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Heldon › Electronique guerilla / It's always rock 'n' roll

cd1 • 10 titres • Electronique guerilla/It's always rock 'n' roll min

  • 1Zind2:18
  • 2Back to Heldon8:31
  • 3Northernland lady6:57
  • 4Ouais Marchais, mieux qu'en 68 (ex: "Le voyageur")4:22
  • 5Circulus vitiosus8:43
  • 6Ballade pour Puig Antich (révolutionnaire assassiné en Espagne)2:19
  • 7ICS Machinique4:11
  • 8Côtes de Cachalot à la Psylocybine8:35
  • 9Méchamment rock3:33
  • 10Cocaine blues9:42

cd2 • 5 titres • It's always rock 'n' roll min

  • 1Aurore18:13
  • 2Virgin swedish blues7:27
  • 3Ocean boogi5:53
  • 4Zind destruction8:22
  • 5Doctor Bloodmoney16:49

enregistrement

Schizo studios, Paris, France, décembre 1974-mars 1975.

line up

Gilbert Artman (batterie sur "Méchamment Rock"), Gilles Deleuze (voix sur "Le Voyageur"), Patrick Gauthier (piano et VCS3 sur "Le voyageur", solo d'ARP sur "Doctor Bloodmoney"), Georges Grunblatt (VCS3 sur "Le voyageur", mellotron et guitare sur "Côtes de Cachalot à la Psylocybine" et "Ocean boogi"), Richard Pinhas (synthétiseur AKS, guitares, synthétiseur ARP, VCS3, mellotron, basse, bandes), Alain Renaud (guitare rythmique sur "Northernland Lady"), Coco Roussel (batterie sur "Le Voyageur"), Jean-my Truong (batterie sur "Doctor Bloodmoney"), Pierrot Roussel (basse sur "Le voyageur"), Ariel Kalma (harmonium indien sur "Aurore")

remarques

Réunion sur 2 CD du LP "Electronique Guerilla" et du double-LP "It's always rock 'n' roll".

chronique

Styles
ambient
electro
Styles personnels
new-age/avant-garde/deleuzien

Qui est au juste Richard Pinhas ? Tout d'abord un indépendant, un vrai. Ce fut au début des années 1970 un des premiers Français (si ce n'est le premier) à s'être auto-produit, en créant son propre label, Disjuncta, pour ses groupes Shizo et Heldon. Il écoute et assimile les musiques répétitives américaines, les expérimentations de Fripp et Eno, le rock violent et clinique de Throbbing Gristle ; c'est un ami et disciple du philosophe Gilles Deleuze (dont il utilisera souvent la voix) ; l’aspect revendicatif n’est présent que dans les titres ou les pochettes de ses disques, c’est tout ; il aime aussi la science-fiction et trouve dans certains univers des sources d’inspiration : il dédiera des morceaux à Moebius ou Philip K. Dick, un disque à la saga "Dune" de Frank Herbert ("Chronolyse"), conviera l'écrivain Norman Spinrad à chanter sur sa musique (dans les années 1990, c'est avec Maurice G. Dantec qu'il mènera plusieurs projets). Pionnier hexagonal des musiques électroniques, il n'a pourtant jamais prétendu faire autre chose que du rock 'n' roll avec son groupe, Heldon. Héritage étrange et singulier que nous laisse Heldon dans les années 1970... modelage des formes, croisement des genres, chaos musical... Il me semble en tout cas que ce qui caractérise l'oeuvre de Pinhas, c'est une perpétuelle insatisfaction, une recherche toujours en mouvement, à base d'expérimentations en tout genre. Ajoutons enfin que le bonhomme ne se contente pas de manipuler moogs, synthés et échantillonneurs ; c’est aussi un guitariste monstrueux, et s’il rend souvent hommage au style de Robert Fripp, il a une technique qui le lui permet. Ce double album est en fait la réédition par Cuneiform du premier album d'Heldon ("Electronique Guerilla" - 1974) et de son troisième ("It's always rock ‘n’ roll" - 1975). ‘’Electronique Guerilla’’ n’a de guerrier que le titre, qui est une forme de manifeste. Enregistré par Pinhas seul (sauf sur ‘’Le voyageur’’), chez lui, au synthé AKS et à la guitare électrique, ce premier opus est d’un dépouillement à la limite de l’ambient qui n’a cependant rien d’austère. Il faut simplement en oublier le caractère minimaliste et expérimental (pour l’époque, car ça a quand même un peu vieilli) et se laisser emporter, hypnotiser par ces nappes de synthé, ces boucles répétitives sur lesquelles flotte la plupart du temps un solo de guitare qui en déchire l’atmosphère vaporeuse. Je crois qu’il faut oublier les influences revendiquées par cette musique et ne se fier qu’au projet de toujours du Français : créer un monde à part grâce à des sons et à une musique, faire entrer l’auditeur dans un univers parallèle, un peu à la manière de ces auteurs de SF qu’il vénère. Le titre qui se distingue des autres est bien entendu le mythique ‘’Voyageur’’ (rebaptisé par la suite ‘’Ouais Marchais, mieux qu’en 68’’, du diable si je sais pourquoi), mise en musique fort réussie de la lecture par Gilles Deleuze d’une page de Nietzsche. ‘’It’s always rock ‘n’ roll’’, proclame le titre du troisième opus d’Heldon… Je veux bien, quoiqu’on soit là encore beaucoup plus proche de ‘’No pussyfooting’’ que d’Elvis Presley. Les boucles de générateur qui ouvrent l’album rappellent l’électro glassienne de ‘’Rhizosphère’’. Sur le titre suivant viennent se greffer les hurlements guitaristiques propres à Pinhas. Mêmes les titres avec basse et batterie n’offrent pas de répit à l’auditeur, toujours plongé dans un flux répétitif apaisant ou rendu oppressant par les distorsions d’une guitare menaçante. Longues plages ambient d’’’Aurore’’ et de ‘’Doctor Bloodmoney’’, arpèges enivrants de Grunblatt sur ‘’Ocean boogi’’, blues futuriste et déjanté de ‘’zind destruction’’, solo de batterie final, histoire de réveiller les éventuels dormeurs au bout d’un disque tout de même un peu long et en demi-teinte.

note       Publiée le vendredi 12 août 2005

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(N°6) › samedi 12 mars 2016 - 21:23  message privé !
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Je l'aime vraiment bien ce premier Heldon (Electronique Guerilla, soit les six premiers morceaux de la compilation ici chroniquée), très hypnotique sur toute la durée, avec le temps fort du "Voyageur" dit par Deleuze. Et puis "Northernland Lady", tripatouillages électroniques mis à part, à une guitare tout en suspens (aussi bien le versant acoustique qu'électrique) qui me rappelle celle de Dan Ar Braz sur son premier album (le nom du morceau me fait d'ailleurs dire que l'inspiration a quelque chose à voir).

Note donnée au disque :       
docteur.justice › mercredi 23 décembre 2009 - 14:54  message privé !

un vague bruit de fond sur 4 faces et un grand baillement sur la face

mangetout › mardi 2 juin 2009 - 15:08  message privé !

J'ai l'édition de Spalax (acheté à une époque où la FNAC déstockait les choses qu'elle jugeait impropres à la consommation, dans les années 1993-95) de "It's always rock'n roll" et effectivement elle est en deux volumes. Certaines rééditions de Pinhas que ce soit par Cuneïform ou Spalax sont assez étranges pour ne pas dire spartiates, ainsi la face B de "Agneta Nilsson" a été considérablement écourtée par rapport au vinyle d'origine, est-ce la gestion "aléatoire" des masters par Richard lui-même qui est en cause, certains ayant été perdus voire même échangés, je me souviens qu'il nous avait raconté avoir échangé un master contre un pirate de son propre groupe.

torquemada › lundi 1 juin 2009 - 15:06  message privé !

il n'y pas l'incandescance des albums suivants mais ça reste très intéressant. Par contre, je les ai en éditions séparées et je me rends compte qu'il me manque la deuxième moitié de "It's Always R&R".

Note donnée au disque :       
mangetout › lundi 26 juin 2006 - 11:51  message privé !
Commencer par une guerre électronique avec comme munitions une guitare, un synthé et un magnéto à bande, sortir Gilles Deleuze de sa tour d'ivoire pour l'enmener en voyage nietzschéen et dédicacer le tout à Robert Wyatt, voilà qui annonce une bien singulière orbite en ces giscardiennes années. Ce premier opus de Heldon, qui n'est alors que le cache-sexe de Richard Pinhas (ex-Schizo et ex-Blues Convention où officiait Klaus Blasquiz futur Magma), est à placer comme une réponse continentale au "No pussyfooting" de Fripp & Eno, aussi bien dans la forme que dans l'esprit. Richard confiera d'ailleurs plus tard que les introductions des concerts de King Crimson qui jouaient les bandes de "No pussyfooting ", l'avaient marqué au plus haut point. On peut y déceler les traces de répétitifs américains aussi, mais ce qu'on y découvre surtout c'est UN esprit, une envie d'en découdre avec une morosité ambiante et même si cette première étape reste très calme et tempérée, elle renferme ici ou là une tension sous-jacente, un désir de ne pas créer une musique auratisante ou autistique. Une première pierre importante à un édifice qui va s'annoncer comme fracassant dans les années qui vont suivre.