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Stevie Wonder › Music of my mind

lp | 9 titres | 47:53 min

  • face a
  • 1 Love Having You Around [7:21]
  • 2 Superwoman [8:04]
  • 3 I Love Every Little Thing About You [3:46]
  • 4 Sweet Little Girl [4:54]
  • face b
  • 5 Happier Than The Morning Sun [5:18]
  • 6 Girl Blue [3:35]
  • 7 Seems So Long [4:27]
  • 8 Keep On Running [6:35]
  • 9 Evil [3:35]

enregistrement

Enregistré à Media Sound, Electric Lady, NY, et Crystal Industries, LA par Rick Rowe et Joan DeCola - Produit par Stevie Wonder – Producteurs associés, ingés-son, programmation du Moog : Robert Margouleff et Malcolm Cecil

line up

Stevie Wonder (tout), Art Baron (solo de trombone sur Love having you around), Buzzy Feiton (solo de guitare sur Superwoman)

remarques

Cover art et montage : Daniel Blumenau – Cover graphics : Graphic Projects,inc, NY

chronique

Styles
soul
pop

Et voici venir un des disques de ma vie... Il y a un sévère cliché, maintes fois dit et écrit sur Stevie Wonder, mais si éloquent. Le musicien de Detroit n'est pas tout à fait aveugle de naissance. Né prématuré, c'est un mauvais réglage du taux d'oxygène de sa couveuse qui sera à l'origine de sa cécité. Il aura donc vu la lumière durant les premières heures de sa vie... et en aura été à jamais illuminé. Ce qui fait la magie de "Music of my mind", c'est sa simplicité, sa perfection, l'émotion qui se dégage des voix, des mélodies, son ambition artistique qui revendique à la fois l'intériorité et l'universalité, la passion et l'intégrité, sa fraîcheur absolue dans des arrangements nouveaux à l'époque qui auraient de quoi faire frémir sur le papier, mais qui restent aujourd'hui absolument bluffants et merveilleux. Le thème principal (et quasi-unique, d'ailleurs) de ce disque est l'amour. Lors de nos débats internes (et houleux) pour savoir si Stevie Wonder serait chroniqué sur ce site, après approbation de la majorité, un chroniqueur hostile fit cette remarque : "il faudra chroniquer beaucoup de musique bien haineuse pour compenser ça, alors". Et il avait parfaitement raison. La compensation sur Guts est encore loin d'être faite, à mon avis, tant ce disque à lui seul irradie le bonheur, soulève, dégage, annihile toute pesanteur pour trouver la grâce parfaite. La qualité des compos de ce disque, l'engagement sans limite de son interprète principal (et quasi-unique, d'ailleurs), en font une sorte de nouvelle musique religieuse. Ce disque fait aimer, pleurer, rend heureux, console, écarte le mal. Le son de ce disque n'a pas d'équivalent non plus. Quoi de moins bandant qu'un synthétiseur ? Et pourtant, Stevie a tout de suite adoré ça : il pouvait créer le son qu'il voulait, se rendre maître-démiurge (et thaumaturge) total à bord de son studio. Robert Margouleff et Malcolm Cecil l'ont secondé à partir d'ici jusqu'à "Songs in the key of life" (exclus) dans l'art de la maîtrise des claviers - mais il est difficile de connaître exactement leur implication, et peu importe : "The album is virtually the work of one man. All the songs are composed, arranged and performed by Stevie Wonder... on pianos, drums, harmonica, organ, clavichord, clavinet, and ARP and Moog synthesizers. The sounds themselves come from inside his mind." Et de toute façon peu importe : un groove, un feeling et une âme pareils à l'intérieur d'un univers synthétique et métronomique, il n'y a que Stevie Wonder qui a pu les y mettre. Et, plus que tout : des compositions à ce point habitées, il n'y a que Stevie Wonder qui a pu en créer. Ce n'est plus de la pop, ni de la soul, ni de la musique électronique, c'est beaucoup plus que tout cela : "Music of my mind", sans détour. Sans détour, car cet album est aussi le plus accessible de Stevie. Il m'a fallu plusieurs écoutes avant de commencer à saisir les contours de ces autres chefs-d'oeuvre que sont "Innervisions" et "Songs in the key of life". "Music of my mind" fait pour moi partie d'une autre catégorie. Lorsqu'on l'écoute pour la première fois, les oreilles se posent sur "Love having you around", avec son clavinet et sa voix distordus en écho de la ligne de chant principale, sa mélodie imparable, ses choeurs, son groove de folie, sa liberté totale, et l'on trouve ça merveilleux tout de suite, on est heureux. On se dit que ça ne peut pas durer. Mais si, le deuxième titre vous fait pareil, et le troisième, et ainsi de suite jusqu'au bout. Dès la première écoute. On se dit alors que cela est dû à cette fraîcheur et cette simplicité qui doivent certainement se faner lors d'écoutes répétées, que ce disque est juste un truc catchy mais pas très résistant, qu'on en aura vite fait le tour. Mais non. Les écoutes successives ne font qu'amplifier l'émotion. Apparemment, l'esprit de Stevie est inépuisable... Alors, oui, il y a ce "Love having you around" déjà évoqué, incroyable de spontanéïté et de force motrice, où Stevie s'invente son vocoder à lui et improvise à tout va. Il y a "I love everything about you" qui démarre et finit comme susurré au creux de l'oreille quand son refrain est endiablé ; "Sweet little girl", avec sa section parlée irrésistible et son harmonica qui ne l'est pas moins. Car Stevie est aussi un maître de l'harmonica, cet instrument si typiquement américain (inventé en Allemagne) qui chante avec lui la pop aussi bien que le blues. "Superwoman" est quant à elle une merveille absolue. S'il fallait que je choisisse trois chansons à écouter pour le restant de mes jours, elle ferait partie du lot (eh oui, interdit de rire). Scindée en deux parties bien distinctes, elles-mêmes divisées chacune en deux enchaînements couplet-refrain, c'est la chanson de la désillusion et de la rupture - le Rhodes allié à la guitare de Buzz Feiten sont purement magiques. La première section est une plainte avant la rupture ; la seconde une complainte après - ce solo de guitare qui épouse entièrement les circonvolutions des synthés et de la voix de Stevie... Beau à pleurer. On se demande en même temps comment un jeune homme de vingt et un ans peut atteindre une telle maturité. Cela fait partie du mystère Stevie Wonder. Pour le reste, écoutez le traitement de la voix et des percussions dans le doux-amer "Girl Blue". Dans l'irrésistible "Keep on running", les synthés font aussi bien que la guitare wah-wah du "Shaft" d'Isaac Hayes. Et le mariage orgue/synthés de "Seems so long"... Troisième merveille absolue de cet album : "Happier than the morning sun", bouleversant, désarmant d'innocence. Le clavinet et la voix de Stevie, c'est tout. Sous ses doigts, le clavinet véhicule plus d'émotions et de feeling que la guitare d'Eddie Hazel (vous ne vous en doutiez pas ?) Le bonheur fait chant. La conclusion de l'album est tout à fait comparable à l'introduction de "Where I'm coming from" : grave, solennelle, pompeuse dans le bon sens du terme. Qui pourrait chanter en toute simplicité des trucs comme "Evil, why have you stolen so much love" sans sombrer dans le ridicule ? À part lui, je ne vois pas. Parce qu'il ne bluffe pas, il nous aime VRAIMENT pour pondre un album pareil. Le plus grand disque de pop de son époque ; et un disque qui prouve que l'amour existe.

note       Publiée le mardi 25 janvier 2011

chronique

"Everyday I wanna fly my kite"… L’ambition et l’enthousiasme dont fait preuve cette voix, dès ce premier titre, a quelque chose d’une libération. Les sons électroniques y sont omniprésents, particulièrement dans l’intro et l’outro, et c’est probablement la grande différence entre cet album et Where i’m coming from. Wonder fait ici une utilisation intensive d’une machine qu’il vient de découvrir, sur laquelle je reviendrai. Toujours est-il que les sons électroniques analogiques sont plus présents ici que dans aucune autre œuvre du multi-instrumentiste. Ils sont superbes à écouter au casque. Superwoman est le plat de résistance du disque : un morceau en deux parties, tout comme Sunshine in their eyes sur le précédent LP, qui prend une tournure élégiaque et totalement ovniesque pour son époque… Après une première phase immédiatement obsédante, d’imposantes nappes de synthé créent un ciel où vient virevolter un solo de guitare magique de Buzzy Feiton. Ce sera quasiment la seule intervention extérieure de l’album : plus de funk brothers, Wonder joue tout l’album seul de la première à la dernière seconde, équipé d’un veritable arsenal électronique. I Love Every Little Thing About You est également une pièce d’orfèvrerie (il faut écouter les couplets avant tout, chez Wonder), à la production quasiment disco mais avec un souffle mélodique supplémentaire. Tout cela s’écoute comme un album de Pink Floyd ou d’électronica, finalement… On passe rapidement sur Sweet Little Girl, digression lascive assez amusante où Wonder cabotine comme jamais auprès de sa dulcinée (‘You know I love you more than my clavinet’… ça c’est de la déclaration d’amour), qui visiblement refuse de s’adonner à la chose avec lui… Il lui propose alors d’aller voir Sweet Sweetback Badasssss’s Song au cinéma, histoire de lui redonner l’inspiration. Ceux qui ont vu le film ont compris et s’étonneront peut-être d’une telle référence contre-culturelle dans un album de Stevie Wonder… La face B contrebalance tout ça avec une succession de ballades nettement plus sages, toujours riches en claviers 70’s orangés et caoutchouteux (cherchez pas où Dr Dre a eu l’idée de ses samples) mais moins culte que cette face A digne des Beatles. Signalons tout de même les arabesques vocaux du poétique Girl Blue, sorte d’aquarelle pour les oreilles doucement psychédélique, comme un réveil sous la canopée dans une jungle acceuillante. Les compositions de Music of my mind seront reprises de nombreuses fois par des groupes de funk durant les années 70 (surtout ce Keep on running à la polyrhytmie extrêmement rapide)… Normal, cet album avait plusieurs années d’avance. C’est à partir de là que Stevie s’associe au Tonto’s expanding head band (voire recommandation), les responsables de l’attirail de synthés évoqués plus haut. C’est dans ces années 72-73 que Wonder va longuement expérimenter avec eux dans les studios Electric Lady, construits par Hendrix trois ans avant, et jeter ainsi les bases des sons de synthétiseurs de tous ses albums des 70’s. Sa période dorée (sauf Songs in the key of life) sera marquée par sa collaboration avec le duo, présent sur tous ses albums. Il est ainsi le premier à intégrer les machines dans la black music, après Sun Ra et avant George Clinton, mais le seul à passer dans les charts. Sa musique a d’ailleurs considérablement moins vieilli que la plupart de la Soul de l’époque. Cet album, régulièrement cité en référence incontournable, parfois un peu trop au détriment de ses successeurs et de son prédécesseur, en est la preuve.

note       Publiée le mardi 25 janvier 2011

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salida › vendredi 29 mars 2013 - 22:59  message privé !

Tout semble évident, limpide dans cette musique. Et pourtant tout y était totalement nouveau. Cette façon de mélanger la pop et la soul. Les synthés et la soul. Plus homogène,avec ce mid-tempo feutré, que les albums suivants. Pour le reste, tout le génie de Stevie Wonder était déjà là. Et 40 ans plus tard, le résultat est toujours aussi exaltant !

Karamazov › samedi 19 novembre 2011 - 01:10  message privé !

Choppé quelques Wonder et c'est quand même autre chose que le Wonder 80's que je connaissais plus ou moins. "Evil" est à chialer. Bonne chaleur humaine.

Note donnée au disque :       
Kid A › mercredi 4 mai 2011 - 09:14  message privé !

Un immense merci pour ces chroniques, sans lesquelles je serais peut-être resté longtemps sur mon image de Stevie comme un faiseur de tubes agréables mais inconséquents... Je découvre donc ce Music of my mind, le genre de recueil qui éclaire une journée, une vie, une passion pour la musique, c'est la vérité. C'est gonflé d'avoir commencé l'album sur ses deux morceaux de bravoure, qui suffiraient largement à nous combler. Mais quand on tombe sur un "Happier Than The Morning Sun " ou un "Girl blue", plus de doute possible, ce type est bel et bien un génie et la perspective de me plonger dans la suite de sa discographie me réjouit d'avance.

Coltranophile › mardi 25 janvier 2011 - 18:46  message privé !

Tu peux dire noir-américain, personne ne t'en voudra.

Note donnée au disque :       
heirophant › mardi 25 janvier 2011 - 18:15  message privé !

J'ai essayé, désolé, c'est trop gai pour moi, et l'accent afro-américain me rebute.