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Ennio Morricone › Frantic

  • 1988 • Elektra 960782 1 • 1 LP 33 tours

vinyl • 10 titres • 41:56 min

  • 1Simply Red - I'm Gonna Lose You
  • 2Frantic
  • 3On The Roofs Of Paris
  • 4One Flugel Horn
  • 5Six Short Interludes
  • 6Nocturne For Michel
  • 7In The Garage
  • 8The Paris Project
  • 9Sadly Nostalgic
  • 10Frantic

remarques

chronique

Frantic, c’est toute une ambiance, unique, une atmosphère d’apparences, de traque hagarde, d’abandon, de mystère, de femme fatale aussi, et la musique de Morricone y a été pour beaucoup dans l’envoûtement du film, cette sensation de semi-rêve permanent, d’intrigue et de séduction ténébreuse mêlées, oui, bon, je n’oserais pas dire que Polanski a déroulé les images sur la musique… mais c’est tentant. Si le corbeau que je suis se laisse aller à parler de perroquet bleu (comprenne qui devra), c’est surtout parce que cette B.O. est une pièce d’orfèvre mésestimée, ce qui est hélas à relativiser tant le compositeur compte de B.O. oubliées à son actif, et à peu près autant qui devraient être rééditées en CD plutôt qu’écartelées sur des compiles de supermarché aux origines douteuses (si vous avez eu comme moi la mauvaise surprise d’acheter des compilations titrées ‘Morricone’ mais se révélant être des contrefaçons à base de thèmes réinterprétés par l’Orchestre Philarmonique de Yamaha, vous comprendrez)… Mais je m’égare. Dans Frantic, il y’a ce parfum de brise-cœur, de valse avec le danger, porté par un thème éponyme absolument sublime sur lequel je reviendrai quelques lignes plus bas (parce qu’il faut en parler, tellement ce titre est une merveille !). Oui, parmi la pléthore de bande originales signées Morricone (une vie ne suffirait pas à en faire le tour, entre les nombreux gialli, les obscures comédies italiennes, les blockbusters hollywoodiens, les western – et il faut de toute façon égrener beaucoup), celle de Frantic reste une de mes préférées, pas loin de The Thing & Casualties of War. Mélancolique, rythmée et d’une ambiguïté totale, elle colle à merveille à l’ambiance du film de Polanski, qu’on ne peut décrire mieux qu’ambiguë, trouble. Un film hitchockien en diable, un film dont le personnage principal est Paris, plus qu'un décor, le labyrinthe dans lequel évolue l’américain aventureux campé par Mr Ford, qui ne sait trop où aller dans cette capitale pleine de tête louches, de lieux étranges, pour retrouver sa chère et tendre, kidnappée par Dieu sait qui. Un film des années 80, aussi. Qui dit années 80 dit gros rythmes, mais l’Italien, fidèle à ses amours classiques, n’a pas abusé de synthés, il l’a fait "à l’ancienne" avec une approche légèrement plus moderne certes, mais surtout avec une infinie délicatesse. Le compositeur n’a pas lésiné sur les moyens comme à son habitude, bois, cuivres, cordes et tutti quanti, et il a porté ses différents thèmes à des sommets de finesse, de subtilité, de nuance, avec l’aide précise de l’orchestre. Un autre challenge fût également d’éviter de redessiner les mêmes schémas "à l’italienne" qu’il a presque fini par produire à la chaîne à force de commandes pour des films plus ou moins glorieux (n’ayons pas peur de dire franchement : de gros nanars et pas mal de navets !), et c’est aussi là que le génie du compositeur se révèle quand il s’agit de créer une musique pour un cinéma de qualité (on sait déjà qu’il peut faire du son en or pour des images en excrément, certes) : l’adaptation au sujet est totale, sa musique enveloppe tout, fait corps avec les images, c’est l’habit de grâce, le costume le plus classieux dont pouvait rêver Polanski – et sans les images, c’est aussi délectable, foi de volatile averti. Même en étant borderline avec la caricature, puisque pour évoquer les charmes de notre France, le maître n’hésite pas à user du cliché suprême : l’accordéon. Sans perdre une once d’élégance, "On the roffs of Paris" étant peut être un des passages les plus envoûtants de la B.O. Voici une des B.O. qui s’apprécient très bien sans les images, qui donne même je pense envie de voir le film à ceux qui n’en ont pas vu une miette. C’est toute la magie de Morricone : l’évocation. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’ambiance du film de Polanski tient presque entière dans cette musique… mais presque ! C’est beau, tout simplement, contrasté, tout en nuances, en vagues. On se laisse bercer au gré des thèmes tour à tour anxiogènes ("In the Garage"), contemplatifs ("Nocturne For Michel", plus jazzy) voire cafardeux ("Sadly Nostalgic"), ou clins d’œil sans équivoque aux thèmes des films à suspense d’après-guerre ("Six Short Interludes"). Bref beaucoup de nuance, de finesse dans le trait, et une homogénéité totale, qui fait qu’on parcours les 9 morceaux comme on suit la traque de ce touriste américain dans une ville inconnue et immense. L’ivresse des lieux inconnus. Comment ne pas mentionner le thème principal ? Un de ses joyaux propres au compositeur : un thème bouleversant, déchirant, surpuissant (la ronde des superlatifs peut être longue), porté par ces violons plaintifs – oserais-je dire gémissants - si particuliers, qui sont une des marques de fabrique du Maître – et qui peuvent apporter une part de la réponse à la question que se posait Trimalcion, à savoir quelle est la marque de fabrique de Morricone : pour moi les violons larmoyants resteront un des ces visages les plus marquants, cette empreinte infalsifiable, magique, de l’ancien. Un thème larmoyant dans la lignée du cultissime Chi Mai (Le Professionnel), mais qui, lui, n’aura heureusement pas le sort de finir ses jours dans une publicité pour bouffe de clébards. Fiou. Je fais sans doute partie de ceux qui pensent que ce recyclage lamentable a été un massacre pour un des plus beaux thèmes de Morricone, le fait qu’aujourd’hui on associe la tête d’un berger allemand bavant au ralenti en pensant à sa pâtée, à cette petite merveille, me laisse parfois le cœur gros, et qu’on ne me rétorque pas que c’est pas pire support qu’un Bébel avec sa texture de peau en fromage fondu !… Mais je m’égare. Le thème de Frantic donc, tout aussi beau, ne vous renverra pas d’image crasse. Une mélodie qui vous ensorcelle et que Morricone décline sans en abuser au fil de ce programme succinct, mais dense. Si vous ne connaissez pas le film, une fois encore, il y’a fort à parier pour que vous vous plongiez dans cette traque étrange au cœur de Paname rien qu’à l’écoute de ces quelques notes aigues. Gros regret dans l’histoire - impossible de faire l’impasse dessus pour qui est fan du long-métrage : que le tube de Grace Jones, "I’ve seen that face before", véritable leitmotiv du film plus encore que le thème de Morricone (et même personnage intégral du film, allez, n’ayons pas peur des mots) ne figure pas sur la tracklist, alors que le très agréable mais tout autant dispensable "I’m gonna lose you" de Simply Red y trône en première ligne, et qu’un sticker malin semblait alors désigner comme seul motif d’acheter l’objet. Une B.O. indispensable malgré cette désolante amputation, pour qui est un tant soit peu amoureux de ce polar ou ne sait pas où pêcher dans l’océan musical de Morricone. Ici, vous aurez le plaisir de savourer une des partitions les moins grandiloquentes du grand Ennio, mais, à n'en pas douter, une des plus magnétiques.

note       Publiée le mardi 24 novembre 2009

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floserber › mardi 24 novembre 2009 - 12:36  message privé !

haha! excellent, je l'ai revu pas plus tard qu'hier soir ce film! :D Cool ta chronique! c'est un film très hitchockien, on y trouve du macguffin (la valise, le composant électronique), une femme fatale et une femme disparait (mouarf!), le tout baignant comme tu le dis toi-même dans un onirisme mystérieux, cauchemardesque et comme chez Hitch, un rôle important est offert à la musique. Bon ici c'est pas Bernard, c'est Ennio, mais ça fonctionne bien, moins angoissant et puissant, plus doux et angoissé peut-être. Bon j'ai plus qu'à me choper cette soundtrack! (ah et puis pour l'orchestre philarmonique de Bontempi, je vois ce que tu veux dire...).

Note donnée au disque :