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The United States Of America › The united states of america

10 titres - 37:07 min

  • A1/ The American Metaphysical Circus
  • A2/ Hard Coming Love
  • A3/ Cloud Song
  • A4/ The Garden Of Earthly Delights
  • A5/ I Won't Leave My Wooden Wife For You, Sugar
  • B1/ Where Is Yesterday
  • B2/ Coming Down
  • B3/ Love Song For The Dead Che
  • B4/ Stranded In Time
  • B5/ The American Way Of Love

enregistrement

Produit par David Rubinson - Ingé-son : David Diller - Technicien et createur du Durrett Electronic Music Synthesizer & Ring Modulator : Richard Durrettb - Enregistré du 7 au 26 Décembre 1967 par David Miller

line up

Joseph Byrd (électronique, clavecin électrique, orgue, calliope, piano, vocaux), Dorothy Moskowitz (chant), Gordon Marron (violon électrique, ring modulators, vocaux), Rand Forbes (basse), Craig Woodson (batterie électrique, percussions), Ed Bogas (orgue, piano, calliope)

remarques

Il existe une réédition cd chez Sundazed avec 10 bonus tracks, portant le total à 20 chansons.

chronique

C’est en lisant une interview de John Carpenter que je fus intrigué pour la première fois par l’existence de ce groupe. Il y présentait The United States Of America comme l’un des groupes les plus bizarres jamais enfantés par le mouvement psychédélique… New York oblige, ces derniers n’en faisaient pas totalement partie (bien qu'ils retournèrent à Los Angeles après une période "Fluxus", qui verra tout de même les compositions de Byrd jouées au Carnegie Hall, c'est dire leur attachement à NY). Tout comme les Silver Apples ou le Velvet Underground - aux côtés desquels ils joueront au Boston Tea Party en 68 - les USA se réclamaient de l’avant-garde de la grosse pomme et jouissaient d’une liberté indéfectible dans leur musique comme dans leurs textes. C’est bien simple : un tel disque serait inimaginable aujourd’hui. Trop cruel, trop fourbe, trop choquant… Cet album, c’est une sarbacane aux flèches imbibées d’ayahuesca rangée dans un fourreau de velours. Une sirène aux atours pop qui vous attire dans son antre pour mieux vous dépuceler de votre naïveté de petit ricain à coup d’expérimentations brutales et de stridences sournoisement déguisées en effet psychédéliques à la mode. Premier élément perturbant : la schizophrénie de la face A : la comptine éthérée Cloud Song succède au jerk fuzzé aride et dissonant Hard Coming Love, lui-même succédant à l’exhibition des horreurs de The American Metaphysical Circus, mise en bouche révélatrice de l’incroyable cruauté de Joseph Byrd, le leader du groupe. Tout, de l’arrangement invraisemblable à la basse grouillante en passant par les effets métalliques sur la voix de la chanteuse, semble avoir 30 ans d’avance. Il faut réaliser qu’un groupe comme Broadcast, fleuron du label Warp de la fin des années 90, aura calqué toute son œuvre sur ce seul morceau. Tendez l’oreille, car derrière le chant, c’est de l’indus avant la lettre qui se cache, développant un crescendo de monstruosités sonores. The Garden Of Earthly Delights est une chanson incroyable, troublante et poétique, à ranger entre Baudelaire et une version garage et crue du Jefferson Airplane. Les paroles sont une ode à la beauté mortelle féminine, chantées sur une tuante mélodie : "Choleric fruit, deadly to eat…. You will find them in her eyes". Bien entendu, à l’élégance mortelle de la voix de Dorothy Moskowitz succède un tout autre tableau, contrastant avec le précédent : Joseph Byrd y campe, sur fond de bidouillages soniques et de fanfare de cirque, un personnage nauséabond expliquant d’un ton désinvolte à sa maîtresse SM (la femme fatale du morceau d’avant ?) qu’il ne quittera pas sa femme pour lui, ni sa belle villa et son yorkshire terrier. La face B, plutôt que de s’ouvrir sur une fête foraine suicidaire, se dévoile sur des chants grégoriens totalement surréalistes dans ce contexte, tétanisant l’auditeur avant une bonne grosse dissonance de cordes introduisant Where is Yesterday, réflexion d’une rare intelligence sur les changements drastiques des années 60. On sent la volonté du groupe de tout raconter, de ne rien censurer, comme s’ils avaient conscience que ce ne serait plus possible par la suite. "Shadows on the pavement but no bodies do you find" chante Gordon Marron. La voix est juvénile mais anxieuse, en décalage avec la candeur de l’époque, qui s’est ici salement fait la malle. C’est la contemplation de l’horreur dans toute son entièreté et son dérisoire que nous propose le groupe… L’étape d’avant le post-modernisme, réaction de refoulement compréhensible devant tant de questions sans réponses. Dès la plage suivante, le schéma de la face A semble se répéter, un tube yé-yé perverti par Dorothy Moskowitz vient souffler les interrogations de la chanson précédente dans l’air du temps et dans les drogues, avant qu’une deuxième Cloud Song n’apparaisse, Love song for the dead Che et ses amants évanouis dans la nature, en proie à un spleen baroque digne des grands noms de la pop orchestrale. Si Moskowitz est la Nico du groupe, cantatrice européenne aux sous-entendus érotiques, et Byrd son Lou Reed, infatigable scrutateur des névroses sexuelles des riches, Gordon Marron est définitivement sa Moe Tucker. Son Stranded in Time est à première vue une bluette pop proche de Polnareff. Encore une fois, un coup d’œil sur les paroles fera déchanter, et donnera tout son sens à ces violoncelles nostalgiques. Car Marron est aussi le John Cale de la bande, avec ses violons malaxés par le "tape echo" et les amplificateurs. L’absence de transition avec le retour de Joseph Byrd et de ses histoires de supermarché du sexe et de la torture est d’autant plus abrupte. On retrouve ici son cynisme et sa cruauté à dépeindre le glauque de l’Amérique des adultes, que l’on retrouvera plus tard chez Mike Patton. La fin du disque achève tout espoir de rédemption et toute innocence : California Good-Time Music porte une dernière pique fumante et caustique à la pop californienne tant honnie par le groupe (dans un pastiche digne du Aphex Twin de Windowlicker), puis Love is All vient nous secouer une dernière fois les puces, pauvres hippies attardés que nous sommes, avant de basculer dans un tourbillon polyphonique de résidus sonores picorés sur tout l’album… Ce n’est pas vraiment un medley, plutôt un cut-up frénétique de samples de chacune des chansons du disque, faisant ressortir l’humour et la malice de la formation, tout en appuyant, preuves à l’appui, la théorie exposée dans Coming Down : "Reality is only temporary.". Et en effet, le petit exercice de mémoire entraîné par ce medley permet de le vérifier. Qu’est-ce qu’il nous reste dans la tête, finalement, au bout du compte ? Des souvenirs épars, sans cohérence, sans comparaison avec la beauté du disque, qui ne nous aura frappés que le temps du saphir parcourant le sillon. L’un des rares disques nocifs et dérangeants des années 60 qui n’ai rien perdu de sa force aujourd’hui, à ne pas écouter en boucle.

note       Publiée le mardi 24 mars 2009

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notes

Note moyenne        6 votes

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golin › dimanche 19 août 2012 - 00:42  message privé !

Invraisemblable ! La seule chose que ça peut rappeler, c'est le premier White Noise, lui aussi méchamment barré. Une grosse claque à la première écoute, et ça s'améliore à chaque fois qu'il repasse...

A.Z.O.T › mardi 29 novembre 2011 - 17:46  message privé !

Woo Woo we can make california good time music in the back seat of my car...

Note donnée au disque :       
nonono › dimanche 13 décembre 2009 - 15:09  message privé !

ter-ri-ble ter-ri-ble ter-rible !!!! et c'est vrai que beaucoup de broadcast est déjà là !

Nerval › jeudi 16 avril 2009 - 12:41  message privé !

Putain mais c'est génial ce truc

dariev stands › lundi 30 mars 2009 - 15:49  message privé !
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tiens en attendant, la chronique radio de cette semaine (mercredi à midi 20 et des poussières), sera consacrée à White Noise justement : http://www.dijon.radio-campus.org/