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Bryan Ferry › Bête Noire

cd | 9 titres | 43:18 min

  • 1 Limbo
  • 2 Kiss & Tell
  • 3 New Town
  • 4 Day For Night
  • 5 Zamba
  • 6 The Right Stuff
  • 7 Seven Deadly Sins
  • 8 The Name Of The Game
  • 9 Bête Noire

line up

Bryan Ferry, David Gilmour, Johnny Marr, ... et autres musiciens sérieux...

chronique

Bryan Ferry pour la plupart des gens pas trop concernés et surtout ceux qui ont oublié sa première carrière, est l'archétype du gendre idéal : chanteur de noces, séducteur à la Frank Michael (à qui il ressemble fort d'ailleurs), et charisme trop propret pour être honnête d'éternel playboy, avec débuts dans les milieux arty puis posé comme diamant sur canapé du show biz par l'aval d'un "More Than This"... Après une généreuse kyrielle de reprises cyniques et un Boys & Girls irrésistiblement crémeux, voici, dans la droite lignée de ce dernier en un peu plus catchy, l'alanguie Bête Noire. Deuil consommé de la période glam sous les néons, emballé sous une pochette de crooner-zèbre lançant quelque œillade discrètement psychopathe, plus marquante que ses anciennes poses de garçon coiffeur, et qui résume finalement assez bien la matière sous-jacente de cette post-new wave en costard. Bête Noire, bien qu'il sonne aux trois bons quarts aussi gutsien que du Chris de Burgh, me semble à sa place ici, magnétique à sa façon... malgré ce luxe scintillant, malgré cette clinquance très "variété internationale", griffée par le régulier à la Cicone, faisant qu'on est, en effet, dans de la surproduction typique du milieu-fin des années 80 sous houlette de manager à rolex. Un casting sélectionné par major, donc un son objectivement 100% impersonnel, duquel se dégage paradoxalement un cachet très "parade aristocrate pas très nette" à mes oreilles du moins, qui a bien mieux vieilli que la plupart des disques pop de l'époque. Arrangements coloniaux du genre marimbas et congas, pour salsa ou cha-cha nocturne, échos assez exotiques pour charmer l'oreille du business-man occidental, acoustiques limpides comme un cristal hors-de-prix, choeurs débauchés de chez Joe Cocker, guitares au son aussi impeccable que la façade d'un building de la finance et basses fondues dans ces synthétiseurs sous-mixés mais ausi moelleusement nécessaires que le foie gras au sommet du rossini : Bête Noire nous dresse la bijouterie pour courtiser la bourgeoise, pas de doute. Mais le maître de maison a les dents trop blanches... y a comme aiguille sous rocher ferrero. Dès "Limbo", je sens dans ce Bête Noire un fumet très "fin de règne du rock FM" qui beurre le terrain pour un Innuendo, couplé à du Talk Talk période It's my Life et, puisqu'il faut tout se dire, des échos persistants de Ric Ocasek avec ou sans les Cars, de Division Bell (gutsiennement aussi délicat à traiter qu'un Invisible Touch mais d'une chirurgie esthétique tout aussi remarquable - même si Bête Noire est kitschométriquement plus proche d'un Duke) mais surtout évidemment : ce qui sonnerait comme un Avalon II. Cela m'empêche d'apposer à Bête Noire une note gutsienne qui soit généreuse, cela va sans dire... Mais je fais claquer le "Kiss and Tell" sonnant et trébuchant et la réservation retenue au Dorsia, et je nargue Patrick Bateman qui jalouse grave de pas l'avoir trouvée pour sa hi-fi. Ce Bête Noire a le trouble sous le luxe pop-new wave, entre les guindes VIP et les antichambres VIH, les excès sordides de l'élite pendant le bal, dont on ne perçoit que les choses par l'entrebaîllement. Ces jolies chansons de joli monsieur sentent à leur façon polie les misères affectives du capitaliste et l'ère des yuppies de Wall Street ("The Name Of The Game" est à l'image de cette ambivalence : c'est fondamentalement aussi gay que la chanson de Richard Sanderson et ça a du reste probablement servi de générique de fin à une comédie romantique de seconde zone, mais ça a cette eau-de-rose de dandy trouble). Et puis, ces refrains bienveillants qui t'aquarellent sans trop prévenir des aurores pâles dignes du dernier Michel Berger... Ils n'aident guère à déterminer la nature profonde de ce qui survit sous les tonnes de maquillage. La réponse tient peut-être dans la cold "Zamba" abandonnée au milieu comme un enfant malade au centre d'une salle de bal, berceuse torturée digne d'un Peter Hammill, aussi troublante qu'un "Strictly Confidential" sans Roxy Music... le cafard sort du playboy, terriblement sombre et beau. La seule et unique chanson de l'album vraiment gutsienne... et dans ma faiblesse ou mon indulgence, j'admets qu'elle irradie les sept autres, qu'elle m'a permis d'y percevoir la mélancolie insidieuse, la beauté pas si parfaite... à la façon d'une moue puérile terriblement désarmante et troublante de Kim Basinger qu'on retiendra finalement plus que toutes ces scènes de baise faisant exploser le putass-o-mètre, quand on se souviendra de 9 semaines ½.

note       Publiée le jeudi 1 mai 2014

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Fryer › jeudi 25 juillet 2019 - 18:34  message privé !

Rien que pour Kiss & Tell, l'album vaut l'achat !

Raven › jeudi 25 juillet 2019 - 15:22  message privé !
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Héhé, et tu peux prolonger le plaisir nocturne avec Boys & Girls et Taxi (en somme l'album juste avant et celui juste après), Twilight ! ^^

Twilight › jeudi 25 juillet 2019 - 09:30  message privé !
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J'ai fini par l'acheter à pas cher car il me faisait de l'oeil depuis trop longtemps. Certes, beaucoup de tics 80's assez détestables mais la mélancolie sensuelle de 'Zamba' ou 'New town', il y a des moments où c'est juste le truc que tu as envie d'écouter, la nuit par exemple...

zugal21 › jeudi 25 juin 2015 - 15:37  message privé !

C'est ronronnant et velouté...

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