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Colette Magny › Vietnam 67

lp | 14 titres | 40:44 min

  • Face A
  • 1 Vietnam 67 [2:10]
  • 2 Aurons-nous point la paix ? [1:57]
  • 3 Choisis ton opium [2:37]
  • 4 Désembourbez l’avenir [2:35]
  • 5 Viva Cuba [3:05]
  • 6 Je chanterai [2:53]
  • 7 Les gens de la moyenne [2:29]
  • 8 La blanche Aminte [2:13]
  • Face B
  • 9 La dame du Guerveur [4:40]
  • 10 Trois motifs [2:10]
  • 11 Bura Bura [3:15]
  • 12 A l’Origine [2:00]
  • 13 Baise m’encor [3:02]
  • 14 A Saint-Nazaire [3:18]

extraits audio

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enregistrement

Non renseigné.

line up

Jean-pierre Drouet (vibraphone sur 12), Colette Magny (voix), Jean-Marie Morel (direction d’orchestre sur 1, 4, 6), Bernard guérin (basse sur 2, 9, 10), Mickey Baker (guitare sur 35, direction d’orchestre sur 7), André Almuro (structure musicale sur 11), Bernard Pierrot (guitare sur 13 et 14)

remarques

Ce disque est à priori paru sous le simple titre Colette Magny. Je conserve toutefois en en-tête de cette chronique le titre d’usage le plus communément adopté depuis – Vietnam 67 – qui permet de le différencier facilement des autres disques homonymes sortis par la chanteuse au cour de sa carrière.
Les titres de cet album sont également disponibles - dans un ordre différent - sur la compilation Vietnam 67/Mai 68, parue en CD en 2009 sur le label EPM.

chronique

La forme, bien sûr : tout de suite, elle dit l’époque. Autant que le titre, au moins, celui qui ouvre le disque. En verbe : direct, engagé, prosodie descriptive, attachée à une cause devenue depuis moins indiscutable… Hô Chi Min sur guitare sèche. Parce que la musique est marquée, aussi. Autre temps… Et alors ? Et pourtant. "Pourtant" car c’est Colette et qu'à la plage d’après c’est jazz nu, sans prévenir. Et que c’est depuis la Renaissance – par la voix d’un homonyme – qu’elle nous appelle à la fraternité par dessus la contrebasse, qu’elle nous veut cette fois la paix quand juste avant c’était la guérilla. Puis Marx et Tchekhov qui en veulent au Paradis pour que de nos vivants nous puissions l’atteindre. Et puis… "La Commune n’est pas une princesse féérique/Pour que d’elle on rêve la nuit", nous passe-t-elle de la part de Maïakovski… Etc. ? Non : "Voilà". Et puis attrape et pense, et sens. Ce disque est désarmant. Au début saisissant surtout par ces traits désaxés dans nos logiques et esthétiques d’un temps timide et mesuré lorsqu’il ne s’agit pas de racoler. Déstabilisant parce que littéral. Journal parlé. Sauf qu’elle chante. Que c’est Colette, disais-je. Et que par elle c’est poignant. Que sa puissance, en passant, à la dame, nous pointe aussi, en les caressant, les nuances et finesses qui plus tard nous cueilleront ; plutôt : prendront de court notre entendement pour nous souffler le mot complice et nous glisser la question sœur. Cette femme et sa musique, si pleinement musique, et la poésie qu’elle fit sienne, toujours, reprise aux peuples ou aux pléiades, aux aïeux ruraux, ou coulée de sa plume, furent toujours profonde, bouleversante honnêteté. Amour brut et décillé de l’existence en lutte, et de la douceur aussi où se logent matins, repos, soirs, étreintes et regard francs un moment réciproques. Ce qui nous reste d’elle demeure grand – et simple, et fort – parce qu’aux temps qu’elle gravait, elle embrassait l’élan – c'est autre chose que les propagandes – la vitale agitation, les souveraines sérénités. Passé le choc des juxtapositions, la violence des évidences énoncées – rimes des siècles enchâssés aux modernes autours et désarticulements d’alors, rondeaux sur des accords après les inquiétants échos de bandes montées, juxtaposées… – c’est l’humanité, ici, qui nous pénètre et nous traverse : des couplets, des rythmes, des ruptures, ligatures inventées. Des ressources où toujours on puise, des fatigues surmontées, des espérances apprises qui piquent en volontés. De ce qui se perd à jamais, aussi, qu’un instant on effleure. Plus on avance, ici, plus on sent qu’elle nous touche, cette vie préservée, pas intouchée mais nullement corrompue. Vêture, certes, après quoi ont passé mille modes. Mais par dessous, chair toujours ferme ou relâchée, parcourue, innervée ; imparfaite ; et par là, ô combien sous notre jour, encore aimable. Rien ne sonne faux, ici, que l’on adhère ou pas à l’un ou l’autre des bulletins tendus. Et puis les jeux de charme même – j’écouterais dix mille fois ce Baise M’encor qu’elle prend à Louise Labbé, qu’il ne me passerait pas – ne tourne pas au futile, touchent aux centres qui vibrent. Colette Magny, toujours, marche à son pas, exhale à son empans, absorbe et rend poussées et bruits qui la remuent. Sa manière change – jamais elle ne voudra se fixer. Encore, on entend son timbre – chaud, terrien, entre mille autres reconnaissable. Son phrasé versatile et sûr porte les fulgurances puis, à côté, les mots souffrants et ordinaires des paysans lucides, des ouvriers qui s’emparent des usines parce que c’est une question d’y laisser un peu sa peau si on laisse la troupe déloger nos carcasses. Cet album n’est pas signe avant coureur – de mai 68, des barouds provisoires et de leurs séquelles. Il n’est pas, vu d’ici, traînée, queue de comète des tentatives mortes. Colette Magny, dans tous mouvements, cherchait des mains semblables et d’autres singuliers avec qui deviser. Comme quelques autres, rares, elle tira du chaos des jours l’intime générosité, la perdurable fraîcheur, le bruissement qu’aucune date, une fois dite, ne referme. C’est qu’en disant "demain" elle entonnait au jour, au soir, à l’aube même. En cette seule mesure qui ne s’illusionne pas de pouvoir contenir – aspirations, folies, sagesses. La forme, disais-je, nous semble étrange, d’abord, d’une heure étrangère. C’est qu’elle n’est pas un moule. Voyez-là s’animer. Elle devient familière. Ses jours ne seront plus comptés tant que les vôtres seront vifs.

note       Publiée le vendredi 27 décembre 2013

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dariev stands › vendredi 22 juin 2018 - 14:23  message privé !
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Merci Kranakov

kranakov › mardi 12 juin 2018 - 09:00  message privé !

Abondant, protéiforme surtout, l'oeuvre d'A. A. - et assez secrète, malgré le nombre conséquent de grands noms qui d'une façon ou d'une autre peuvent lui être associés : Roger Gilbert-Lecomte, Pierre Schaeffer, Maurice Pialat, Pierre Clémenti, Jean-Luc Guionnet, Stéphane Marti, Ange Leccia, Philippe Jubard, etc.

Producteur et présentateur radio, compositeur, performeur, enseignant, cinéaste, théoricien...

Malheureusement côté oeuvres accessibles (et encore c'est bien "relatif") on n'est pas gâté. Le catalogue compte au moins une centaine de numéros (dont des opéras, des cycles de 24h, des musiques pour ses propres films...), la très grande majorité électro-acoustique, mais en tout et pour tout six disques édités.

Deux LPs de musiques électro-acoustiques : le très beau "Musiques Expérimentales" chez Adès (réédité en CD-R pirate par Creel Pole) et le magnifique "L'Envol / Ambitus". Soit six pièces de haute volée qui illustrent exemplairement le souci constant du compositeur d'élaborer des "trames" sonores.

Trois LPs de musique "mixte" où à la réalisation acousmatique s'ajoute une voix récitant des poèmes : Artaud, Lorca, Genet, des amis aussi sur "Poésie de la Cruauté", Artaud encore sur "Van Gogh, le suicidé de la société", et le déjà cité "Condamné à Mort" de Genet récité par Mouloudji (et réédité en CD au début des années 90).

1 seul CD est paru - hélas ! - sur label italien (Elica), "Dépli" qui reprend la pièce qui accompagne son chef d'oeuvre filmique (à mon goût - "Le Troisième Oeil" où il ouvre la voie haptique de son cinéma qui caractérisera les dernières années de son oeuvre), collaboration avec Jean-Luc Guionnet, "Terrae Incognitae" pour bande et 60 chanteurs et "Boomerang, prélude" musique d'action de la fin des années 70.

DukeOfPrunes › samedi 9 juin 2018 - 09:45  message privé !
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Il y a des trucs géniaux sur les disques Mouloudji : "Free Jazz" de Tusques, "Le Nouveau Jazz" du même avec Barney Wilen, et "Le Condamné À Mort" sur lequel le bon vieux Marcel bosse justement avec Almuro. C'est d'ailleurs le seul disque, avec "Avec", que j'ai pu écouter du compositeur...

dariev stands › vendredi 8 juin 2018 - 16:03  message privé !
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Pour le coup, je comprend que ça soit une "pièce" celui-là. Sorti par le PAN records des années 60, "Disques Mouloudji", oui oui, le label de Marcel Mouloudji, auteur de "Comme un p'tit coquelicot". Entendu dans un DJ-set à Lyon entre Ryuichi Sakamoto et un truc électro récent, ça passait crème. Au passage, quelqu'un connaît un peu le reste de la discographie de ce André Almuro (quand meme 4-5 albums) ?

DukeOfPrunes › jeudi 7 juin 2018 - 18:59  message privé !
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Dès que j'ai les fonds, j'investis dans ce coffret. J'ai vérifié la tracklist, il me semble qu'il y a "tout" sauf les à-côtés type D.M.I. Le LP avec André Almuro est rarissime, ça spécule à tour de bras (vu à 200€ chez un vendeur, j'imagine avec un paquet de Mars).