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Colette Magny › Transit

lp | 8 titres | 32:48 min

  • 1 La panade [8:30]
  • 2 Les cages à tigre [9:00]
  • 3 La bataille [3:08]
  • Ras la trompe
  • 4 Le pachyderme [1:50]
  • 5 Blues ras la trompe [3:30]
  • 6 Radio cornac [0:28]
  • 7 Les militants [5:22]
  • 8 Finale [1:00]

enregistrement

Enregistré et mixé par Robert Prudon au Studio Résonances.

line up

Colette Magny (voix, guitare)

Musiciens additionnels : Louis Sclavis (saxophone soprano, clarinette basse), Free Jazz Workshop (ensemble), Maurice Merle (saxophone), Patrick Vollat (piano), Rémy Gevron (piano), Jean Bolcato (contrebasse), Christian Ville (batterie)

chronique

Colette Magny. Une artiste oubliée, un parcours difficile. Sortie d’une administration sclérosante, embrassant férocement la musique comme pour répondre à l’appel de Pindare ("Deviens ce que tu es"), sa présence sur disque agit comme révélateur de son plein caractère. Elle y gagne du poids ; un poids énorme, celui d’un blues éléphantesque aux influences free jazz. La génitrice spirituelle de Brigitte Fontaine et Catherine Ribeiro, bien qu’étant d’un univers moins sensuel, d’une symbiose autre, augmente son coffre au volume décapant et facilite son Transit dès 1975 (qui a gagné sa place dans la NWW List) ; une affaire de textes corrosifs à la magnitude sans commune mesure, dans une belle alchimie musicale avec le Free Jazz Workshop. On peut tout à fait parler de "chanson française" sans être injuste envers le collectif d’électrons libres emmenés par un Louis Sclavis à ses débuts. Pas de l’improvisation endiablée comme sur les deux précédents albums de Magny ; pas du jazz conventionnel non plus, bien sûr ; mais c'est limpide avec l’éclatement des premières vibrations vocales. Des plaintes percutantes, effaçant la frontière physique du studio pour nous secouer les puces. La difficulté de vivre de la musique : c’est la "Panade" de la condition d’artiste, pour laquelle il faut se battre, ne rien lâcher. Thème récurrent, quasi rive gauche. Apparition de la censure et du contrôle ; critique de la télévision. Parmi des phrases faussement anecdotiques, Magny soulève la question de la liberté d’écrire de la "mauvaise musique" – les textes courent vers un chemin au bout duquel se trouvent satire et critique, avec une forte allusion au bellicisme. Autre ambiance avec "Les cages à tigre". Lecture d’un récit-témoignage de l’indomptable Nguyen Duc Thuan traitant des tortures perpétrées dans les prisons vietnamiennes dans les années 60. Descriptions des exactions, violence des actes et des paroles, plus dans la lignée de Vietnam 67, spoken word habité qui donnerait une claque même à Léo Ferré. Mots poignants. Engagement politique et humanité s’entrechoquent, émeuvent, puis un thème à la trompette annonce des extraits de poèmes de Nguyen Van Thao et Ten Hsiao Ping, qui commencent comme une ballade douce et finissent dans un cri de douleur. Une poésie qu’on retrouve dans "La bataille", ode expérimentale empruntée à Ahmed Fouad Negm, mise en boucle à la Diamanda Galás, trois minutes comme une étrange litanie mêlée d’objurgation pacifiste, une condamnation des bourrages de crâne et autres matraquages militaires. Mais Transit est avant toute chose un disque éminemment personnel, preuve en est la suite "Ras la trompe", et d’abord ses murmures, ses commentaires désobligeants, ses mauvaises plaisanteries, ce petit pachyderme assis sur deux chaises ; puis ce blues d’isoloir, dans lequel Colette Magny se confie ; et ce court signal RTF, juste avant une chanson à la structure classique de valse couplet-refrain – qui surprend presque dans un manifeste de cette trempe, l’occasion d’un brin d’humour au sujet du militantisme. L’ultime minute, avec son quatuor à cordes, ponctue le disque par une réflexion qui vaut son pesant d’or, un aphorisme presque désabusé : "Qu’est-ce qui faut pas faire pour essayer d’se faire comprendre…". Ah… si seulement on passait moins de temps à essayer de se faire entendre.

note       Publiée le jeudi 7 décembre 2017

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DukeOfPrunes › jeudi 7 décembre 2017 - 13:49  message privé !
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C'est avec ce disque que j'ai découvert Colette Magny. On y trouve, en partie, des éléments des albums précédents, mais en plus doux. Tendance qui se confirme d'ailleurs avec Visage-Village, certainement sa plus grande réussite.

Note donnée au disque :       
WZX › jeudi 7 décembre 2017 - 13:30  message privé !

Un disque bien beau, ouais. Du rire à l'effroi (ces Cages à Tigres, ça vous fout des frissons et ça vous révulse). Le workshop de Lyon vient ajouter de nouvelles couleurs à la musique de Magny et ça prend très bien.