et Pinhas. Drôle de rencontre, d’ailleurs, ou quoi, au fond ? Eh… Comelade et ses jeux de mots, ses sauts quantiques et grammaticaux, son amour des folklores imaginés, inventés, replantés, des instruments-jouets, des timbres carillonnants (qui peut, peuvent en fatiguer certains, parfois, à force de tel bric ou de tel autre broc) ; Pinhas et son Grand Sérieux Frippien (qu’on a le droit de trouver un poil pompant, parfois, dans sa grandiloquence Nietzschéenne-Deleuzienne – pas sûr que le gars Friedrich comme le type Gilles s’y seraient toujours retrouvés, apparition ou pas du deuxième lisant le premier sur un titre dudit Pinhas avec Heldon, jadis…). Mais après tout – et pour cette fois la question n’était, n'est pas que rhétorique : « pourquoi pas » ?

Pinhas et Comelade, donc, se trouvent un terrain – un territoire ? encore Deleuze ? – commun. Un espace. Un goût pour certains jeux – avec la perception, les résonances, correspondances, réflexions et écarts de timbres. Un certain sens de la torsion des grammaires (celles des mots notés et celles des périodes sonores, musicales). Celui de l’étirement du temps, des boucles en transformations infinies, aux vitesses parfois imperceptibles. Eno (Brian) comme possible autre point nodal, en plus des considérations rhizomes et schizo-analyse – outre qu’ils reprennent ici Here Come the Warm Jets (tiré de l’album ainsi titré d’Eno, de 1974… avec entre autres Robert Fripp, tiens, celui-là – ça fait une connexion de plus, vue l’obsession donc de Pinhas pour ledit Robert), le producteur Gérard Nguyen est crédité aux « oblique strategies »… expression autrefois forgée par Eno, encore, et qui influence jusqu’au titre du disque. (Et celui d’un précédent « volume », sorti deux ans plus tôt – où Comelade jouait cette fois en compagnie de Pierre Bastien, Jac Berrocal et Jaki Liebezeit). Pinhas, ici, y va donc de ses espèces de frippertronics – effets, électronique qui bouclent, déforment le son, donnent l’impression (ou le font ?) de faire défiler les sons à l’envers ; qui retournent les lignes, les perspectives, les prolongent indéfiniment, les rythment en sections aux angles exacts, font sonner « machines » des parties jouées par les doigts, les mouvements du corps humain ; l’électronique qui chercher l’organe… Vieille histoire, mais ici continuée sur un débit prenant, en cycles qui attrapent. Et Comelade qui bruite tout ça – exécute des partitions et impros libres pour quincaillerie dépareillée, gamelan-fer-blanc, pianos-dinettes, sitar-atelier-deux-roues. « Et pourquoi pas… », bis. « Eh oui mais tout ça pour quoi, sinon » ? Eh bien : parce que ça prend, disais-je ! Que cette musique répétitive (cyclique, donc), toujours construite peu ou prou sur le même principe – une boucle de base et d’autres qui s’ajoutent, s’accumulent ; des variations, disparitions, permutations de ses strates – ne lasse pas. Qu’elle porte vraiment – à d’autres seuils d’attention, à l’entendement ouvert, perception sur le vif mais paisiblement tenue, flottante mais en un halo comme compact, palpable, autour de l’organisme immergé dans ces sons. Musique méditante, oui – mais pas stagnante. Évolutive mais en amplitude lente autant que vaste, dans son déploiement. Et rien de « new age » ou de « lounge », pour autant – parce que ça frotte trop, ça frôle trop les ombres jetées par ces grandes formes sonores, pour ça, ça les traverse trop, ces motifs tournés en questions qui s’y adressent. Il n’y a guère que la reprise – d’Eno, donc – qui reste un peu trop immobile, immuable, qui semble là-dedans vouloir rester muette, opaque mais sans profondeur perceptible. (Enfin… C’est peut-être simplement que je ne suis pas fou de ce morceau… C’est après tout celui qui me glisse le plus invariablement dessus sur le disque originel, sur la ci-présente session, comme dans la version qu’en donneront Bardo Pond sur leur EP Looking for Another Place, en 2014). Partout ailleurs, aux autres plages, le son saisit, emporte – reste à chacun(e), pour son compte propre, à déterminer si le flottement, le déplacement, la translation, se fera vers le haut ou le bas (après tout Saint Augustin, nous dit le troisième index, tombe lui, au milieu des ritournelles de piano modifiées, « vers le haut »), ou encore autrement, dans quelle dimension. Toujours est-il que pour ma part, depuis ce fameux noël, l’écoute première faite le soir même, la longue dernière plage – avec son titre encore cocasso-intello, scientifico-fictionnel, narrativement abstrait – me laisse toujours flottant, l’impression d’un épais tapis qui se dérobe abruptement, se dissipe en un souffle, une aspiration, le cercle, la sphère où ça se passait, depuis la première seconde du disque, soudain ouverts, escamotés… Partis.

Il y a des disques, comme ça, comme d’ailleurs des concerts ou d’autres ouvrages, moments, modes et travaux – qui se saisissent dans la place laissé vide, une fois leur temps refermé – autant ou presque qu’à leur déroulé même (parce que leur substance, justement, ne faisait pas que s’y superposer, que ses « transparences » apparentes, trompeuses – accumulées et retirées – avaient ouvert le plan plutôt que de l’aplatir).

note       Publiée le jeudi 1 octobre 2020

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