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Buzzcocks › A Different Kind of Tension

lp/cd | 12 titres | 40:28 min

  • The Rose on the Chocolate Box
  • 1 Paradise [2:23]
  • 2 Sitting Round at Home [2:38]
  • 3 You Say You Don’t Love Me [2:55]
  • 4 You Know You Can’t Help It [2:22]
  • 5 Mad Mad Judy [3:55]
  • 6 Raison D’Être [3:32]
  • The Thorn Beneath the Rose
  • 7 I Don’t Know What to Do with my Life [2:43]
  • 8 Money [2:45]
  • 9 Hollow Inside [4:46]
  • 10 A Different Kind of Tension [4:39]
  • 11 I Believe [7:09]
  • 12 Radio Nine [0:41]

enregistrement

Enregistré et produit par Martin Rushen aux Eden Studios.

line up

Steve Diggle (guitare lead, canal de droite), Steve Shelley (guitare lead, canal de gauche, claviers)

chronique

Ça m’a frappé l’autre jour – on écoutait Future Days de Can avec la Compagnone et la Srab, en s'en débouchant une de plus de rosé (fallait bien se fraîchir, c’était canicule)… Vérification faite : oui ! Les Buzzcocks ont bel bien piqué aux Allemands – sur Bel Air, vers le début et à la fin du morceau – la ligne de chant de Sitting Round at Home ! Une partie des paroles autant que la mélodie, semble-t-il – pour autant qu’on puisse se fier à ce qu’on entend quand Damo Suzuki l’ânonne… Ça m’a toujours plu, cette attitude, à vrai dire, chez ces mecs : ne pas citer les sources ; en comprendre pourtant la logique, la substance, la respecter ; faire complètement autre chose, cependant, des fragments appropriés, leur imprimer leur dynamique, un propos propre. Faire passer une pop troussée pour du punk-rock brut. Loger la nuance, le doute, les subtilités, dans le sans-ambages. Les Buzzcocks, c’est piégé. On croit que ça parle d’innocence – et ça en est mais de l’armée, de la lucide, de l’ambitieuse. Une ambigüité qui peut rappeler les Modern Lovers du premier album – cet élan commun de « partager le monde moderne avec toi » tout en regrettant ce qui s’est perdu avec le vieux modèle : l’Amour, l’amour, les balades pastorales, le pas-besoin-de-se-poser-mille-questions-amusons-nous… Avec toutefois une toute autre posture, dans un tout autre environnement, avec d’autres réponses – le recul de types de Manchester (ère post-indus) endurcis par l’ennui, la vitesse des jours (celle de Virilio – mais ils n’ont pas besoin de lui). L’intelligence aigüe, le verbe bref, elliptique ; l’équilibre toujours précaire sur cette arête - tomber dans la consommation, la consomption rapide de l’existence ou y agir de derrière des barrières, la carapace (les mots d’ordres par paires à priori contradictoires – mais qui en fait posent la question – sur A Different Kind… ; Be Ambitious/Be Honest…) ; le désir très sûr, pourtant, de ce qu’il veut, peut accomplir. Aligner chansons couillonnes – Mad Mad Judy – et ruminations sophistiquées, aphoristes. Permuter crasse et classe jusqu’à qu’on ait perdu qui de qui. Balancer de courtes suites sans indiquer le lien, enchaînements parfaits jusque dans leur coq à l’âne – la double-doublette Money/Hollow Inside A Different Kind of Tension/I Believe. Le son, sur ce troisième album – et dernier de leur première « phase » – s’est complètement défait de la gangue délibérément un peu brute du premier disque, Another Music in a Different Kitchen ; le propos est de plus en plus limpide, tranchant et raffiné, débarrassé apparemment de la crainte de ne pas avoir tout dit qui peut rendre Love Bites (leur deuxième album) un peu « redondant ». (Mais bon, sur Love Bites il y a Ever Fallen In Love alors hein…). Ça fuse, dirons-nous – droit, à première vue, en fait en suivant cent et mille des circonvolutions de Shelley et Diggle (oui, ils sont quatre dans le groupe…Ces deux-là seuls sont cités dans les crédits, ici. Les marques des instruments sont toutes indiquées, elles, en revanche : « guitars : Gordon Smith, Gibson ; bass guitar : Fender ; amplification : Marshall ; Drums : Premier). Pas de raisons de se demander s’il y a ou non ironie quand Shelley affirme : « Je crois ». Il suffit d’écouter ce que ça raconte. Et puis… « There is no love in this world anymo(ooo)re ». Et je me demande une fois de plus, en passant, si ce bout-ci de flot-de-conscience n’aurait pas nettement inspiré l’homonyme de R.E.M. (sur Life’s Rich Pagent, six ans plus tard) – même recul narquois, même certitude passionnée de dire ce qu’il se doit, de faire, et que ce soit pareil. Bref… Digression – mais ce disque, ce groupe, y appellent. Ça stimule toujours le cortex et le reptilien, un bon Buzzcocks, pris au bon moment. Ça fait tout pour rendre comme c’est : assuré mais vigilant. Bon, ils concluent par une espèce de jingle, évocation embrumé d’ondes parasites d’une station FM imaginée – Radio Nine. Ah tiens… C’est encore une citation, ça. Mais d’eux-mêmes, ce coup là, refrain d’un de leur singles sorti plus tôt la même année ’79 – Everybody’s Happy Nowadays. « Tout le monde est heureux de nos jours » ? À d’autres, les gars ! On ne vendra pas la mèche, d’accord, on n’exposera pas tout. On vous emprunte ce doux sourire à la place, à notre tour – qui dit et qui élude ce qu’on garde par devers soi.

note       Publiée le jeudi 30 août 2018

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