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Ringo Shiina › 加爾基 精液 栗ノ花 (Karuki Zamen Kuri no Hana)

cd | 11 titres | 44:44 min

  • 1 宗教 / Religion [05:08]
  • 2 ドツペルゲンガー / Doppelgänger [03:46]
  • 3 迷彩 / Camouflage [03:45]
  • 4 おだいじに / Please Take Care [03:01]
  • 5 やっつけ仕事 / Rush Job [05:10]
  • 6 茎 / Stem [03:52]
  • 7 とりこし苦労 / Worrying Unnecessarily [02:37]
  • 8 おこのみで / As You Wish [05:46]
  • 9 意識 / Consciously [02:45]
  • 10 ポルターガイスト / Poltergeists [03:41]
  • 11 葬列 / Funeral [05:13]

enregistrement

Produit par Ringo Shiina et Uni Inoue.

line up

Ringo Shiina (chant, koto, orgues, percussions, piano préparé, piano acoustique, ehru, shamisen, melodica, kalimba, harmonium, guimbarde, sifflet, batterie, guitare électrique)Neko Saitô (violon), Hitoshi Watanabe (basse, contrebasse), Yuichiro Goto (direction des cordes), Kazuhiro Momo (guitares électriques), Junji Ikehata (batterie), Toshiyuki Mori (grandes orgues, piano, cornet à pistons), Uni Inoue (basse, vieille à roue, mandoline, luth, sitar, guitare électrique, boite à rythme, mellotron, batterie électronique), Ukigomo (guitare électrique, aspirateur, percussions vocales), Ahito Inazawa (batterie), Hideyo Takakuwa (shinubue), Tabu de Soil & Pimp Sessions (didgeridoo), Kotaro Saito (alto), Junko Minoba (alto), Youkan Mizue (instruments à vent), Yumi Ôta (voix), Chieko Kinpara party (quintet à cordes), Kanako Tsuruta (batterie),

chronique

Styles
rock alternatif
pop
jazz
electro
ovni inclassable
Styles personnels
cocktail pop explosif

Comment parler de la démesure sans en faire trop soi-même. Surtout quand cette démesure, bien circonscrite à l'idiome pop, présente elle-même une forme de concision antinomique et concentre toute ses formes et ses forces à faire péter une sorte de feu d'artifice sonique le plus harmonieux qui soit, même dans le chaos et le bordel apparent. Et voilà, ça commence. Trop de mots compliqués, trop de propositions qui s'enfilent. J'y arriverai pas. Alors comment fait-elle, la petite Shiina, pour y arriver ? Et voilà, un autre cliché. Ringo Shiina y arrive parce qu'elle est grande. Elle est même immense. Ses deux albums l'ont imposée comme une star incontestable et singulière de la J-pop, catégorie qui ne veut rien dire objectivement, mais à laquelle elle ne coupera pas. Alors, il a l'air de quoi ce troisième ? Une pochette aussi dépouillée qu'une cérémonie du thé. Une présentation et des caractères volontairement archaïques. Et le mot "sperme" dans le titre de l'album. Vous imaginez, vous, n'importe quelle princesse de la pop anglo-saxonne, ou même bien de chez nous, fourrer le mot "sperme" en titre d'un album distribué sur une grosse major ? Vous en connaissez ? Moi non plus. Shiina Ringo n'obéit plus à aucune règle. Elle a remisé au placard ses dernières velléités de sonner comme certaines de ses influences américaines. Son ambition s'est accrue d'autant. Comme tout bon joaillier pop elle se plonge dans une maniaquerie et un souci du détail qui va la pousser à trifouiller toutes ses sessions d'enregistrement sur son laptop pour mélanger, mixer, remuer, pétrir la matière obtenue jusqu'à façonner enfin sa grande oeuvre. Elle va aussi mettre la main à la pâte comme jamais, user et abuser d'instrument traditionnels japonais divers pour les rendre au format de sa propre vision d'une pop autochtone. Et dans ce mot, bien sûr Shiina y fourre tout ce qu'elle veut : du rock bien saturé, de l'électro touffue, du jazz vocal décalqué, de la musique pour anime, de la comédie musicale et que sais-je encore. Avec des cordes, de l'orchestral, un ensemble conduit par Yuichiro Goto qui avait oeuvré au côté de Joe Hisaishi sur la sublime bande-originale de Hana-bi. Ici, point trop de mélancolie, du baroque les cocos, mais de goût. De goût, mais sans retenue. Avec toujours le soin de la mélodie insidieuse. Et des arrangements qui te pètent à la gueule de préférence, une jungle où la trompe d'Eustache doit y aller à la machette pour isoler toutes les ritournelles qui virevoltent jusqu'à la canopée. Et des déraillements qui font dévier les morceaux jamais complètement engagés en ligne droite. Et des bruits de vie tokyoïte liant le tout au point que déroule devant nos oreilles ébahies une façon de grand film sonique, genre superproduction de la Nikkatsu en technicolor, numérique, 5.1 et tout le bordel technologique entassé dans les magasins clignotants d'Akihabara. Tout ça sent le seppuku commercial à plein nez, d'ailleurs Shiina en vendra quatre fois moins que le précédent. Et comme si ça ne suffisait pas, la jolie Pomme décidera par la suite de travailler en groupe, suivant la trajectoire inverse de tout artiste pop égocentrique qui se respecte : d'abord le gros succès, puis des prises de risques exponentielles puis enfin l'effacement de son nom au sein d'une formation régulière. Ce sera Tokyo Jihen, mais c'est une autre histoire même si le futur guitariste du groupe est présent sur ses sessions, c'est lui qui passe l'aspirateur qu'on entend au début de "Rush Job" et qui fait office de beatbox sur "Worrying Unnecessarily". Quoi la musique ? Vous avez trois jours devant vous ? Ben moi non plus. Je me suis attribué une limite de caractères par chronique, voulant fatiguer le lecteur le moins possible (et par la même, me fatiguer le moins possible également), et si je commence à vouloir décrire consciencieusement la musique gravée sur cette galette non seulement j'y serai encore demain, mais je vais pondre un pâté long et indigeste qui ne ferait vraiment pas honneur à ces 44:44 minutes fabuleuses. 44:44. Vous croyez que c'est pas fait exprès ? Ce soin de l'harmonie visuelle, ce zen jusque dans l'agencement de ses titres de morceaux. Quand je vous disais que Ringo Shiina faisait partie de ces grands maniaques de l'histoire de la pop. Et puis 44:44 minutes, ça se copie bien sur une face de K7 aussi. Tu plonge cet album dans le moteur et c'est le décollage immédiat, c'est du carburant enchanteur pour fusée, direct vers les étoiles. Oui, c'est aussi grandiose que ça, aussi extraordinaire. Mais ça sert à quoi de coller une suite d'adjectifs tous plus dithyrambiques les uns que les autre à la queue-leu-leu ? A rien. Faudrait trouver une équivalence, quelque chose de tangible pour Ringo Shiina, ce serait quoi ? La lumière d'une étoile, ça irait. Oui oui, ça lui irait. Ca a la même force, la même brillance, la même écrasante majesté. Un truc qui nous dépasse, qui nous sidère, chaque tuerie succédant irrémédiablement à la précédente jusqu'au final digne d'une super nova. Et puis l'étoile, c'est le music-hall, et Dieu sait que Shiina aime ça le music-hall. Shiina mériterait son étoile sur le Walk of Fame à Hollywood. Mais elle est et restera farouchement Japonaise. Attention, pas comme dans les clichés. Shiina c'est une Femme au pays du paternalisme. Elle peut tout faire, ne se refuse rien et réussi tout. Et hop. Veni, vidi, vici. A vingt-cinq ans à peine elle signe le plus grand album de pop de ces… je sais pas, je sais plus. Pourquoi je devrais toujours compter ? Elle n'a rien compté, elle n'a que démultiplié encore et encore jusqu'à obtenir de la Tera-pop, elle s'est hissée toute seule au dessus, très au-dessus des autres. Ainsi, pour écouter Ringo Shiina, on doit lever les yeux.

note       Publiée le samedi 18 janvier 2014

chronique

3 années ont passé. Shiina Ringo ne lutte plus contre la culture de son pays… Apaisée serait aller un peu vite, vu l’aspect intrinsèquement "fleur de peau" de son art. Transformée, plutôt. Par la mise au monde de son gamin, par son statut désormais à part de sale gosse de la pop nipponne… Elle se met au vert, coupée définitivement des contingences commerciales de cette très peu saine industrie musicale, et renoue avec une patience et une minutie dont les acharnés de l’Oricon avaient perdus trace. Kalk Semen Kuri No Hana est sans doute le disque-clé d’une des artistes les plus importantes de la décennie, et son titre-même semble déjà une énigme. Rien de plus simple pourtant pour cette grande sensorielle de Shiina Ringo : la chaux, le sperme et la fleur de châtaigner ont tous trois la même odeur ! D’emblée, les professionnels de la Jpop au kilomètre sont priés d’aller se faire voir. Pour donner un point de repère occidental, disons que Shouso Strip était son Ok Computer à elle. Avec ce disque, elle fait son Kid A, sans se retourner, et le pas de géant est irréversible. Pas une seconde de superflu dans cette construction pharaonique. Plus un seul mot d’anglais, mais des double-sens inaccessibles au non-japonisant… Le livret est d’ailleurs limpide, faisant cohabiter shakuhachi et costumes traditionnels avec violons et deux Gibson flambant neuves. En fait, Shiina Ringo a pris le meilleur des deux mondes, pour ce qui se veut son œuvre définitive. Autre indice glissé entre les pages : l’aspect symétrique de l’album, comme l’était Shouso Strip, ainsi qu’un discret casque audio, seul objet moderne reproduit, avec les guitares Gibson. Kalk Samen s’écoute au casque. C’est le seul moyen de distinguer la finesse des cordes pincées en cascade de Religion, entrée en matière bouillonnante de vie, aux arrangements "larger-than-life" sans équivalent. On reste d’abord en lisière de l’album, glacé par une telle profusion, d’emblée déployée. Mais Doppelganger retrouve un peu de l’ascenseur émotionnel qu’était son bouillonnant 2ème album. Ringo y papillonne lors des refrains, telle une luciole ivre perdue dans des guirlandes électriques. Les couplets sont ornés d’un basson nonchalant, et y résonne comme l’écho de l’intro de Honnô, du précédent album, dont l’impatience semble aux antipodes de ce qui ce joue ici. Certes, il y a toujours ces violents contrastes, ici entre une ballade poignante et une guitare totalement ébréchée, à la Michio Kurihara (Odaji Ni). Mais Shiina Ringo s’est métamorphosée. "Je suis adulte", chante-t-elle désormais, avec le cortège d’amertumes et d’exigences que cela apporte. On semble à ce moment-là entré de plein pied dans le disque, et comme dans une maison japonaise, il est frappant de constater le degré d’intimité immédiatement atteint avec ses occupants à peine la porte passée, les chaussures laissées sur le seuil. On entend des bruits de radio, de télé, de sèche-cheveux. Comment tous ces instruments entrent là-dedans, c’est un peu le proverbial miracle de la technologie. Mais on ne le dira jamais assez, tout ceci serait vain si Ringo n’avait pas cette ingénuité de génie, ce culot irrésistible de chanter devant un orchestre comme si elle était dans sa salle de bain. Au bout d’un moment, il n’y a rien à dire devant un chef d’œuvre comme Yattsuke Shigoto, qui veut dire "travail de sagouin", et qui est exactement le contraire de ça : c’est une pièce d’orfèvre débordant littéralement de vie et de musicalité, où l’orchestre se fait léger comme un habit de plumes pour la chansonnette de Ringo, qui s’envole ici vers des hauteurs d’évidence pop, avec une sobriété qu’on ne lui connaissait pas… Son charisme vocal et les arrangements super-luxe – sans équivalent encore une fois - feraient céder toutes les réticences du monde. Alors quand débarque Stem, en piste suivante, la fameuse "chanson pivot" autour duquel tout le disque s’organise, cœur d’un artichaut aux mille feuilles, c’est la deuxième joue qui en prend pour son grade. La mélodie est bouleversante, et quelle que soit la destination des pas de Ringo entendus dans la chanson, son romantisme et sa sincérité laissent très loin derrière l’éventuelle concurrence (Björk ? explosée depuis l’album précédent). Seuls mots d’anglais de l’album "Entry Number One"… Comme un journal intime, page numéro 1 ? En tout cas la "2ème partie" du disque démarre comme un réveil après une longue nuit réparatrice : Worrying Unnecessarily (ou Unnessary Anxiety selon les traductions) est un tube fait de basse bruitée à la bouche et de tôle ondulée… Le jazz vocal de plus haute tenue rencontre la baroque-pop sous une pluie électronique. Enchaînement fluide avec As You Wish alias Okonomi De, toujours aussi jazzy et plus classieuse que jamais… Tous les titres ont le calibre de standards, aucune faiblesse ne vient ternir les compos et arrangements, qui ont pris un volume et une maturité dont Ringo ne pouvait à peine rêver à l’époque de Shouso Strip. Cette musique est bâtie avec la précision d’une symphonie, simplement l’orchestre de chambre doit composer avec les bruits de cuisine, les accordéons, flutiaux, criquets ou haut-parleur de gare en fond-sonore… Bien forcés de s’entendre, puisque la maîtresse de maison a exigé la grandiloquence et la vie quotidienne en même temps. Ah, et il faut aussi composer avec la basse et la batterie héritée de son passé rock, auxquelles elle tient, et qui tabassent encore plus souvent qu’à leur tour… En vérité, décortiquer l’instrumentation serait ici un casse-tête, tant tout se tient en un ensemble insécable. Après la valse mélancolique Poltergeist, qu’on retrouvera transcendée sur Heisei Fuzoku, Funeral Procession achève de nous précipiter dans les abîmes d’un rêve qui n’est pas le nôtre. Dans une transe culminant en cacophonie, comme si l’univers se compressait au point de tenir dans cette tasse de porcelaine… C’est comme tout le reste : indescriptible par des mots.

note       Publiée le samedi 18 janvier 2014

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Jesuis › mardi 18 novembre 2014 - 14:05  message privé !

http://www.utadahikaru.jp/15th/album_info.html

http://kotaku.com/tetsuya-nomuras-version-of-hikaru-utada-is-interesti-1657236402

http://www.utadahikaru.jp/15th/album_info.html

Shiina va faire une cover d'un jeu vidéo avec d'autres artistes japonais

Note donnée au disque :       
Raven › jeudi 27 février 2014 - 00:26  message privé !
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Vu la richesse de la zique je m'interdis sûrement pas de la kiffer la Shishi, et donc de digérer cet avant-goût kikikuku (après tout combien ont buté sur tilt/drift de Scott Walker pendant des mois juste à cause de la voix ?), pis j'ai bien fini par aimer le fernet branca ;)

Nerval › mercredi 26 février 2014 - 20:43  message privé !

Non mais comme le dit Raven, la musique semble vraiment bien, mais ce chant typique féminin japonais c'est juste trop... japonais pour moi. J'essaierai le suivant selon les conseils de Dariev, juste pour voir.

(N°6) › mercredi 26 février 2014 - 17:44  message privé !
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Au demeurant ou aux demeurés ?

dariev stands › mercredi 26 février 2014 - 13:28  message privé !
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c'est pour cette raison, prévisible au demeurant, que j'aurais recommandé "Heisei Fūzoku", le suivant, pour découvrir. Plusieurs chanson en anglais. C'est plus jazzy, plus cuivres-cordes, mais c'est le meilleur à mon avis.